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 Les funérailles de Charles VI : un tournant

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Alexandre Lenoir

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Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: Les funérailles de Charles VI : un tournant   Mer 18 Mai - 13:34

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Les funérailles de Charles VI : un tournant

Voici, pour se mettre dans l'ambiance, un morceau extrait de la musique du sacre de Charles VI, fragment retrouvé miraculeusement par les musicologues.
Certes, il s'agit d'un air de temps de gloire, pour le sacre à Reims, au tout début du règne (juste après 1380) ; mais ce que l'on entendit à Notre-Dame de Paris puis à Saint-Denis pour les funérailles du roi fou en 1422 devait revêtir la même solennité :



Marche Royale Pour Le Sacre de Charles VI, roi de France (1368-1422), par Jordi Savall
(Malheureusement la source et les références du CD ne sont pas indiquées sur youtube...)

Malgré le contexte tragique des obsèques de Charles VI en 1422 – l’occupation anglaise au Nord de la Loire – ses tristes funérailles ont paradoxalement porté témoignage de la force symbolique de la royauté française.
C’est en ce lugubre jour de novembre 1422 que s’est déroulé, pour la première fois, le rituel des obsèques royales, dans la forme qui allaient être observée désormais pour plusieurs siècles. Car la relation fut consignée dans un manuel à l’usage de la chancellerie de France, copiée et recopiée dans ces recueils de formules et d’usages qui constituaient la mémoire écrite de la monarchie et de ses serviteurs.
On l’imprima en 1619 sous le titre : « Ordre que l’on doibt observer aux ceremonies funebres des roys de France, lequel estoit auparavant incertain. Ceremonies des exeques du roy Charles VI »
Ce procès-verbal note soigneusement toutes les nouveautés apparues en 1422 :
- le dais, que l’on avait déjà vu lors des entrées royales ainsi qu’aux fêtes parisiennes de 1389 ; surmontant le corps du roi comme le « ciel » qui, le jour de la Fête-Dieu surmonte le Corpus Christi dans l’ostentoir, il montre à tous que le roi est l’image de Dieu sur la Terre et que sa personne est sacrée.
- le symbole de l’effigie posée sur le cercueil ; le Roi a ainsi deux corps, le corps mortel et douloureux, mais aussi un corps mystique, impérissable, signe de la continuité, au-delà de la vie humaine des souverains, de la monarchie : le roi ne meurt jamais. Voilà pourquoi l’on trouve, dans la procession des funérailles, cette effigie du monarque vivant.

I - L'exposition du corps au palais
Charles VI meurt le 21 octobre 1422. Les crieurs annoncent aussi tôt avec leurs sonnettes aux carrefours et lieux d’importance la nouvelle du décès ; tout le monde peut venir le voir car les chambellants ouvrent les portes de l’Hôtel Saint-Pol.
Alors le défilé commence : les seigneurs du conseil, les membres du parlement et de la chambre des comptes, les maîtres de l’université, le prévôt de paris, le prévôt des marchands, les échevins, les gens du châtelet ; viennent ensuite les bourgeois de paris, les habitants et manants de la ville.
Sur le corps du roi est étendu un drap d’or.

Le lendemain, le corps est éviscéré et embaumé. Les crieurs de corps de la ville de Paris tendent les murs de l’Hôtel Saint-Pol de grands draps de serge noire.

II - Les messes dans la chapelle ardente
Le dimanche 24 octobre, les valets de la chambre du roi descendent le cercueil dans la chapelle basse. Les cierges brulent aux quatre coins du cercueil et les messes se succèdent, avec vigiles de mort, psaumes, dites par le confesseur du roi, les gens de sa chapelle, les frères des quatre ordres mendiants.

Les ouvriers se mettent à l’œuvre et travaillent d’arrache-pied durant 20 jours : il faut coudre et recoudre étoffes précieuses et tapisseries, broder par centaines des lys d’or, couler des cierges, peindre, sertir les pierres des joyaux.
Au total : 26 000 livres de dépenses.
Début novembre, les crieurs sont en mesure de proclamer que le corps du roi sera porté en terre à Saint-Denis le 9 novembre.

III - Le cortège funèbre, de l'Hôtel Saint-Pol à Notre-Dame
Ce jour-là, raconte Juvénal des Ursins, tout Paris s’arrêta et pris son visage de deuil. Les magasins étaient fermés et tout le monde pleurait aux fenêtres.
Vers quatre heures de l’après-midi, le cortège vient chercher le corps du roi pour l’amener à Notre-Dame. Dans la cour de l’Hôtel Saint-Pol, une litière est prête. Les chevaliers de l’Hôtel du roi portent le cercueil sur leurs épaules et sortent de la chapelle. L’évêque de Paris les précède après avoir donné sa bénédiction. Le cercueil est posé sur la litière et le cortège s’ébranle. Vingt quatre crieurs de corps annoncent son passage avec sonnettes .
Mais dans le jour tombant, ce sont 250 pauvres portant des torches qui marchent les premiers.
Puis viennent les gens d’Eglise, d’abord les ordres mendiants, puis les couvents, puis les paroisses, enfin les chapitres.
Enfin le chapitre de Notre-Dame et celui de la Sainte Chapelle du palais, tenant le côté droit de la rue, alors que l’Université tient le côté gauche.
Derrière, les évêques et abbés ferment la marche pour les gens d’église.
Arrivent alors les gens de l’Hôtel du Roi, les chambellants, les écuyers, les maîtres d’hôtel, un écusson aux fleurs de lys sur la poitrine.

Le premier valet de chambre marche seul devant la litière. Le cercueil est entouré et porté par 50 chevaucheurs. Il disparaît sous un poêle de drap d’or.
Sur le cercueil est placé l’effigie royale. C’est un mannequin soigneusement réalisé par un artiste d’après le moulage pris aussitôt après la mort de Charles. Il est fait d’un masque de cuir bouilli, d’une ressemblance exacte.
Le mannequin est vêtu du costume royal, manteau d’hermine et souliers de velours bleu à fleurs de lys d’or. Les mains recouvertes de gants blancs brodés portent le sceptre et la main de justice. Une couronne est posée sur la tête. Surmontant le tout, un dais de velours bleu, soutenu par huit lances ornées de fleurs de lis d’or.


©️ BNF

Les gens du Parlement, vêtus de leur costume, robe rouge pour les laïcs, violette pour les clercs, manteau d’hermine et chaperon fourré, entourent le corps. Les quatre présidents du parlement tiennent les quatre cornets du poêle. Le prévôt des marchands et les échevins, eux, tiennent le dais.

Derrière la tête du Roi marche son premier chambellan, puis les pages.

Ensuite le duc de Bedford, chef des troupes d’occupation anglaises depuis la mort d’Henri V d’Angleterre au château de Vincennes quelques semaines plus tôt. Mais il est seul, car les ducs de Bourgogne et de Bretagne se sont dérobés et n’ont pas voulu venir, craignant de poser aux côtés de l’Anglais, face aux parisiens… Ils s’étaient déjà assez compromis comme cela dans la signature du honteux traité de Troyes.

Un peu d’espace puis parait le chancelier, les maîtres des requêtes de l’hôtel, les maîtres des comptes, les secrétaires du roi, puis les bourgeois et le commun…

Le cortège suit la grand-rue Saint-Antoine, traverse la Seine, passe dans l’Ile de la Cité.

IV - La messe de funérailles à Notre-Dame de Paris
Les cloches de Notre-Dame sonnent le glas.
Le cortège rentre dans Notre-Dame en passant par le grand portail dont les piliers ont été décorés d’écus aux armes de France : bleus à trois grandes fleurs de lis d’or. Deux hautes bannières et deux hauts pennons sont hissés sur les lances. Les trompettes sonnent. Le corps est porté dans le chœur, l’église étant décorée de toiles perses aux fleurs de lis. Le service solennel est célébré.

V - De Notre-Dame à Saint-Denis
La nuit tombé, le cortège repart et se dirige vers Saint-Denis.
Dans l’église abbatiale, un office est chanté par les moines. Puis le corps est laissé dans le chœur, veillé par les chapelains en prière. Les ouvriers ont déjà ouvert la tombe, à côté du tombeau de Charles V, dans la chapelle Saint Jean-Baptiste, au Sud-Est du transept.

VI - La cérémonie royale funèbre en l'abbatiale de Saint-Denis
Le lendemain, la messe de requiem est célébrée solennellement. Normalement, pour la partie noble des obsèques, c’est le moment où les représentants des quatre quartiers du défunt viennent déposer sur l’autel ses armes de parade. Mais en ces circonstances exceptionnelles et tragiques pour la France, seul l’occupant anglais, incarné par le duc de Bedford, fit l’offrande.

Une dernière bénédiction. Puis les huissiers d’armes du roi, portant droites leurs masses d’armes aux fleurs de lis et les petites verges (insignes de leur fonction), se mettent en mouvement : ils brisent les verges et les jettent dans la fosse.
Un silence.
Ils retournent leurs masses, tête en bas, fleur de lis tournée vers le sol.
Encore un silence.
Puis le héraut Berry crie sur la fosse : « Dieu veuille avoir pitié et merci de l’âme de très haut et très excellent prince Charles, roi de France, sixième de ce nom, notre naturel et souverain seigneur ! »
Nouveau silence.
Enfin retentit la voix du héraut : « Dieu donne longue vie à Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d’Angleterre, notre souverain seigneur ! »
Alors les huissiers d’armes redressent leurs masses en criant d’une seule voix : « Vive le Roi ! »

« Henri VI »… Fils d’Henri V et de Catherine de France , fille de Charles VI. C’était le fruit d’un mariage issu du scandaleux traité de Troyes.

Au même moment, à Chinon et à Bourges, les Français proclament Charles VII, héritier légitime de la couronne, roi de France…
Mais ceci est une autre histoire, celle de Charles VII et de Jeanne d’Arc ….

Allez, Jeanne ! Prends ton épée, renvoie Bedford, Henri VI et Cie...boire de la bière en Angleterre, va trouver Charles VII et fais comprendre à messires les hérauts d'armes qu'ils se sont trompés de texte le 9 novembre 1422 !
Le Roi des Cieux est avec Charles !



Ici, montage à partir de la très belle scène de l'épée
au début du film de Luc Besson "Jeanne d'Arc" (1999).
Le royaume des lys, envahi, est en péril de mort.
La petite Jeanne (11 ans) entend pour la première fois ses Voix divines ...
Au milieu d'Elles, la fillette aurait-elle perçu les hurlements du roi fou ?

king
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