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 La tête "Henri IV / Bourdais" : où était-elle entre 1793 et 1919 ?

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Alexandre Lenoir

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Date d'inscription : 25/03/2011
Age : 50
Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: La tête "Henri IV / Bourdais" : où était-elle entre 1793 et 1919 ?   Dim 12 Juin - 20:12

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La tête "Henri IV / Bourdais" : où était-elle entre 1793 et 1919 ?
L'énigme Emma Nallet-Poussin

NB : Ce sujet est à rattacher à l'analyse scientifique et historique concernant l'authenticité de la tête dite d'Henri IV :
http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t7-le-mystere-de-la-tete-de-henri-iv

( Les éléments d’information nouveaux figurant ci-dessous sont le fruit des recherches d’Hélène qui en avait donné les premiers éléments sur Passion Histoire.
Nous lui devons donc d’avoir découvert de nouveaux indices sur la tête « Bourdais / Henri IV » et c'est avec son aimable autorisation que nous pouvons en donner quelques éléments dans cette synthèse.
Qu’elle en soit vivement remerciée.
En revanche, il est bien évident que les hypothèses émises à partir de ces indices n'engagent que moi - signé Alexandre Lenoir -
)


Joseph Emile Bourdais et la fameuse tête momifiée. Etait-ce celle d'Henri IV ?

La tête attribuée récemment à Henri IV a resurgi du néant en 1919, achetée par un certain Joseph-Emile Bourdais.
Si on la suppose authentique, on ignore en tout cas ce qu’elle était devenue entre 1793 et 1919. Le meilleur moyen de garantir l’authenticité (à défaut de l’ADN – ou en plus de l’ADN, car ça se complète) serait de lever ce mystère, c'est-à-dire d’établir une traçabilité de la trajectoire de la tête « Bourdais » durant 124 ans.

Nous disposons pour l’instant d’un seul indice fiable : le nom de la personne qui possédait la momie avant Bourdais. Il s’agit du peintre Emma Nallet-Poussin, indication donnée par Bourdais lui-même dans sa brochure. On sait peu de choses sur cette dame, ce qui est fort dommage puisque c’est à partir d’elle seule que l’on pourrait remonter dans le temps pour connaître l’origine de la tête.

Etait-ce elle ou son mari (le sieur Nallet) qui possédait la tête ? D’où et de qui pouvait-elle (ou il) détenir ce reste humain ?
Et s’il s’agit bien de la tête d’Henri IV, quel lien y aurait-il entre la violation des sépultures royales en 1793 et la famille d'Emma Nallet-Poussin ?

Le film de Stéphane Gabet et Pierre Belet émet l’hypothèque qu’Alexandre Lenoir lui-même aurait arraché puis subtilisé la tête dans la fosse. Emma Nallet-Poussin aurait connu son petit-fils (ce qui est en effet très possible)… d’où la possibilité d’un transfert.

Rien cependant ne vient jusqu’ici étayer cette hypothèse.
Alors… ? Qui était Emma Nallet-Poussin et d’où provenait cette tête ?



Et Bourdais redécouvrit Henri IV !
Comment l'idée que cette tête momifiée pouvait-être la tête du roi Henri a-t-elle germé dans l'esprit fertile de Bourdais ?

Le mieux est peut-être de partir des écrits de Joseph-Emile Bourdais lui-même contenus dans son étrange brochure :
« En 1897, j’avais 16 ans, dans une revue illustrée genre Ruche parisienne ou Magasin universel paraissant en 1850, je lus un article d’une vingtaine de lignes où il était dit :’’que le 12 octobre 1793, lorsqu’on défit les bandelettes de la momie d’Henri IV, une personne manifesta son étonnement d’avoir eu à constater qu’une oreille de la momie lui était restée entre les doigts sans la moindre résistance ; et que tous les curieux furent extrêmement intrigués du fait que la peau de cette momie était couverte d’une couleur bleue foncée (…)’’ »
« De quelle façon je suis devenu détenteur :
« Le 31 octobre 1919, à l’hôtel des ventes de la rue Drouot, M° Lair-Dubreuil ou son remplaçant, m’adjugea pour 3 francs, un lot composé d’une tête momifiée, de deux crânes et ossements humains et de 3 statuettes. Tout cela provenant d’un mobilier ayant appartenu à Mme Nallet-Poussin, peinte et sculpteur, 8 rue de Bellefond, dont l’atelier était 38 rue de la Tour d’Auvergne. Ce mobilier avait été déposé au garde-meuble Bedel, sous le n° 6121, depuis le 2 avril 1909, pendant plus de 10 ans. Le lot que j’ai acquis fut inscrit sous la désignation : « Trois statuettes… 3 francs ».
« Le cou de la tête momifiée renferme 6 vertèbres, sur une largeur de 4 ou 5 cm, la peau en bas du cou est enduite d’une couleur bleue ardoise foncée, il est visible que ce bleu a été mis avant le desséchement de la peau et non après. L’oreille gauche manque, et l’état de la peau permet d’affirmer qu’indiscutablement elle a été coupée alors qu’elle était encore molle. »


Qu’en penser ?

Certaines affirmations de Bourdais méritent d’être contrôlées, sans que l’on puisse savoir si le personnage était totalement de bonne foi lorsqu’il a écrit ces lignes.



Bourdais dit avoir mené son enquête. Pour mentionner l’adresse du 38 rue de La Tour d’Auvergne, il a certainement dû se renseigner sur Emma Nallet-Poussin – nous reviendrons sur ce point, mal élucidé. En outre, il émet aussi très tôt l’hypothèse d’un vol de la momie par Alexandre Lenoir en 1793. Certes, il ne parle pas de la filière Lenoir de façon claire dans sa brochure. Mais un journaliste l’ayant interrogé confirme qu’il y pensait bien. Pour lui, Lenoir avait revendu des reliques volées, notamment au comte d’Erbach qui emmena la tête en Allemagne. Jérôme Bonaparte l’aurait récupéré et ramené en France. Après, son destin est moins net.
Bourdais n’a pas dû s’accrocher à cette théorie très longtemps. D’abord parce qu’il existait une autre « tête d’Henri IV » au château d’Erbach. Il ne pouvait donc s’agir de la sienne. Ensuite parce qu’aucun lien avec Emma Nallet-Poussin ne pouvait être établi.

Reste que l’origine « Lenoir » de la relique demeurait l’hypothèse privilégiée. Celui-ci s’était bien livré à tout un trafic de reliques, royales ou non royales. Le cas le plus emblématique en étant les reliques d’Héloïse et d’Abélard.

http://www.pierre-abelard.com/reliques.htm

Le rôle d'Albert Lenoir, fils d'Alexandre méritait aussi d'être creusé. Et il est vrai qu’en plus d’Alexandre, c’était la famille Lenoir qui avait été au centre de ces échanges, dons ou ventes .
http://www.pierre-abelard.com/nouveau%20don-B.htm

La thèse est avancé par Stéphane Gabet et Pierre Belet dans leur film-documentaire de 2010. Selon eux, Emma Nallet-Poussin a dû croiser à plusieurs reprises dans son existence le destin du petit-fils d'Alexandre Lenoir. Ils ont étudié aux mêmes lieux, fréquenté les mêmes salons, habité le même quartier.
On aurait pu aussi imaginer un rapport entre Albert, sa fille Zélia et Emma Nallet-Poussin.
(NB : Zélia est morte en 1919, année de la vente aux enchères ; Bourdais n'a donc pu enquêter auprès d'elle à temps pour avoir une info Henri IV / Lenoir ; alors s'est-il renseigné auprès d'anciens proches de Nallet Poussin ? Ou d'une autre branche Lenoir ?)

En vérité, rien n’a pu être établi. Il n'y a pas véritablement d'indice. L'enquête de voisinage n'arrive à rien de probant.
Les deux découvreurs de la tête Bourdais, très branchés sur la filière Lenoir, sont certes allés interroger les descendants d’Alexandre Lenoir en 2009-2010 pour vérifier s'il n'existe pas une tradition familiale à cet égard. Ceux-ci n’en avaient apparemment rien conservé. Les souvenirs sur quelques bouts d'os ne sont peut-être pas tous arrivés jusqu'à eux, mais la tête momifiée de Henri IV, elle, était d'un autre calibre mémoriel . S’ils n’en ont conservé aucun souvenir familial, c’est peut-être parce que Lenoir s’est très tôt débarrassé de la tête.

Alors, si l’on se fie (sans preuve d’ailleurs) à l’hypothèse Alexandre Lenoir, que serait-elle devenue ?

La tête avant Bourdais, ... selon Bourdais

Peut-être que Bourdais en savait lui-même plus qu’il n’a bien voulu en dire. Car comment expliquer qu’il ait pu avoir seul l’idée de cette attribution à Henri IV ? Comment l’idée a-t-elle pu germer dans son esprit ? Pourquoi Henri IV et pas Cléopâtre ou Attila ?
Reprenons les écrits du journaliste Roy Six qui avait interviewé Bourdais. Ils sont toutefois à prendre avec beaucoup de précautions.

On les trouve mentionnés dans un article sérieux, bien sourcé, d’un médecin (J. Herber) : « Henri IV était-il tatoué ? »
Bourdais mentionne une coloration bleue au niveau du cou de la momie et annonce que dans la brochure suivante, il expliquera son origine. Mais la brochure n’est jamais parue.
C’est alors qu’un certain Roy Six rebondit sur la question par un article : "Les tribulations de la tête d’Henri IV", paru dans « L’orientation médicale , Revue médicale et littéraire. Juillet 1936. p. 13-17.
Herber reprend les indications de Six, sans que l'on sache si celui-ci parle d'un écrit de Bourdais ou s'il l'a interrogé lui-même. La coloration bleue aurait été faite lors de l’embaumement pour dissimuler des gravures intimes tatouées ou encore un serment politique que le roi aurait fait graver sur sa poitrine.
Le médecin se pose d’abord la question de l’authenticité de la tête. Car un crâne tahitien aurait à un moment donné croisé la tête momifiée.
Pourtant, Six semble favorable à la thèse de Bourdais.
"Jusqu’au jour où le peintre Poussin prétend l’avoir retrouvée (la tête). Plus exactement, le commandant Lautin la lui aurait rapportée de Tahiti où il l’aurait trouvée dans une grotte. Le commandant Lautin dit d’ailleurs que c’était la tête d’un canaque. Le peindre voulait-il parler de cette tête ? N’en possédait-il pas une seconde ? Ici, les détails manquent. Et nous arrivons au dénouement de ces rocambolesques tribulations. Après avoir identifié ( ?) la tête momifiée, Poussin l’a gardée jusqu’à sa mort. Une fois mort, son mobilier fut déposé par Mme Nallet-Poussin au garde-meubles en 1909. Dix ans, après, M. Bourdais entrait en possession de la fameuse tête momifiée."


Remarquons d'abord que ce texte est des plus approximatifs. Le jugement du Tribunal civil de Première Instance de la Seine du 11 juillet 1914 est très net : ce n'est pas Emma qui a effectué le dépôt, mais bien Nallet, son mari, demeurant 8 rue de Bellefond. Il est précisé que si Nallet est bien domicilié à cette adresse, il est "actuellement sans domicile ni résidence connue". Il n'y réside donc plus effectivement.
Mais que dit exactement Six de la prétendue provenance tahitienne ? Car il croit en la thèse de Bourdais. Si celle-ci mentionne Lautin, c'est pour le moins curieux car l’affirmation du commandant la ruine.

Qui était ce Lautin, connaissance du mari d’Emma ? Pour l'instant, les recherches dans les archives de Vincennes n’ont pas permis, semble-t-il, de dénicher le moindre Lautin officier de marine à Tahiti. En revanche, il y a bien eu un lieutenant de gendarmerie «LaNtin » à Tahiti, peut-être devenu commandant au moment où "Poussin" s’expliquait.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5426420h.r=lantin++.langFR.swf
(voir pp. 288, 301, et 310…)
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5419580s/f45.image.r=lantin++.langFR

En tout cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que Bourdais torpillerait alors lui-même l’authenticité de la tête en tenant de tels propos, ce qui est bien sûr inconcevable.
De qui tenait-il cette histoire ? Auprès de qui a-t-il enquêté à Montmartre ?
Et qui est ce "Poussin" et ce "peintre" dont parle l'article ? Il semble confondre Emma et son mari... Ou parle-t-il de quelqu'un d'autre ?

Six n'a pas l'air très sérieux. Soit il a interviewé Bourdais, soit il a recopié dans des articles de journaux. Peut-être un ami des Poussin a-t-il contacté Bourdais (ou écrit à un journal) en lui racontant quelques détails sur ce ou ces crânes... Bourdais les a-t-il bien répétés et Six les a-t-il correctement interprétés ? Six ne mentionne aucune source.
Il s’agit sans doute d’une confusion avec une autre tête, non momifiée, celle-là. En tout cas la tête dite d’ « Henri IV » n’a rien de polynésien et le crâne venu du Pacifique n'a finalement rien à voir avec notre affaire.

On doit aussi se rappeler que dans le lot acheté par Bourdais figurait, selon ses dires, deux crânes humains en plus de la tête momifiée. Les découvreurs de 2010 ont pensé qu’il pouvait s’agir de deux autres têtes volées par Lenoir en 1793. Et de faire référence au rapport d’exhumation de 1817 mentionnant trois corps royaux retrouvés sans leur partie supérieure (mais s’agit-il de la tête ou de la moitié du corps ?). De là à conclure qu’il s’agissait des têtes de Louis XIII et de Louis XIV dont les corps avaient été jetés sur celui d’Henri IV … (!)
En tout cas ces deux crânes ont disparu et nul ne sait ce que Bourdais (ou sa sœur après 1947 ?) en ont fait.
Mais si une tête tahitienne a existé, il peut aussi s’agir d’un de ces deux crânes disparus sur lesquels Bourdais aurait eu des informations grâce à une personne ayant connu le « commandant Lautin ». Six (reprenant Bourdais ?) prétend que c’est le « peintre Poussin »... sans trop savoir de qui il parle...


Le 38, rue de La Tour d'Auvergne...

Il y avait bien un peintre Poussin à cette époque. Mais il s’agit du fils de Jean Charles Poussin, propriétaire de l’ancien fief de Bon-Recueil, tapissier du roi. Ce dernier s’intéressait aux activités de la commune de Villemonble et en 1823 a été élu membre du Conseil Municipal où il siégea jusqu’en 1852.
Son fils Charles Pierre Poussin fut effectivement peintre. Son atelier était situé au 38 de la rue de la Tour d’Auvergne à Paris. Or, c’est l’adresse mentionné par Bourdais. Lorsqu’il pensait à un Poussin, Bourdais désignait-il ce Charles Pierre Poussin ?
L’ennui, c’est qu’aucun lien n’apparait entre celui-ci et Emma-Nallet Poussin.
Charles Poussin était né à Paris en 1819 et est mort dans la même ville en 1904. Il avait été l’élève de Léon Cogniet et avait débuté au Salon en 1842. En 1846 il avait offert à la fabrique de Villemomble “le denier de la veuve” ( tableau de 1,47 sur 2 m). Il se trouve alors placé dans le banc d’oeuvre de l’ancienne église Saint-Genès. Charles Poussin était un peintre de genre, de portraits et de paysages.
Mais quel rapport avec Emma ? Pour l’instant, il n’a pu être découvert. S’agissait-il d’un parent ? Emma aurait-elle hérité de son atelier au 38 rue de La Tour d’Auvergne ? Ou l'aurait-elle loué ? Ou Bourdais s’est-il trompé en trouvant un simple homonyme ? Impossible à savoir. En tout cas, il est mort en 1904, soit 5 ans avant le placement de la tête au garde-meuble…

Il fallait donc trouver le maximum d’indices sur Emma elle-même.
Bourdais affirme dans sa brochure que ses biens sont laissés au garde-meubles Bedel en 1909. Mais Six, lui, affirme que c’est à la mort de "Poussin" qu'Emma les y aurait mis. Ce qui est faux, nous l'avons vu. C'est Nallet qui les a déposés. Ou parle-t-il d'un autre Poussin ? On en revient toujours à la même question.

Dans les archives de l'état-civil de la mairie du 9° arrondissement, on ne trouve pas trace du décès d’Emma de La Vallée Poussin épouse Nallet entre 1902 et 1922…
Donc soit elle est décédée ailleurs, soit elle morte plus tard…

En revanche, il y a bien notre Charles-Pierre Poussin, habitant au 38 rue de la Tour d’Auvergne.
Mairie de Paris 9° : Acte de décès le 13 octobre 1904 de Charles Pierre Poussin, âgé de 84 ans, né à Paris, décédé en son domicile rue de la Tour d’Auvergne 38, hier soir à huit heures et demi, fils de (…), décédés, (…), veuf de Adèle Deschars,
Déclaration de Flavien Daveau, soixante-six ans, artiste peintre demeurant à Cannes (Alpes Maritimes), gendre, et de Charles Chauvin, 52 ans, lieutenant colonel d’artillerie, chevalier de la légion d’honneur, demeurant à Bourges (Cher).

Il est mentionné à cette adresse pour les élections (liste qui ne concerne que les hommes) en 1902.
Il habitait déjà à cette adresse en 1881, lors du mariage de sa fille et de son gendre.

Peut-être dans son inventaire après décès (s’il existe) peut-on découvrir un indice… mais les minutes de son notaire n’ont pas été déposées pour le XX° siècle. (Il faut donc attendre leur transfert des archives nationales)

A l’heure actuelle, le lien familial entre Charles-Pierre et Emma n’a pas été établi. Mais il est possible qu'il y en ait un.
Charles-Pierre Poussin meurt en octobre 1904, alors que la momie aurait été placée au garde-meuble en avril 1909 (selon Bourdais). Emma aurait-elle hérité de la tête ? Pourtant le défunt avait un gendre ; y avait-il une fille encore en vie ou des petits-enfants ?
Aurait-elle au moins récupéré le logement du 38 rue de La Tour d'Auvergne ? Bourdais affirme qu'elle y avait son atelier. L'aurait-elle récupéré en 1904 ?

Mais il est aussi possible qu’Emma tenait la tête de son père et de son grand-père, on va le voir.

Une momie venue du grand-père d'Emma ?

On trouve un étrange article dans Ouest-Eclair du 9 septembre 1924 :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4963118/f2.image.r=%22emma+poussin%22.langFR
article qui cite une lettre parue dans L’Intransigeant :
« De passage à Paris, j’ai lu, hier, l’article de votre correspondant de Rennes au sujet de la tête de Henri IV ; je peux en affirmer l’authenticité. Mlle Emma Poussin que je connaissais avait en effet, sous verre, cette relique ; ce qui m’avait frappé, dans cet héritage transmis depuis la Révolution, c’était sur la vitrine extérieure, derrière le crâne, les armes des Templiers, dessinées sur papier et collées. Après bien des hypothèses et des recherches, j’ai fini par établir l’existence de sociétés occultes qui s’étaient placées sous cette dénomination par esprit de vengeance et de représailles. Il y en avait encore au 18° siècle en Angoumois et à Paris. Or, Mlle Emma Poussin avait des ascendants à Angoulême, patrie de Ravaillac. Je fus si frappé de ces constatations que j’en fis part à un écrivain, un peu avant la guerre. Pendant la guerre, je perdis de vue Mlle Poussin qui mourut, je l’apprends par votre article, car elle ne serait pas séparée d’une relique à laquelle elle tenait moins pour sa valeur propre, que par esprit familial. Rentré à Angoulême, je vais reprendre mes recherches et voir si j’ai conservé mes notes d’alors. -
H.J. Montmorillon, ex-archiviste, 3 rue des maillets, Angoulême."


Première constatation : Bourdais répétait déjà en 1924 que la tête provenait d'Emma Nallet Poussin. C'est donc entre 1919 et 1924 qu'il a fixé cette attribution. Mais comment, alors que les actes juridiques de 1914 et 1919 ordonnant la mise en vente ne mentionnent que Nallet son mari, comme propriétaire ? Aurait-il reçu des informations supplémentaires via l'hôtel Drouot dès la vente de 1919 ?

Deuxième constatation : l’article suit l’idée selon laquelle Emma serait déjà morte, sans doute avant ou pendant la guerre. C'est du moins ce qu'en déduit l'auteur de la lettre à la lecture de l'article.

Enfin, la lettre est d’un certain H.J. Montmorillon.
Il n’y a pas de Montmorillon au catalogue BNF, (mais tous les archivistes ne publient pas) . Selon les services de toutes les archives à Angoulême, il n’y a jamais eu de bibliothécaire ni d’archiviste répondant à ce nom. Mais peut-être s’agissait-il d’un retraité qui avait jadis travaillé dans une autre ville et qui s’était retiré à Angoulême.
Laissons le côté ésotérique sur les Templiers (allusion maçonnique ?). Cela ne veut pas dire que ledit Montmorillon invente ou est de mauvaise foi. Sa lettre sent la sincérité naïve, mais elle n'est qu'une parmi d'autres publiées dans le courrier des lecteurs de ce journal à propos de la tête d'Henri IV.
Evidemment, les quelques mots importants sont : "dans cet héritage transmis depuis la Révolution"...(par qui ?)
Dommage que ce Montmorillon qui aurait connu Emma ne soit plus là pour nous en dire plus. A le lire, il aurait reçu les explications de "Mlle Emma Poussin"... [ Tiens ? Pourquoi "mademoiselle" ? ]
Ce qui est intéressant, c’est que Bourdais lui-même avait lu cette lettre et réagit avec rage en essayant de la discréditer d’une ligne. Il parle à un moment « …d’un farceur, genre de celui qui, sous le nom de Montmorillon, archiviste à Angoulême, avait trouvé spirituel de faire passer dans la presse une lettre en 1924, où il affirmait avoir connu la famille qui détenait la tête momifiée d’Henri IV et qui nous donnerait des éclaircissements à ce sujet »

Quelle mouche a donc piqué Bourdais ?
Notre brocanteur ne s’en prend pas aux propos fumeux sur les Templiers, mais au fait que Montmorillon aurait pu connaître Emma Nallet-Poussin. On se demande vraiment en quoi cela aurait pu le gêner puisque lui-même ne l’a jamais rencontrée...
Jalousie ? Peut-être.
A moins que Bourdais ait eu ses renseignements de la part d’une personne qui tenait à rester discrète et qui ne tenait pas à ce qu’on la prenne pour une collectionneuse de restes humains… Un détail est frappant : Montmorillon dit qu'il a connu Emma, alors que Bourdais lui reproche de prétendre avoir connu "la famille" ! La plume du brocanteur aurait-elle fourché ? Bourdais, en parlant de "la famille" ne se serait-il pas trahi en faisant allusion involontairement à lui-même et à sa rencontre avec un proche d'Emma Nallet-Poussin ?

En fait, pendant que Bourdais commence dans les années 1920 à s’agiter autour de sa tête momifiée et à devenir célèbre …. il est n'est pas exclu qu'Emma Nallet-Poussin soit toujours en vie !
Peut-être même était-elle encore de ce monde en 1926 !



Emma Nallet-Poussin … en chair ou en os ?

Essayons de revenir à quelques sources fiables concernant Emma.

Prenons le Dictionnaire de l’union des femmes peintres et sculpteurs, 1885-1965
Emma ou Emma Camille ou Anna Nallet-Poussin, née à Paris.
Expose dans les salons de 1885 à 1903.
En 1885 : elle est domiciliée 5 cité Fénélon, ( = rue Milton)

On la trouve en 1890 au 8 rue Bellefond, et cela jusqu’en 1902. Mais y a-t-elle résidé encore quelques temps après ?

Puis l’Annuaire de la curiosité et des beaux-arts, 1911 : elle est domiciliée 5 bis passage Violet (actuelle rue Gabriel-Laumain, 75010).

En 1910, elle est secrétaire du Syndicat des artistes-femmes, peintres et sculpteurs.
On trouve aussi son nom dans une exposition organisée par la galerie Brunner sur l’inondation de Paris.

Elle est citée dans le Dictionnaire des peintres de Montmartre. L’auteur explique qu’il s’agit de Montmartre au sens large, c’est-à-dire le XVIII° arrondissement, mais aussi une partie du XVII° et le nord du IX°…
Rien d'anormal donc quand on parle d’une artiste de Montmartre.

Emma Nallet-Poussin a aussi des attaches à Dampmart (77) près de Lagny. A-t-elle possédé une maison de campagne ? Elle expose à plusieurs reprises au salon de Lagny, mais au début du siècle…
Noël Coret, Autour des néo-impressionnistes. 1999, p. 141. (au sujet du salon de Lagny de 1902) :
« … Emma Nallet-Poussin, habitante de Dampmart, dont on ignore tout, en dehors d’un ouï-dire comme quoi elle prétendrait descendre directement du grand Nicolas. Peintre et sculpteur, elle expose un buste en plâtre et une peinture murale d’obédience naturaliste, laquelle, en toute vraisemblance, embellit de nos jours la salle municipale de Dampmart. »
La ville de Dampmart conserve des œuvres d’elle.
http://fr.topic-topos.com/la-lecture-au-grand-pere-dampmart

En tout cas, il apparait qu'elle vivait encore en 1911. Si le dépôt mobilier chez Bedel a eu lieu en 1909 comme le dit Bourdais, ce ne peut pas être la succession d'Emma.

Et son mari ?
Liste électorale 1900, 9° arrondissement : Nallet Emile Prudent né à Bourg (Ain), 26 décembre 1846, employé de commerce, 8 rue de Bellefond.

Mariage Nallet-Poussin, 9° arrondissement, 17 août 1876 :
Emile Prudent Nallet, employé de chemin de fer, âgé de 29 ans, né à Bourg (Ain), le 21 décembre 1846, demeurant rue d’Argout 5, majeur, fils de Joseph Nallet et d’Anne Mélanie Surand, son épouse, tous deux décédés,
Et de Camille Emma Aline de la Vallée-Poussin, sculpteur, âgée de 23 ans, née à Paris le 17 août 1853, y demeurant avec ses père et mère, rue Say 13, majeure fille de Guillaume Tell de la Vallée-Poussin, ingénieur, ancien aide de camp du général de génie Bernard et ancien ministre plénipotentiaire de France aux Etats-Unis et de Louise Roux, son épouse, présents et consentants, le père de la future chevalier de la légion d’honneur…


VOICI DONC LE VRAI NOM D’EMMA NALLET-POUSSIN : CAMILLE EMMA ALINE DE LA VALLEE-POUSSIN.

A la mairie du 9°, puis à celle du 10°, il faut chercher avec « De la vallée », ou « La vallée »… pour avoir le nom de jeune fille.

Notice biographique du père :
http://books.google.fr/books?id=zv51T4l31MEC&pg=PA480&lpg=PA480&dq=%22guillaume+tell+de+la+vall%C3%A9e+poussin%22&source=bl&ots=1gLEvkv-6R&sig=WGeSRVo1DzRvma_HEhShw06EfQs&hl=fr&ei=a9q2Tb_vK4io8QPux9w7&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CE8Q6AEwCQ#v=onepage&q=%22guillaume%20tell%20de%20la%20vall%C3%A9e%20poussin%22&f=true

et puis sa tombe au Père Lachaise avec un médaillon fait par sa fille.
http://www.appl-lachaise.net/appl/article.php3?id_article=2109
On n'a pas encore confirmation que la sépulture existerait encore aujourd'hui.

La famille Lavallée-Poussin prétend descendre de Nicolas Poussin ; ils ont rajouté le nom au leur. Le peintre n’avait pas eu d’enfants, ni même de frère, mais juste une demi-sœur. C’est d’elle que descendrait cette branche.

Liste électorale 1910 :
Emile Prudent Nallet habite au 5 bis passage Violet, mais plus en 1911, ni en 1914.

Ce qui est intéressant, car l'Annuaire de la curiosité et des Beaux arts de 1911 ainsi que la liste électorale de 1910 donnent la même adresse : le 5 bis passage Violet, et non plus le 8 rue de Bellefond.
Mais pour 1911 et 1912, seule Emma est à cette adresse.
Alors où est donc passé Emile Nallet ? On ne reparle de lui qu'en 1914 mais pour apprendre qu'il réside encore rue de Bellefond !!! C'est ce qu'il a déclaré au garde-meubles Bedel, semble-t-il, puisque la réclamation ne mentionne que cette adresse. En tout cas il n'y réside pas puisque les huissiers n'ont rien trouvé rue de Bellefond et que le voisinage affirme qu'on ne l'a pas vu depuis un moment et qu'on ne sait pas où il est parti.
Le couple était-il encore sous le même toit ? Souvenons-nous Montmorillon qui dans sa lettre appelait Emma, rencontrée (?) juste avant la guerre, "mademoiselle Emma Poussin". Exit "madame".
Cependant, Il est possible qu'Emma ait oublié de signaler son changement d'adresse. Et, nous allons le voir, Emma et Nallet résident bien à la même adresse, rue Victor-Massé, quelques années plus tard.

Et justement...
Est-elle bien décédée en 1919 lors de l’achat de la tête par Bourdais à Drouot ? C’est Bourdais qui en parle comme s'il s'agissait d'une succession… A cette date, il pouvait à la rigueur le supposer. Mais ensuite ? Dans les années 1920 et 1930, Bourdais fait un vrai tapage autour de sa momie. Il essaie d’accumuler les preuves et d’enquêter, assez maladroitement d’ailleurs.
Mais il est improbable qu’il n’ait pas cherché à se renseigner sur Emma Nallet-Poussin. Il a semblé croire que c'était bien elle, et non pas Emile Nallet, qui le mènerait sur l'origine et la provenance de la momie. Du reste, il a bien fini par débusquer l’adresse du 38 rue de La Tour d’Auvergne (atelier d'Emma, dit-il) en plus de l'adresse personnelle (qui n'était plus valide en 1919). Et les renseignements picorés par Six montrent que Bourdais a bien mené sa propre enquête.
Mais qu’a-t-il trouvé ? Il est vrai qu'à l'heure actuelle nous ne disposons d'aucun véritable indice sur ce que fait Emma après 1911. En tout cas elle n'est certainement pas morte en 1909.
Pour autant, elle aurait laissé faire la vente de 1919 sans réagir, ce qui est pour le moins surprenant.

Bourdais serait-il allé plus loin dans la recherche d'Emma ? On peut comprendre sa réaction brutale à la lettre de Montmorillon. Celui-ci affirme avoir perdu de vue Emma pendant la guerre. L'année 1909 ne cadre guère, sauf s'il ne s'agit pas d'une succession.
Mais comment Bourdais a-t-il pu avoir l’idée farfelue d’attribuer ce reste humain au roi Henri IV, n'ayant au départ aucune indication (car l’histoire de la revue illustrée et du tatouage est tout de même bien légère pour expliquer une telle illumination ). A moins d'avoir recueilli l'écho d'une tradition ancienne...
Aurait-il pu rencontrer Emma ou Emille Nallet pour savoir quelle était l'origine de la momie ? Qui l'a mis sur la piste ? Le nouveau propriétaire n'en a jamais rien dit et s'attribue le seul mérite de cette révélation déductive.
Evidemment, tout ceci n'est que spéculation. On ne sait quelle fut l'attitude d'Emma après 1911. A moins d'une découverte à venir (par exemple une lettre adressée à un journal, une réaction...; et surtout une date de décès) on peut supposer qu'elle a tenu à une certaine discrétion.




Le mystère de la vente de 1919
Après son achat (ou peut-être bien plus tard) Bourdais mène l’enquête ; il écrit qu’elle habitait rue Bellefond (ce qui est vrai, mais plus en 1919), et que son atelier était au 38 rue de La Tour d’Auvergne.
Or c’est celui d’un homonyme, Charles Poussin, (évoqué plus haut) qui est situé à cette dernière adresse. Quid maintenant des relations entre ces deux artistes ? Mystère total.
Où est-elle passée en 1919 ?

Le document conservé aux archives de la Seine (Archives des commissaires priseurs) nous confirme que la vente du 31 octobre 1919 n’est pas la suite de la succession d'Emma : il s’agit d’une vente de meubles et objets mobiliers à la requête du garde-meubles Bedel contre les sieurs Nallet, Herselin et Weiler. Ce qui ne veut pas dire pour autant que ce n'est pas la conséquence de la succession de quelqu'un d'autre.

Noms des personnes dont le mobilier ou les marchandises sont mis en vente :
- M. Nallet demeurant à Paris rue de Bellefond 8 (il est précisé que c'est lui qui a déposé les meubles et objets)
- M. Herselin demeurant à Paris 7 rue Benjamin Godard
- M. Armand Weiler demeurant à Paris 5 bis rue Martel.
La vente est alors faite à la suite d’une ordonnance du tribunal de 1914 (mais il y a eu la guerre entre temps… et l’application ne se fait qu’en 1919)

Pas de prénom pour Nallet, et on sait que cette adresse n’est plus bonne. D’ailleurs l’huissier constate qu’il est inconnu à cette adresse, et que personne ne peut le renseigner sur la nouvelle adresse…

Extrait du jugement du tribunal :
« attendu que les demandeurs ont reçu en dépôt de monsieur Nallet demeurant à Paris rue de Bellefond 8, un certain nombre d’objets mobiliers qui appartiendraient au dit monsieur Nallet ; attendu que les demandeurs ont reçu diverses oppositions de monsieur Herselin et de monsieur Weiler ; attendu qu’il est actuellement dû à messieurs Bedel et compagnie pour frais de transport et de garde des susdits objets mobiliers ; attendu qu’il est à craindre que la valeur desdits objets ne soit absorbée par le montant des frais de garde »


Or, aucun des trois hommes ne s’est présenté à la vente…
On note sur la liste des objets vendus :

Premièrement. Cinq statues (mot illisible) à Bourdet (sic), 3 (rue) Vertbois, trois francs.
(…)
Total de la vente : 6121 francs.

Après tous les frais, il est resté à Bedel : 5908, 50 francs


Le mobilier est bien celui d’une ou d'un artiste (il y a des chevalets).
Bourdais prétend que « ce mobilier avait été déposé au garde-meuble Bedel, sous le n° 6121, depuis le 2 avril 1909, pendant plus de 10 ans » mais on sait qu’Emma Nallet-Poussin était encore vivante à ce moment-là.
Donc soit il se trompe de date, soit ce n’est pas la succession d’Emma.
Ou bien elle souhaitait déménager, a mis son mobilier au garde-meuble et est décédée quelques années plus tard, d’où le mot succession employée par Bourdais. Mais si elle habite en 1911 au 5 bis passage Violet, c'est que le déménagement a eu lieu. A lire la liste mobilière de 1919, il s'agit d'un ensemble très complet. En outre, il est bien dit dans l'acte de 1914 que c'est Emile Nallet, et non Emma, qui a fait le dépôt.

Et si elle tenait tant à cette supposée relique (dixit l’ex-archiviste mentionné plus haut), pourquoi l’aurait-elle mise au garde-meuble ? Pourquoi n'a-t-elle pas réagi ? Ignorance des actes de celui qui était son mari ?
Et qui sont les deux autres hommes mentionnés dans le document ? Pourquoi aucun des trois ne s’est-il présenté à la vente ? Quelle embrouille y a-t-il eu entre Nallet et le duo Herselin / Weiler ?

Bref le mystère de la vente s’épaissit…


Revoilà Emma ... Recensement et partie de cache-cache

Emma Nallet-Poussin réapparait…
Trois documents montrent pourtant qu’Emma ne devait pas être loin et que Bourdais aurait pu en savoir plus :

- Liste électorale de Paris : en 1919, le mari est domicilié de nouveau dans le neuvième arrondissement : rue Victor-Massé 15. Et toujours dans les archives de la mairie du 9° : pas de Nallet décédé. Donc soit il a déménagé, soit il est mort autre part.

- En 1921, Emma expose au salon du Syndicat des artistes femmes :
(page 6, dernière colonne, en haut à droite)
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k120135w/f6.image.r=%22syndicat+des+artistes+femmes%22.langFR

- Après il y a les feuilles de recensement (qui n'existent pas avant 1926) : et que lisons-nous à cette adresse du 15 rue Victor Massé pour 1926 ? Eh bien ceci :
Emma Vallet, née en 1858 à Paris, artiste peintre, veuve.
Rappelons qu’elle est née en 1853, et que son nom de jeune fille est La Vallée-Poussin ou de la Vallée-Poussin ; soit il s’agit d’une homonyme, soit ce sont deux petites erreurs de transcription (90% de chance), et donc elle est encore vivante en 1926…
Certes, il n’y a pas d'Emma Vallet née en 1858, mais les approximations ne sont pas à exclure si l'on songe aux aléas de la reconstitution de l'état civil après l'incendie de 1871. Il peut aussi s'agir simplement d'une erreur. On est d'autant plus poussé à le croire que dès 1921 Emma avance son seul nom de Vallée-Poussin sans le "La" de La Vallée
Il semble maintenant quasi-certain qu'Emma Nallet-Poussin était bien vivante dans les années qui ont suivi la Grande guerre.


Mais dans ce cas, peut-on imaginer qu’elle n’ait pas réagi quand la polémique s’installe dans les journaux à partir de 1924 ?
Elle n’a pas pu, de son côté, ne pas entendre parler de ce bon monsieur Bourdet, à moins d'être malade ou grabataire… Aurait-elle souhaité la discrétion ?
Mais jusqu'à présent, tous les journaux du temps qui se sont intéressés à l'affaire n'ont pas été systématiquement épluchés. Qui sait si l'on ne trouvera pas un jour prochain une réaction d'Emma Nallet-Poussin.


L’ascendance d’Emma : une piste pour la momie ?


Si la tête d’Henri IV a été arrachée dans la fosse commune en octobre 1793, trois suspects font figure de favoris :
1) Alexandre Lenoir
2) L’architecte Petit-Radel, qui avait organisé la destruction des carditaphes et des urnes du Val de Grâce et de Saint-Denis. L'homme avait été chargé de superviser la destruction technique des monuments du Val de Grâce, de l'église Saint-Paul et de la basilique de Saint-Denis (et peut-être d'autres édifices parisiens contenant des tombeaux princiers)
Il en a profité pour vendre des coeurs royaux, en douce, notamment aux peintres Martin Droling et Saint-Martin...
3) Brulay, receveur des domaines à Saint-Denis ... C'est lui qui a prélevé dans la fosse les reliques se trouvant aujourd'hui au musée de Pontoise (dont le pouce dit d'"Henri IV" - l'isotope des traces de plomb retrouvées sur celui-ci est le même que celles retrouvées sur la tête d'Henri IV / Bourdais, selon les recherches scientifiques du Pr Charlier effectuées en 2010)

Trouve-t-on un lien entre les ascendants d’Emma Nallet-Poussin et l’un de ces personnages (ou un autre !) ?

Certes, les écrits d’un certain Joseph Lavallée sur le musée des Monuments français avaient attiré l’attention d’Alexandre Lenoir :
Lavallée Joseph. – [À propos du musée des Monuments français]. Semaines critiques ou Gestes de l’an V, t. II, semaine XIII, an V, p. 158-163. [Cité par Alexandre Lenoir, Musée des monumens français…, I, an IX, p. 8-13].
Joseph de Lavallée vante par exemple l’ampleur de ses vues et Lenoir le cite avec satisfaction dans l’introduction de son Musée des Monumens français (I, p. 8-13) : « Il semble que sa main puissante soutient les siècles sur les bords de l’abîme, les range chacun à leur place et leur défend de s’anéantir. »

Mais on ne sait quel lien de parenté il pourrait y avoir avec Emma.

En revanche, il y a un autre Lavallée que connaissait Lenoir :
Etienne-Jean de La Vallée, dit Poussin
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tienne_de_La_Vall%C3%A9e-Poussin
A noter dans le dernier paragraphe qu'une publication que l’on doit à Alexandre Lenoir, renferme quarante planches d’arabesques pour la décoration des appartements réalisées par Etienne-Jean, genre dans lequel excellait cet artiste.

Or, Etienne-Jean (1735-1802) est le père de Guillaume-Tell de La Vallée Poussin, le père d'Emma !

En tout cas Alexandre Lenoir a été intéressé par les écrits des deux personnages, dont l'un est le grand-père d'Emma.

Voici une notice biographique sur le peintre Lavallee-Poussin, grand-père d’Emma. C'est intéressant car on s’aperçoit qu'il avait des fonctions administratives sous la Révolution...
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56982374.r=academie+des+sciences+et+belles+lettres+rouen.langFR
Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le grand-père paternel d’Emma, voici une petite bio réunie par son arrière-petit fils.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56982374/f271.tableDesMatieres
(page 263)
Or, parmi les artistes travaillant avec lui avant la Révolution, on trouve l’architecte Petit-Radel qui s’est emparé en 1793 des cœurs royaux et princiers pour récupérer les plombs (p. 333).
Ont-ils continué de se fréquenter ensuite ?
Ces personnages, tous artistes, devaient se connaître à des degrés divers. C'est autour de la question des salons ou des écoles et académies d’art qu'il y aurait peut être un lien Lenoir / La vallée Poussin... Nous devons chercher en quelles circonstances ils auraient pu se croiser.

Au passage, il existait aussi un Poussin sous le Directoire travaillant au Garde meuble. Est-ce le même ou un homonyme ?
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2061850/f239.image.r=poussin.langFR


L'attitude de Lenoir entre 1793 et 1817.
Alexandre Lenoir a contribué à sauver quantité de tombeaux et de monuments. Il était en revanche moins précautionneux avec les restes humains. Il s'est emparé de reliques de personnages célèbres et n’a pas hésité à en faire bénéficier amis ou étrangers dans le cadre d’un petit trafic qui nous est mal connu. Mais à la différence d'un Manteau ou d'autres, il n'a jamais restitué de reliques royales à Louis XVIII. Pourtant, le gouvernement de la Restauration l'a comblé de bienfaits et l'a nommé administrateur de la basilique en le chargeant de rapatrier tous les monuments funéraires. Il a bien servi le nouveau régime.
Mais de reliques restituées, point !
Au contraire, il semble les avoir confiées à certaines personnes (comme Ledru, d'où la caisse qui se trouve aujourd'hui sous la crypte).
On dirait qu'il a cherché à s'en débarrasser à tout prix, certes après 1815, mais sans doute bien plus tôt. Comme l’explique Jean-Michel Leniaud dans son ouvrage « Saint-Denis de 1760 à nos jours » Lenoir ne s’est pas fait prier à partir de 1816 pour faire ramener à Saint-Denis les monuments entreposés dans son musée des Petits Augustins.
Mais il avait une terreur panique de perdre son emploi. Crainte qu’il avait déjà exprimé dès le Premier empire. Trouvant que ces reliques arrachées puis bradées devenaient embarrassantes pour son image, surtout s'il y était allé à coups de sabre pour s'emparer de certaines têtes appartenant à des ancêtres de Louis XVIII (?), Lenoir pouvait souhaiter ne laisser aucune trace du peu de respect dont il avait fait preuve pour ces augustes cendres.
Alors aurait-il cherché à se débarrasser de restes encombrants ? Car trop compromettants.
Pourquoi une tête issue des profanations, accompagnée de quelques crânes et ossements n'aurait-elle pas atterri chez Lavallée ?
D'autant que si le trafic avait commencé avant (avec d'Erbach, et pourquoi pas Ledru ? Il faudrait les dater !) avant 1815, cela pouvait devenir sacrilège aux yeux du gouvernement de la restauration. S'il y avait des fuites sur ce trafic... et une perquisition chez Lenoir...

Alors ?

Certes, tout ceci n’est qu’hypothèse et ne repose sur aucun indice solide. Mais la piste ne saurait être négligée. Car de toute façon, Emma Nallet-Poussin tenait bien la tête momifiée de quelqu’un, à supposer qu'elle en était bien la propriétaire. Et à trois générations près, la liste des suspects est forcément réduite et la filière restreinte.

Reste pour l’instant à trouver la date de décès d’Emma et le lieu de sa sépulture.

Il faudrait par ailleurs vérifier si la piste concurrente de Charles-Pierre Poussin ne pourrait pas elle aussi être exploitée. Mort en 1904, il aurait très bien pu laisser quelques objets dont la momie à Emma. Montmorillon l’aurait donc vu entre 1904 et 1909, ou plus sûrement peu avant 1914 au domicile d’Emma et y aurait perçu un attachement familial – même avec un cousinage éloigné… si Charles-Pierre est bien de la même famille.
Il est troublant en effet que Bourdais ait repéré l'ancienne adresse d’Emma et celle d’un "atelier"…ancien domicile de Charles-Pierre Poussin. Cette double trouvaille sonne juste... à moins que le brocanteur ne soit tombé dans le piège d'une homonymie de voisinage.


Pour finir de façon détendue…

Emma avait reçu les palmes académiques.
Dans les archives où elle est répertoriée on trouve un peu plus loin la trace d'un personnage qui aspirait à la même récompense...
Devinez qui ...

Mais Joseph-Emile Bourdais naturellement !

Notre fantasque brocanteur a fait une demande, rejetée semble-t-il…
Voici donc sa lettre adressée au ministre :
« Ayant, depuis six années, consacré tous mes loisirs à des recherches historiques dont j’ai publié les résultats dans divers opuscules (sic), je crois avoir des droits à l’obtention des palmes académiques.
« Avec l’espoir que vous daignerez accueillir ma candidature, je suis,…
Joseph Emile Bourdais
13 rue Etienne Marcel, Paris

« Joseph Emile Bourdais, né à Angers, Maine et Loire, le 13 avril 1881.
Ancien combattant, carte de l’office 26.697. »


Sacré Bourdais !

Laughing


Retour au sujet sur l'authenticité de la tête dite d'Henri IV :
http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t7-le-mystere-de-la-tete-de-henri-iv

king


Dernière édition par Alexandre Lenoir le Ven 24 Juin - 14:03, édité 22 fois
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MessageSujet: Re: La tête "Henri IV / Bourdais" : où était-elle entre 1793 et 1919 ?   Lun 13 Juin - 12:51

C'est vraiment passionnant ; un immense merci pour toutes ces contributions.

Le comportement de Lenoir, entre collectes avérées et supposées, d'ossements et autres éléments macabres, me fait de plus en plus froid dans le dos ...
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La tête "Henri IV / Bourdais" : où était-elle entre 1793 et 1919 ?
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