Saint-Denis, cimetière des Rois

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 LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?

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Alexandre Lenoir



Messages : 186
Date d'inscription : 25/03/2011
Age : 49
Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?    Jeu 7 Juil - 13:51

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LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?

Clovis I° (466-481-511), fondateur du royaume des Francs, reconstitua l'unité de l'ancienne Gaule romaine à son profit. Considéré dans l'historiographie comme un des personnages historiques les plus importants de l'histoire de France, et même le fondateur, la tradition monarchiste vit en lui le premier roi chrétien du royaume des Francs et le courant républicain en fit le premier roi de ce qui était devenu la France à partir du XIIIe siècle.

[ voir le sujet sur le 1500° anniversaire de la mort de Clovis, le 27 novembre 511, avec deux belles videos en prime ! Wink
http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t144-27-novembre-2011-1500-anniversaire-de-la-mort-de-clovis#359 ]

Comme l'éternelle quête du tombeau d'Alexandre le Grand, le mystère de celui de Clovis exerce encore la fascination des historiens et des archéologues.


L'église Sainte-Geneviève, à laquelle le Panthéon a succédé, fut élevée en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul par Clovis à son retour de la bataille de Vouillé, sur la prière de sa femme. L'emplacement choisi était le sommet de la principale éminence qui dominait l'ancien Paris et où se trouvait, du temps des Romains, un cimetière.
Clovis y fut enterré, ainsi que Clotilde, et, après lui, sainte Geneviève, plusieurs princes de sa famille, plusieurs évêques de Paris. Son tombeau était au milieu du choeur, orné de sa statue; on y lisait cette inscription, qui datait de 1177 (le gisant, du XIII°s, lui était postérieur) :
chlodoveo magno, hujus ecclesiae fundatori
sepulcrum vulgari olim lapide structum et longo
aevo deformatum, abbas et convent. meliori opere
et form renovaverunt


Ce tombeau, composé d’un socle et d’un gisant, fut restauré en 1628 par les soins du cardinal-abbé de La Rochefoucauld qui le fit placé dans la chapelle axiale rectangulaire, au fond de l’église, dans un monumental ensemble baroque en marbre. C’est ce gisant qui fut transféré en 1816 à l'église abbatiale de Saint-Denis .


Mais ce gisant surmontait-il un tombeau ou n'était-il qu'un cénotaphe ? Les fouilles de 1807 n'ont pu trancher la question.

En vérité, c'est poser tout le mystère de la tombe de Clovis.

La basilique des Saints Apôtres, fondée par Clovis I°, devenue l'église Sainte Geneviève.


L’église Sainte-Geneviève était située à l’emplacement actuel de la rue Clovis entre la place Sainte-Geneviève et la rue Descartes, au Sud de l’église Saint-Etienne du Mont qui y fut accolée au XVI°s.


La vieille église Sainte-Geneviève (à droite), telle qu'elle fut reconstruite au XI°s. ,
... remplaçant l'église de Clovis du début du VI°s.
A gauche, collée contre elle, l'église Saint-Etienne du Mont du XVI°s.
A l'extrême droite, les bâtiments de l'abbaye Saint-Geneviève.

Aujourd'hui, la rue Clovis passe à l'emplacement de l'ancien église Sainte-Geneviève (détruite en 1807)
Les locaux de l'ancien monastère sont devenus l'actuel lycée Henri IV.

Détruite par les Normands, elle fut complètement reconstruite au XI° s. et connut de nombreux aménagements postérieurs. Elle fut remplacée sur ordre de Louis XV par l’édifice qui allait devenir le Panthéon, construit à partir de 1755 à l’Ouest de l’abbaye. La vieille église fut démolie de 1801 à 1807.


Vitrail (XIX°s) de la chapelle Sainte-Geneviève en l'église Saint-Etienne du Mont
Il rend hommage à l'église Ste Geneviève disparue et aux processions de Ste Geneviève jusqu'à la Révolution



état actuel.
La rue Clovis a remplacé l'église Sainte-Geneviève et une nouvelle façade XIX° a été plaquée sur l'ancienne abbaye.
On perçoit le clocher dit "tour Clovis", dernier vestige de l'église Sainte Geneviève

Seuls en subsistent quelques éléments médiévaux extérieurs à la nef comme la tour, du XI°s, sauf les deux derniers étages des XIV°-XV°s et le réfectoire du XIII°s qui sont intégrés au lycée Henri IV. Récemment en 1996 ont été mis au jour des éléments de chapelle de la Miséricorde datables du début du XIII°s.

D’après l’auteur de la Vie de Sainte Geneviève (vers 520), la sainte fut inhumée vers 502 sur le sommet de la colline de la rive gauche. Il y avait donc à cette époque une nécropole. Sa sépulture était couverte d’un oratoire en bois. C’est l’emplacement de la tombe vénérée qui a déterminé Clovis, dont la capitale était Paris, à élever la basilique. Celle-ci fut achevée après la mort de Clovis en 511 par son épouse la reine Clotilde.
L’église est d’abord consacrée aux saints apôtres, même si le biographe de sainte Geneviève affirme que Clovis la fit construire en son honneur. La sainte n’était donc qu’associée à une fondation consacrée à Saint Pierre et Saint Paul. La basilique n’est d’ailleurs appelée que « basilique Saint Pierre » par Grégoire de Tours, selon une simplification d’usage fréquent au V°s. Le vocable de Sainte-Geneviève n’apparaît que dans le courant du IX°s.


Plan du début du XVIII°s.
A gauche, St Etienne, au centre l'église Ste Geneviève, à droite l'abbaye de Ste Geneviève
© Giraudon pour les Editions de La Tourelle

La sépulture de Clovis et la nécropole royale mérovingienne

L’auteur du Liber historiae Francorum soutient que c’est à la suite d’un vœu formulé sur le conseil de Clotilde avant la bataille de Vouillé en 507 que Clovis promit à saint Pierre de lui construire une basilique en cas de victoire sur les goths ariens : cela en reconnaissance de l’autorité de Rome. Mais il s’agit là d’un texte tardif (début du VIII°s). En revanche, Grégoire de Tours nous présente les Saints-Apôtres comme la basilique funéraire de la dynastie.
La Vie de Sainte Geneviève nous décrit l’état de l’édifice au VIII°s ; il n’avait pas changé depuis sa construction par Clovis. L’église « est pourvue d’un triple portique où des peintures retracent la vraie foi de l’ancien temps des patriarches, des prophètes, des martyrs et des confesseurs. On sait aussi que les murs supportaient un plafond de bois sculpté. Saint Eloi (selon saint Ouen, son biographe) aurait fabriqué pour Geneviève « un tombeau en or et en argent décoré de gemmes ».
En tout cas, l’église fut dévastée par les invasions normandes au IX°s (845, 850 et 885). Elle ne fut pas détruite puisque l’on se contenta à chaque fois de quelques réparations. Les châsses des saints furent évacuées en lieu sûr, puis replacées après les attaques.

Si l’on est informé du sort des reliques, on ignore en revanche ce qu’est devenu le tombeau de Clovis durant les attaques normandes. Etait-il encore visible ? A partir du IX°s, la sépulture semble sortir des chroniques, comme si on en avait oublié l’emplacement.

Au XI°s, la vieille église fut finalement détruite puis reconstruite.

La châsse de sainte Geneviève fut alors déposée dans la crypte, c'est-à-dire sous le nouveau chœur. L’église Saint-Etienne du Mont conserve aujourd’hui un fragment de sarcophage attribué par la tradition à la sainte.


Les fragments du sarcophage primitif de Sainte Geneviève, auj. en l'église de Saint-Etienne du Mont

Mais qu’est devenu Clovis ?

Pour ce qui est des tombes royales mérovingiennes, nous savons par Grégoire de Tours que Clotilde, fille de Clovis et de la reine Clotilde, fut à son tour inhumée auprès de ses parents par son frère Childebert, que sainte Clotilde y fit aussi ensevelir ses petits-fils assassinés par leurs oncles après la mort de leur père Clodomir en 524.
Enfin, quand Clotilde mourut à Tours en 544 sa dépouille fut ramenée à Paris. « Elle fut enterrée dans le sacrarium de la basilique Saint-Pierre, aux côtés du roi Clovis, par ses fils les rois Childebert et Clotaire. » affirme Grégoire de Tours.
Cet extrait est important car il donne une indication précieuse sur laquelle historiens comme archéologues se trouvent souvent en désaccord. Pour Alain Erlande-Brandenburg, ce sacrarium est le « sanctuaire ». Michel Fleury et Patrick Perrin ont été plus dubitatifs : il s’agirait plutôt d’une salle annexe à la basilique.

L’emplacement du gisant de Clovis exécuté au XIII°s ne peut être tenu pour un indice fiable. Du reste, au XVII°s, il fut déplacé dans le chœur de l’église haute et se rapprochait plus d’un cénotaphe que d’un tombeau.

Le gisant de Clovis du XIII°s. Il est à Saint-Denis depuis 1817.

A l’inverse des restes de Clovis, on connait le sort des reliques de la reine Clotilde, morte le 3 juin 545. Son corps fut transporté et enterrée aux côtés de son époux Clovis dans l'abbaye Saint Pierre et Paul. Cependant au neuvième siècle, les invasions normandes obligèrent les Parisiens à transporter la châsse de Saint Clotilde au château de Vivières. Quand les reliques furent rendues aux génovéfains de Paris, ceux-ci laissèrent à Vivières la tête et un bras, et ce furent là les origines d’un culte de Sainte Clotilde resté populaire dans cette localité. Elles s’y trouvent toujours.

Châsse de Ste Clotilde à Vivières
En 1656, une côte de la sainte fut concédée à l’église de Notre-Dame des Andelys, demeurée toujours fidèle au culte de sa fondatrice.
En 1793, la rage des révolutionnaires s’acharna contre le sanctuaire parisien. On parvint à grand’peine à sauver les ossements de Clotilde, ainsi que les reliques de saint Céran (évêque de Paris) et de saint Aude (vierge) et à les mettre en lieu sûr, en une campagne reculée d’Ile de France. Ces ossements furent toutefois brûlés par les moines génovéfains qui les avaient sauvés, de façon à se justifier en cas d’arrestation et pour éviter la reconnaissance de reliques par les sans-culottes. Les cendres furent restituées à la Restauration. Elles sont conservés aujourd’hui dans l’église Saint-Gilles- Saint-Leu à Paris, dans une châsse en argent doré.

Mais le mystère demeurait entier pour les restes de Clovis.


Les fouilles de 1807

En 1791, l’abbaye fut supprimée. L’église subit des pillages en 1793.
La vieille église menaçait ruine et Napoléon donna l’ordre en 1807 de la détruire. L’empereur demanda toutefois que l’on retrouve le tombeau de son glorieux prédécesseur Clovis. Ayant pris l’abeille de Childéric, père de Clovis, comme symbole de l’empire, Napoléon souhaitait se rattacher à un passé encore plus ancien que Charlemagne. Avec Clovis, les Français pouvaient revendiquer l’origine du royaume franc. Le nouvel empire d’Occident napoléonien déclassait ainsi le saint empire romain germanique.

Les fouilles de 1807, effectuées pendant la démolition, furent entreprises par le préfet Frochot et menées par l’administration des Domaines sous la direction des architectes Rondelet et Bourla, assistés par Alexandre Lenoir.

La fouille de la crypte du XI°s n’aboutit à aucune découverte significative. Aucun vestige ne remontait à l’époque mérovingienne.
En revanche, la fouille de la nef permit la découverte de 32 sarcophages trapézoïdaux tous orientés.


Aquarelle d'Alexandre Bourla, dit Bourla fils, d'après les esquisses de son père - 1850
© BNF

Les quelques squelettes retrouvés étaient déjà couverts d’une couche de magnésie, ils tombèrent en poussière quand on les toucha.
Quelques uns de ces cercueils étaient en plâtre, d’autres étaient en pierre à couvercle en bâtière et, dans la partie orientale, une dizaine étaient décorés, comme le montrent une aquarelle de Bourla fils ainsi que certaines planches de Lenoir. On y voit des motifs de croix accostant un arbre de vie, plusieurs croix sur des panneaux de tête, de grandes croix latines sur des couvercles en bâtière qui attestent formellement l’époque mérovingienne ou le début de la période carolingienne.
Parmi ces sarcophages, on s’attacha aux cinq découverts sous le chœur. Cinq sarcophages en pierre dont trois étaient ornés de croix barbares à leurs extrémités comme on les exécutait dans les premiers temps du christianisme en Gaule. L’un de ces sarcophages avait son panneau de tête décoré de croix dont 13 grandes, un autre portait 17 croix sur le panneau de tête de cuve, le même décor se retrouvait sur l’extrémité du couvercle, côté tête, le troisième présentait seulement deux croix de part et d’autre d’un arbre de vie.
L’un des trois portait aussi des palmes comme on en voit sur certains tombeaux des catacombes à Rome. Un second, plus grand que les autres, contenait un squelette enveloppé encore des restes d’un vêtement ; à ses quatre angles étaient disposés des vases de terre jaune ornés de bandes parallèles peintes en rouge. Ils contenaient du charbon, indiquant qu’on y avait brûlé des parfums au moment de la cérémonie funèbre pour atténuer les exhalaisons du corps. Les deux autres tombeaux, sans ornements, étaient ceux d’enfants.
Or, depuis le XIII°s, une statue couchée de Clovis avait occupé le chœur de l’église abbatiale.

On attribua donc logiquement ces trois sarcophages à Clovis, à la reine Clotilde, ainsi qu’à leur fille Clotilde. Les deux cercueils d’enfants, sans décor, furent attribués aux deux petits fils de Clovis, Théobald et Gunther (les frères de Clodoald, devenu saint Cloud) massacrés par leur oncle.
Mais Alexandre Lenoir reconnut qu’aucune inscription ne l’attestait. C’est en raison de la qualité de l’ornementation, et parce que c’était le but des fouilles et que l’emplacement correspondait au gisant du XIII°s avant le transfert de 1628, que le rapport remis à l’empereur conclut à la découverte probable des sarcophages de Clovis et de sa famille.


Plan des fouilles de 1807, exécuté par Alexandre Lenoir
et publié par son fils Albert dans la Statistique monumentale de Paris, 1867, pl. V (XI).
On observe la disposition régulière des sarcophages, en rangées.
On voit aussi dans le choeur haut le cénotaphe des reliques de Sainte-Geneviève replacé dans la crypte à partir du XI°s.
Au bout de la chapelle axiale rectangulaire, se trouve le cénotaphe de Clovis de 1628, encadrant le gisant du XIII°s.
Pourtant, Michel Fleury notait que la facture de ces tombeaux est plutôt à placer dans le dernier quart du VI°s. Ce ne devait donc pas être la sépulture de Clovis et des siens. Il devait plutôt s’agir de sépultures mérovingiennes aristocratiques placées ad sanctos, non loin de l’emplacement le plus probable du tombeau de sainte Geneviève entre le VI° et le XII°s. Ces sarcophages ne semblaient pas, toujours selon Michel Fleury, avoir été déplacés lors de la reconstruction du XI°s mais devaient plutôt être à leur emplacement d’origine.
Il est difficile d’affirmer au regard des documents du XIX°s s’ils avaient été profanés une ou plusieurs fois, notamment à l’occasion des invasions normandes. Rien ne conduit apparemment à le supposer. La nef des XI°-XII°s, large d’environ 9 m, aurait pu reprendre les fondations de celle de l’église mérovingienne.

Seize des trente-deux sarcophages furent envoyés au Musée des Monuments français en 1808. Ils furent hélas perdus en 1817 lors de la dissolution du Musée. De ces fouilles ne nous sont donc parvenus que quelques rares éléments.

En tout cas, ces recherches de 1807 n’ont pas permis de trouver le tombeau de Clovis.

Enfin, la pioche des démolisseurs s’abattit. L’église laissa la place au percement de la rue Clovis, entre Saint-Etienne du Mont et le monastère qui devint le lycée Henri IV.


L’hypothèse du sacrarium

Plusieurs questions se posent cependant.

1°) Les fondations retrouvées par Rondelet et Bourla sont-elles celles du VI°s ou seulement celles du XI° ? Michel Fleury ne faisait que le supposer mais les documents ne le prouvent en rien. Aucun reste de l’église de Clovis n’a été identifié comme tel en 1807. Les fondations suivent très exactement le plan du XI°s.
Mais sont-elles bien celles du VI° ?
Les soubassements du triple portique n’ont pas été retrouvés ; on note toutefois sur le plan de Lenoir, à gauche du portail d’entrée au niveau de la première travée, la base d’une structure en angle droit qui se détache de toutes les autres fondations. Il ne s’agit pas d’une base du XI°s. Est-ce un vestige de la première église ? Pourtant, on trouve des sarcophages dans l’alignement Ouest-Est de ce mur… Il ne devait donc pas se prolonger vers l’Est. A moins de supposer que Michel Fleury se trompait et que ces cercueils ont été replacés dans cet ordre au moment de la reconstruction du XI°s.
Seule une fouille avec les techniques modernes permettraient une datation des fondations encore subsistantes…

2°) La crypte du XI°s était à un niveau inférieur à celui des sarcophages de la nef.
Alors l’a-t-on creusée à l’emplacement d’une crypte mérovingienne ou a-t-elle été seulement rajoutée au XI°s, derrière le chœur de l’église du VI°s ?

Aquarelle d'Alexandre Bourla, dit Bourla fils, d'après les esquisses de son père - 1850
© BNF
Dans la 2° hypothèse, les 5 sarcophages ornés retrouvés en 1807 se seraient bien trouvés juste sous le chœur de l’église primitive. La tradition aurait pu être colportées jusqu’au XIII°s. C’est alors que le gisant fut placé dans le chœur. Si le « sacrarium » est bien ce dernier (comme le suppose A. Erlande-Brandenburg), alors tout coïnciderait…
Mais on a vu que Michel Fleury datait ces sarcophages du dernier quart du VI°s. Or Clovis est mort en 511…
A moins de considérer que les corps ont été sortis d’un autre sacrarium, hors de l’église, par exemple au moment de la canonisation sa Clotilde (vers 550 ou 560). Tandis que les ossements de la reine rejoignaient ceux de Sainte Geneviève dans une châsse, les autres corps auraient pu être inhumés sous le chœur. On comprendrait que les sarcophages remontent au dernier tiers ou quart du VI°s.

3°) Car qu’est-ce au juste que ce « sacrarium » où Clovis fut inhumé ? Patrick Perrin, directeur des Antiquités nationales au Musée de Saint-Germain en Laye, a, lui, une autre hypothèse. Il ne s’agirait pas de l’espace sacré du chœur comme l’interprétait Erlande-Brandenburg. La basilique des Saints-Apôtres parisienne était souvent comparée à la basilique éponyme de Constantinople, abritant les tombes des empereurs byzantins à la suite de Constantin. Or, cette dernière possédait précisément un « sacrarium »… et même deux. Or, ces espaces n’étaient pas dans la basilique, mais la flanquaient ! L'un des deux sacrarium était celui de Constantin ; un autre fut construit plus tard par Justinien. Le premier comptait 24 sarcophages d'empereurs et d'impératrices ; le second 26.
La basilique des Saints Apôtres de Paris possédait en outre des portiques constituant l'atrium sur le modèle de la basilique Saint-Pierre de Rome construite sur l'ordre de Constantin. Elle était, en plus petit, la synthèse des deux monuments dont elle s'inspirait.

On pourrait donc supposer que le sacrarium de la basilique Ste Geneviève se situait au Nord ou au Sud de l’église. Etant donné le développement du monastère au Sud, le Nord serait le plus probable. Patrick Perrin songe même à l’étrange chapelle rectangulaire au Nord du chœur qui, sur les plans du XVII°s s’encastre dans Saint-Etienne du Mont de façon totalement incongrue.

Cet édifice du XI°s n’aurait-il pas repris les bases d’un édifice plus ancien ? Et pourquoi pas du sacrarium ? Cette partie de l’ancienne église Sainte-Geneviève se trouve aujourd’hui recouverte par la chapelle située juste après le jubé dans le collatéral Sud.


A gauche, la rue Clovis et le flanc Sud de l'église St Etienne du Mont
Que trouverait-on sous sa chaussée ?

En 1996, pour le 1500° anniversaire du baptême de Clovis, P. Perrin avait demandé qu’on lance un projet de fouilles, le premier depuis 1807, pour y voir plus clair. A l’époque, Michel Fleury s’était violemment élevé contre cette idée jugée coûteuse, considérant que les fouilles napoléoniennes avaient été bien faites pour l’époque – mais est-ce la question ? – et que l’on ne trouverait rien à l’emplacement de la chapelle Nord du chœur de l’ancienne église. Fleury fit en effet valoir qu’en 1807, on avait fouillé la partie de la crypte se trouvant à la vertical de la chapelle. On n’y avait trouvé qu’un cercueil anthropomorphe… et point de tombeau de Clovis ! La zone avait été sur-creusée au XI°s et il n’y aurait eu aucun espoir d’y retrouver quoi que ce soit.

L’affaire en resta là, mais Patrick Perrin a maintenu son hypothèse. Car le sacrarium pouvait très bien dépasser cette limite. De plus, on ne sait si le sous-sol de la crypte avait été pillé en 1793 ; l'unique cercueil anthropomorphe pourrait en être un rescapé sans que le plan de Lenoir soit exhaustif.
Enfin et surtout, entre le XVII° et le XIX°s il est bien arrivé que l’on retrouve des restes de fondations très anciennes sous les chapelles Sud de Saint-Etienne du Mont sans qu’aucune analyse scientifique ait pu avoir lieu. On ignore donc tout de ces traces d‘édifices anciens. Un chantier sur la partie Nord de la rue Clovis et dans ces chapelles de l’église apporteraient sûrement des réponses sur l’histoire du site depuis 16 siècles.
Y retrouverait-on le tombeau de Clovis ou ses vestiges ?

Le 1500° anniversaire de la mort de Clovis en novembre 2011 pourrait être l’occasion de relancer l’affaire…

Du moins peut-on l'espérer ... Le fondateur du royaume des Francs, à l'origine de notre Etat, le mériterait.


Clovis et Clotilde
Jean-Antoine Gros, Projet pour la coupole de la nouvelle église Sainte-Geneviève (actuel Panthéon)
Paris © Musée du Petit Palais




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Dernière édition par Alexandre Lenoir le Mer 13 Juil - 15:40, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?    Jeu 7 Juil - 16:56

Merci, cher Alexandre Lenoir, pour cette très bonne synthèse.

Je me suis souvent moi aussi demandé ce qu'il était advenu du tombeau de Clovis.
Et je vois que le mystère demeure...

Il est incroyable que l'emplacement de ce qui fut l'une des basiliques les plus prestigieuses du royaume n'ait jamais été fouillé avec des techniques modernes !
Rester sur les vagues données de 1807 est vraiment frustrant.

Je n'avais déjà pas trop apprécié la façon avec laquelle M. Fleury s'était désintéressé des restes de la reine Arégonde (qu'il avait pourtant eu le grand mérite de retrouver) et je n'aime pas davantage son refus de 1996... peut-être motivé par des questions personnelles... (???)
Mais je pense que les polémiques sur la venue du pape Jean-Paul II à Reims et le manque de crédits n'ont pas aidé les autorités d'alors à se montrer plus volontaristes. En tout cas, ça n'a pas dû se limiter à un simple problème de circulation automobile (d'ailleurs faible) rue Clovis !

J'ai retrouvé la référence d'un article de Patrick Perrin relatif aux hypothèses sur la tombe de Clovis. Mais je n'en ai pas encore le contenu :
PERRIN Patrick, La tombe de Clovis, in "Media in Francia; Recueil de Mélanges offert à Karl Ferdinand Werner", Maulévrier (Hérault Éditions) ...

Bien à vous !

cheers
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MessageSujet: Re: LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?    Mer 13 Juil - 8:46

Merci cher Alexandre Lenoir pour cet exposé plus qu'interressant , d'où l'on ressort avec plus de questions que de réponses Very Happy

J'espère qu'un jour de sérieuses et scientifiques fouilles seront menées en profondeur pour exhumer des vestiges prometteurs .
fermer pendant un certain temps cette rue ne serait en effet pas vraiment préjudiciable à la circulation automobile parisienne Laughing
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MessageSujet: Re: LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?    Dim 6 Nov - 13:18

Voici trois excellentes video d'un seul et même documentaire (en 3 parties), retraçant la vie et l'oeuvre de Clovis I°, roi des Francs.

Il est bon de se rappeler l'histoire du grand Mérovingien, à l'approche du 1500° anniversaire de sa mort (27 novembre 511 - 27 novembre 2011).

Clovis, reconstituant l'unité des Gaules sur les débris de l'empire romain éclaté, et faisant de celles-ci le nouveau regum Francorum ... qui sera à l'origine du royaume de France.








king king king sunny king king king

.
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MessageSujet: Re: LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?    Mer 31 Aoû - 20:38

Bonsoir chers ami  toujours en consultant les dessin de Gaigniéres sur la base gallica de la BNF,j Je vous propose de découvrir l'aspect qu'avait le tombeau de Clovis à la fin du XVII éme siècle lorsqu'il se trouvait encore à sainte Geneviève. De plus Gaigniéres fit faire un relevé des inscription je vous en livre aussi la page

Tombeau de Clovis



Épitaphe



A noter que le sceptre et la couronne du dessin paraissent différent peut être une restauration de Lenoir ou de Debret .

Au plaisir
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MessageSujet: Re: LA TOMBE DE CLOVIS - Qu'est-elle devenue ?    Aujourd'hui à 18:00

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