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 Le tombeau et les restes de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire

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Alexandre Lenoir



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Date d'inscription : 25/03/2011
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Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: Le tombeau et les restes de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire   Sam 10 Sep - 11:50

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Le tombeau et les restes de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire



La sépulture de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire est d’une importance capitale. Il s’agit de la seule tombe d’un souverain français médiéval à n’avoir pas été violée ni arrachée à son emplacement d'origine. Plus de 900 ans après sa mort, son contenu reste intact, au-delà des outrages de l’Histoire et du temps.
Elle fut toutefois ouverte et son contenu examiné (insuffisamment) à trois reprises : en 1830, 1958 et 2003.




Philippe Ier, né en 1052 et mort le 30 juillet 1108 au château de Melun en Seine-et-Marne, fut roi des Francs de 1060 à 1108, quatrième de la dynastie dite des Capétiens directs.
Il est le fils d'Henri Ier, roi de France, et d'Anne de Kiev, fille de Iaroslav le Sage, grand prince de Kiev et de Novgorod.
Il est sans doute le premier prince en Europe occidentale à recevoir ce prénom grec qui allait se perpétuer jusqu'à nos jours. Il le doit à sa mère, Anne de Kiev, dont l'arrière grand-père paternel Romain II, empereur de Constantinople, affirmait descendre des rois de Macédoine. Le sang impérial de Byzance se mêle désormais à celui des Capétiens.

Le 30 juillet 1108, Philippe Ier meurt au château royal de Melun après quarante-huit ans de règne (le troisième plus long règne de l'histoire de France après ceux de Louis XIV (1643-1715) et Louis XV (1715-1774) qui ont tous les deux régné plus de cinquante ans). Ne voulant pas, en raison de ses « fautes », être enterré à côté de ses ancêtres en la basilique de Saint-Denis, il a demandé à être inhumé dans l'abbaye de Fleury à Saint-Benoît-sur-Loire (aujourd’hui dans le Loiret). Son fils Louis VI que l'on surnommera le Gros, âgé de vingt-sept ans, lui succède.

Voici ce que dit Suger, alors abbé de Saint-Denis, de cette décision de reposer à Saint-Benoît :
« C’était là que le roi Philippe avait exprimé le souhait d’être enterré. Certains déclaraient, pour le lui avoir entendu dire, que, s’il avait résolu de se tenir éloigné de la sépulture de ses pères, sépulture qui se trouve comme de droit naturel en l’église de Saint-Denis, c’est parce qu’il s’était conduit avec moins de bienveillance qu’eux envers cette église, et que parmi tant de nobles rois, on n’y aurait pas fait grand cas de son tombeau ».


Le porche de l'abbaye de Saint-Benoît sur Loire

Tribulations du tombeau de Philippe I°
La tombe se trouvait au centre de la première travée du chœur. Elle fut honorée durant le Bas Moyen-Age et lors de grandes fêtes liturgiques des cierges étaient déposés aux quatre angles de la sépulture.

Pourtant, le tombeau, mobile de par sa conception, fut par la suite déplacé et l’emplacement exact de la tombe sombra ensuite dans l’oubli.
Le gisant actuel n’est d’ailleurs pas antérieur au XIII°s. Il est donc difficile de savoir à quoi pouvait ressembler le tombeau primitif. Le monument, sans socle brut, reposait sur quatre lionceaux placés sur le pavé du chœur. Les pieds du roi était appuyés sur un lion couché. Aux deux côtés de la tête se trouvaient deux petits anges tenant des encensoirs.

La Révolution lui causa de grands dégâts, et de 1793 à 1818 le mausolée fut abandonné parmi les ruines de l’ancien couvent, soumis aux intempéries.

Une description de l’évêque d’Orléans du début du XIX°s nous informe toutefois de son niveau de dégradation. La tête n’offrait plus aucun trait – à l’exception de restes d’une couronne ; le lion avait été décapité, les lionceaux avaient disparu.


Le gouvernement confia en 1818 la restauration des vestiges au sculpteur Romagnési, sous la direction de M. Pagot, architecte de la ville d’Orléans.
Le résultat est inégal. Afin de donner plus de relief au gisant, Romagnési creusa la dalle. Il bûcha ce qui restait des anges thuriféraires – dont il ne reste rien aujourd’hui ! – et refit le visage du roi au point d’effacer les traits originaux.


L’ensemble fut provisoirement placé au milieu de la croix que forme l’église, sous la rotonde.

Restait à retrouver la tombe…




La redécouverte du 1° juillet 1830

Après quelques sondages, elle fut retrouvée le 1° juillet 1830 – jour anniversaire de la mort de Philippe I° ! - entre le balustre de l’autel et le chœur, à trois pieds de la première marche du sanctuaire.
Etaient présents le restaurateur, le maire, le curé, d’autres invités, M. Renard, maçon, et son équipe de compagnons. Un carré de seize dalles fut retiré.
On découvrit alors des pierres d’Apremont couvrant la tombe. L’une d’elle fut ôtée et l’on aperçut un cadavre humain de grande taille dont toutes les parties semblaient affaissées et qui paraissait avoir été embaumé comme la présence de bandelettes le laissait supposer. Le défunt avait été déposé dans un gros coffrage en pierres d’Apremont, de largeur inégale et d’ajustement grossier. On supposa que le roi avait dû être inhumé avec précipitation, peut-être par souci de respecter sa volonté d’humilité pour expier ses fautes.
L’architecte Pagot examina le corps. Celui-ci, de très grande taille, avait été placé à découvert dans un cercueil de chêne, totalement consumé en 1830. La tête était posée un peu plus élevée, dirigée vers l’autel. On ne trouva presque plus rien de la mâchoire supérieure. En revanche, le maxillaire inférieur était intact et présentait de belles dents blanches comme de l’ivoire, dans leurs alvéoles. Les bras étaient allongés de chaque côté près du corps.
Les restes étaient couverts d’une croute de linges, de bandelettes et de végétaux en grande quantité qui dégageaient une odeur très forte.
Les bandelettes qui, par leurs circonvolutions, enveloppaient tout le corps depuis les épaules jusqu’aux pieds étaient en tissus de soie à fleurs et feuilles courantes damassées sur chaîne de soie écrue. Des restes de linges plus conséquents, imbibés de parfum, furent observés au niveau de l’abdomen.
A part quelques fragments de tissus prélevés, les enquêteurs de 1830 ne touchèrent à rien, laissèrent sagement le contenu de la tombe intact, refermèrent celle-ci et replacèrent les dalles. On grava sur l’une d’elles l’inscription suivante :
30 julii 1108. P.H.R.G.


Il faudra attendre 1958 pour examiner de nouveau la tombe. Or, ce que l’on découvrit 128 ans après diffère sensiblement du procès-verbal de 1830 …

L’étude de 1958

En 1830, une seule dalle avait été retirée et l’observation avait été menée avec un éclairage très limité dans un laps de temps assez court.
Au cours d’importants travaux entrepris dans l’église en 1958, l’archéologue A. France-Lanord procéda à la reconnaissance de la sépulture royale et de ce qu’elle contenait.
Retrouvée le 4 février, la tombe livra de nouveaux prélèvements à partir du 27 février. Une couverture photographique du contenu du caveau fut réalisée.
On s’aperçut alors que la sépulture était en réalité constituée de 10 pierres calcaires. La silhouette du squelette était encore parfaitement visible sous un extraordinaire amas de feuillages et de branchages qui se présentaient dans un remarquable état de conservation après tant de siècles. Les membres supérieurs étaient fléchis, les mains étant en avant de l’emplacement présumé du pubis. Il était manifestement enveloppé dans une très longue cape de couleur rouge en tissu de laine à trame de chaîne de chanvre. La tête avait été recouverte d’une étoffe de soie.
Bizarrement, les végétaux étaient mieux conservés que le squelette.


état du contenu de la tombe à sa réouverture en 1958

Le roi Philippe était allongé sur le dos. Les os du crâne se sont dissous et se retrouvent affaissés au niveau du cou.
Il n’y a plus de traces de maxillaires ni des dents qui existaient encore en 1830. La première ouverture à l’air semble avoir été fatale à ces restes. La masse des ossements restants, considérablement desséchés, parait assez dure. Les colorations se sont estompées. On n’a pas aperçu le moindre objet, malgré l’utilisation d’un détecteur de métaux.

Embaumement ?

En 1958, on retrouve la même impression olfactive de 1830. Une forte odeur d’humus de sous-bois avec un parfum aromatique rappelant l’encens.
Le corps était recouvert d’un amas de feuillages. Les prélèvements et leur analyse ont permis de reconnaître des feuilles d’iris sur lesquelles le corps reposait, en particulier la tête, en formant une sorte de coussin.
Il y avait également de la menthe et du noyer. Détail intéressant car la menthe était conseillée dans les traités d’embaumement du Moyen-Age.

Mais le corps a-t-il été pour autant embaumé ?

Les funérailles solennelles ayant eu lieu à Melun, il a fallu envisager de conduire la dépouille du souverain à plus d’une journée de route vers Saint-Benoît, en pleine chaleur estivale ( ?). Des mesures de précaution s’imposaient.
L’embaumement peut cependant avoir été simplement externe (avec application de liniments sur le corps, ainsi que de plantes et de parfum sur le vêtement.

En fait, rien ne permet de dire s’il y a eu ou non prélèvement des viscères. L’ensemble du thorax semble bien avoir été dérangé par l’ouverture de 1830, contrairement à ce que le procès-verbal laissait supposer ; il est difficile d'y voir clair sans des examens poussés. Du reste, une telle opération chirurgicale peut très bien ne pas laisser de traces sur les ossements eux-mêmes.
C’est qu’en 1958, l’analyse s’est limitée à des observations partielles. Le mystère n’a donc pas été totalement levé sur l’épaisseur des restes contenus dans la tombe.
Notons toutefois que la pratique de l’éviscération royale est très antérieure au règne de Philippe I°. La plus ancienne connue en France est celle de l’empereur Charles II le Chauve, mort en 877 à Brios dans les Alpes et qui fut par la suite inhumé à Saint-Denis. D’autres cas sont répertoriés.
On ne doit donc pas exclure l’hypothèse d’un embaumement total.

L’avenir des restes de Philippe I°.
La tombe fut réouverte en 2003, juste pour prendre quelques photographies.


état du contenu de la tombe ; les restes de Philippe I° en 2003

Les ossements avaient souffert grandement de l’humidité depuis 1958 et la dégradation semble actuellement s’accélérer, ce qui n’est guère étonnant puisque la tombe n’est fermée que de quelques planches sous les dalles.
Pourtant, à la différence de ce qu’affirmait A . France-Lanord en 1958, une partie du crâne facial semble bien intacte au milieu des restes.
Il semble encore possible de recueillir de riches informations sur le corps de Philippe I°. Mais pour combien de temps encore ?
Seul un examen complet de la tombe pourrait apporter les éléments de réponses sur l’embaumement. En outre, une reconstitution faciale du monarque serait encore envisageable, selon Oleg Nesterensko, directeur de l’Institut International de la Reconstitution Anthropologique (IIRA, Paris), avec l’aide du Laboratoire d’Anthropologie anatomique et de Paléopathologie de Lyon (Dr. R. Perrot).

Cette tombe est un exemple unique de tombe royale où l’examen scientifique peut livrer des fruits exceptionnels dans la connaissance des sépultures médiévales princières en France. On songe à ce qu’auraient pu nous offrir la variété des tombes royales de Saint-Denis !

Raison de plus pour qu’un sauvetage des restes de Philippe I° soit couplé avec une expertise scientifique enfin complète et poussée.

Les pouvoirs publics prendront-ils conscience de l’urgence des mesures à prendre ?


king
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Richelieu



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MessageSujet: Re: Le tombeau et les restes de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire   Sam 10 Sep - 16:25

C'est très bien, merci. Je savais que le reste de Philippe échappé à la souillure d'une révolution, mais ne sais pas pourquoi. Et merci pour les photos!
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SAINT ELOI



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MessageSujet: Re: Le tombeau et les restes de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire   Sam 10 Sep - 17:27


Il serait vraiment intéressant de faire une étude scientifique des restes royaux et après cela l' inhumer de nouveaux avec le respect du à son rang et ainsi laisser le seul roi qui ne fut pas victime de la révolution reposer en paix et éviter le sort que les restes d'Aregonde connaisse oublie dans un laboratoire .


Au plaisir
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SAINT ELOI



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MessageSujet: Re: Le tombeau et les restes de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire   Ven 6 Déc - 22:16

bonsoir voici une représentation du tombeau tel qu'il était au début du XVIII éme siècle ce dessin provient du tome premier des monuments de la monarchie Française par Montfaucon moine bénédictin de la congrégation de saint Maur .

dessin et explication



Nous n'avons d'autre figure du Roi Philippe I,que celle qui est sur son tombeau à S Benoît sur Loire .Ce tombeau que nous représentons ici avec le Roi Philippe, tel qu'il nous a été envoyé par D Maur Jourdain, qui la dessiné ,a six pieds ,neuf pouces de long est d'une seule piece hormis les lions qui le soutiennent. Sa Couronne était ornée de trèfles ou de fleurs de lis, qui sont présentement cassées ,excepté une qui reste encore. Ce qu'il ya de fort singulier ,c'est que Philippe étendu sur son tombeau tient Un Gand.Ce gant était pour la main qui soutenait l' épervier que les Seigneurs et les Princes fessaient soient un honneur de porter en ces temps là

Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Le tombeau et les restes de Philippe I° à Saint-Benoît sur Loire   Aujourd'hui à 18:00

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