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 Rapport d'autopsie de Louis XIII - Y a-t-il eu sciage du crâne ?

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Alexandre Lenoir

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Messages : 186
Date d'inscription : 25/03/2011
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Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: Rapport d'autopsie de Louis XIII - Y a-t-il eu sciage du crâne ?    Mer 6 Avr - 13:53

What a Face

Rapport d'autopsie de Louis XIII - Y a-t-il eu sciage du crâne ?

La question n'est pas si secondaire qu'il y parait, dans le contexte de la redécouverte récente d'une tête momifiée attribuée à Henri IV. Le sciage du crâne peut en effet être un critère discriminant de l'identification d'un crâne royal. [Voir le sujet sur la tête Bourdais / Henri IV sur ce forum]
Or, les témoins de 1793 ayant vu les corps jetés dans la fosse ne nous sont d'aucune aide sur ce point. Ils ne mentionnent même pas le crâne recousu de Louis XIV ! A l'inverse, l'unique mention d'un crâne scié relevé par Lenoir (Henri IV) est contestée.
Alors qu'en fut-il de Louis XIII ?



Louis XIII meurt au Château Neuf de Saint-Germain en Laye le 14 mai 1643, jour de l'Ascension, vers 14h45, après 33 ans de règne, jour pour jour (!)
Après la veillée du corps, le lendemain matin, à 9h, on ouvre le corps du Roi.

Nous donnons ici l'intégralité du procès-verbal d'autopsie :

" Le 15 [mai 1643] à ladite heure se fit l'ouverture dudit corps qui fut apporté dans un linceul par les officiers de la Chambre et mis sur une longue table qui était préparée au bout de la galerie autour de laquelle étaient Messieurs de Nemours, de Vitry et de Souvré, les sieurs de Sainctot frères, maître et aide des cérémonies, le sieur Forest, premier valet de chambre, et quelques officiers de la chambre seulement, d'un côté; de l'autre côté et aux pieds et à la tête, étaient les médecins et chirurgiens, savoir le sieur Bouvard, premier chirurgien du roi, les sieurs Seguin, premier médecin de la reine régente, Vaultier, premier médecin de la feue reine mère du roi, Brunyer, premier médecin de monsieur le duc d'Orléans, chicot et Conrade, médecins du roi lors en quartier, le sieur de la vigne, docteur régent de la faculté de médecine de paris et doyen d'icelle, le sieur moreau, aussi docteur de la faculté, lecteur et professeur ordinaire du roi, pierre Yvelin, médecin de la reine régente, Jean de Nogent, médecin servant le duc d'Orléans, Baptiste Bontemps, premier chirurgien et premier valet de chambre de sa majesté, Nicolas Pescheval, premier chirurgien de la reine régente, Mathieu Colart, premier chirurgien du duc d'Orléans, Antoine Regnault, Pierre Lycot et Alexandre Le Roy, tous trois chirurgiens servant le roi, Sébastien Colin, chirurgien de longuerobbe à paris, tous deux appelés pour assister à ladite ouverture à laquelle opéraient les sieurs Regnault, Lycot, et Leroy de la main, le sieur Bouvart verbalisait, et le sieur moreau susdit écrivait.
Et ce fut ce qui suit :
Nous avons trouvé les cinq téguments universels communs et particuliers consommés, lepiploon aussi consommé, les intestins gresles démesurément boursoufflés et de couleur blafarde et nageant dans une quantité de sérosités sanieuses et purulentes, la face extérieure du foie toute pâle comme ayant été bouillie, l'estomac rempli d'une sérosité noirâtre avec un vers et demi pied de longueur et plusieurs autres petits, laquelle matière aurait marqueté le fond de l'estomac, l'intestin duodenum d'une grandeur démesurée rempli de bile porace, le jejunum rempli de même matière et tout jaune par dedans, lileum moins teint et moins plein d'une matière plus épaisse, le cecum dès son commencement rouge et dépouillé de sa membrane charnue, continuant de plus en plus jusqu'à la fin du colon, où s'est trouvé un ulcère qui a percé l'intestin causé par la descente de la boue qui sortait du mésentère inférieur qui s'est trouvé ulcéré en plusieurs endroits et qui a versé sa matière purulente, qui s'est trouvée amassée dans tout le ventre, dans laquelle nageaient les intestins, à la quantité de plus d'une copine. Outre la couleur susdite du foie, on a trouvé en sa partie cave qu'il se fendait et rompait en le touchant, dépouillé de sa propre membrane, étant coupé il s'est trouvé tout desséché et recuit dedans comme dehors. A rein droit il s'est trouvé un petit abcès plein de boue verte enfermée dans un chyste dans sa partie inférieure et charnue. Tout le poumon du côté gauche entièrement attaché aux côtes et moins du côté droit, en la partie supérieure gauche s'est trouvée une grande cavité ulcérée, pleine de boue, tous lesquels accidents ont été reconnus pour véritables causes de son décès.
Fait à Saint-Germain à six heures du matin le 15 mai 1643, ainsi signé : Charles de Savoye, Nicolas de l'Hospital de Vitry, de Souvré, Bouvart, Seguin, Vaultier, Chicot, Conrade, de la Vigne, Moreau, Yvelin de Nogent, Baptiste Bontemps, Pescheval, Collart, Regnault, Lycot, Colin, Alexandre Le Roy, Le Large.


Au total, Louis XIII serait mort :
1) d’une tuberculose diffuse, responsable d’une fragilité excessive des viscères, de nombreuses zones nécrotiques et de plusieurs épanchements liquidiens. L’ensemble est agrémenté de quelques maladies annexes, notamment ce vers parasite intestinal retrouvé lors de l’ouverture de l’estomac (peut-être un ascaris)

2) ou d’une péritonite aigüe purulente par perforation colique. Peut-être une entéropathie tuberculeuse

3) ou de la maladie de Crohn (recto-colite hémorragique).
Le Roi souffrait de ces maux depuis de nombreuses années .

Quoi qu’il en soit, l’agonie fut longue, pénible, douloureuse. Louis XIII le Juste a ému tous ceux qui l’ont assisté par son courage et sa résignation face à la souffrance.


Mais à aucun moment le procès verbal ne mentionne de sciage du crâne ni aucun examen cérébral.
Certes, il n’est pas fait mention du cœur ; or celui-ci a bien été retiré et embaumé sans qu’il ait été décrit dans le procès-verbal.

Alors ? Louis XIII a-t-il subi une craniotomie ?

Un document pourrait nous apporter une réponse…

Il s’agit du témoignage de Dubois, le valet de chambre du roi : « Mémoire fidèle des choses qui se sont passées à la mort de Louis XIII, Roi de France et de Navarre »
Ecoutons-le :

« Le lendemain (…), on ouvrit le corps du Roi, ce que je n’avais point de curiosité de voir. Mais un garçon de la chambre me dit que monsieur de Souvré me demandait. Il était présent à l’ouverture de sorte que je me jetai la vue sur ce triste spectacle. Je vis le corps du Roi, qui m’avait été si précieux, étendu sur la table en la galerie, le coffre tout ouvert, et proche de là, sur un billard, dans des bassins, les entrailles, les boyaux dans l’un, le foie, la rate et le cœur dans l’autre. Je vis un de ses boyaux percés, le bas mésentère quasi pourri ; dans le haut mésentère un ulcère et une quantité de vers qu’on lui avait aussi trouvés ; le foie assez beau, pourtant un peu pâle ; la rate belle et les poumons assez sains, et le cœur fort beau. Je vis dans ce corps qu’il y venait encore un vers dans les reins.
Dans ce temps, monsieur de Souvré m’appela et me commanda d’aller auprès du Roi d’à présent, pour le suivre et le servir comme j’ai fait depuis. »


Ce qui frappe dans ce récit, c’est que l’autopsie est finie quand Dubois arrive.
Car Souvré, premier gentilhomme de la Chambre ne l’appelle que pour lui dire une banalité d’encouragement quant à son avenir. Un peu comme les paroles échangées lorsqu’une équipe se sépare. Il ne l’appelle pas pour une aide ni un renseignement technique. Souvré présidant et assistant consciencieusement à l’ouverture et aux analyses, n’aurait jamais interrompu les chirurgiens pour demander d’introduire Dubois (qui ne voulait pas y assister)et lui lancer de façon incongrue de telles paroles.
S’il l’a fait, c’est que l’opération était achevée et que l’on cherchait à parler d’autre chose. Ce qui n’a pas empêché Dubois de s’approcher et d’observer attentivement tout ce qui avait été retiré, avec sans doute les commentaires des praticiens (certains détails explicatifs le montrent). Il parle même du cœur et des reins, alors que ceux-ci ne sont pas mentionnés dans le procès-verbal !

Mais de cerveau, point !!!
Si le cerveau n’a pas été retiré une fois l’autopsie achevée, c’est qu’il n’a pas été retiré ensuite !
C’est du moins ce que l’on peut en déduire. Dubois aurait mentionné le cerveau de son maître, partie impressionnante, s’il l’avait vu.

Probabilités depuis Charles IX (premières indications d’autopsie parvenues jusqu’à nous) :
- Sciage de crânes :
Charles IX, Henri III, Louis XIV, Louis XVIII
- Pas de sciage :
Louis XIII, LOUIS XV (…et Louis XVI !)
- Un doute :
Henri IV

king

On trouve ce procès-verbal dans le livre du docteur Philippe Charlier : Médecin des morts, récits de Paléopathologie, Fayard, 2007.
Le témoignage de Dubois figure dans le livre d'Alain Boureau, Le simple corps du Roi, Ed. de Paris Max Chaleil, 2000

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