Saint-Denis, cimetière des Rois

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 Le "Portail royal", portail Nord de la basilique

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Linceul royal
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Messages : 239
Date d'inscription : 23/03/2011
Localisation : Abbaye de Saint-Denis

MessageSujet: Le "Portail royal", portail Nord de la basilique   Mer 21 Sep - 15:15

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Le "Portail royal", portail Nord de la basilique



L’entrée du bras Nord de la basilique a ceci de particulier qu’il s’agit d’un portail royal. Ce n’est pourtant pas le portail principal ; la grande entrée est en effet le portail occidental.
Mais 36 rois sont représentés au portail Nord : ils assistent au martyre des patrons de l’église. Celui-ci est simplifié par rapport à la complexité idéologique des portails Ouest. Pourtant, le portail Nord est le seul à nous être parvenu à peu près intact et sa grâce surpasse celle des autres.

Il n’a certes pas été épargné par la tempête révolutionnaire. Mais Alexandre Lenoir est parvenu à en sauver les plus belles pièces - les six statues colonnes et les trente-quatre têtes - du portail pour les placer au Musée des Monuments français. Ils ont pu être remontés in situ au XIX°s, avec toutefois quelques modifications opérées par Violet-le-Duc.

Le monument a été réalisé bien avant 1200 et a été remanié pour que ses dimensions correspondent à l’entrée septentrionale du nouveau transept construit au XIII°s, en parallèle à la nouvelle porte méridionale donnant sur le cloître. Son emplacement primitif n’est pas connu.
En fait, il est sans doute antérieur à 1151 (mort de Suger) car les bases du portail nord ressemblent aux profils des bases des chapelles du chevet consacré en 1144 et aussi à celui de la seule base conservée du transept de Suger, le dernier projet de l’abbé qu’il laisse inachevé à sa mort. En outre, une analyse par activation neutronique a révélé que la pierre employée pour la base des colonnettes et les supports des statues-colonnes a la même composition que la pierre des portails Ouest. Il peut donc s’agir de tailles de la même campagne de construction.

L’iconographie du portail : le martyre de saint Denis et de ses compagnons
C’est la partie du portail qui prête le moins à controverse.
Une très belle Vierge à l’enfant du XIII°s fut rajoutée au trumeau lorsque le portail fut remonté dans le nouveau transept.


Les scènes du tympan reprennent en la parachevant l’iconographie des portails latéraux de la façade occidentale.
Le thème central est celui du martyre de Denis et de ses compagnons, qui leur assure la glorification éternelle et céleste, ici représentée par la couronne qu’apportent deux colombes au sommet du tympan. Le Christ apparaît auréolé du nimbe crucifère à la clef de la voussure juste au dessus ; il semble approuver par sa seule présence tout ce qui se passe plus bas.

L’histoire se lit de bas en haut.


Elle commence au registre inférieur qui est divisé en quatre panneaux par des arcatures.
Les deux grands panneaux centraux, consacrés aux saints, sont encadrés par deux autres moins larges.

Dans celui de gauche, le préfet Sisinnius s’apprête à juger Denis, Rustique et Eleuthère. Il tient dans sa main gauche un glaive imposant, symbole de son autorité temporelle. Une colonne sépare le préfet des saints qu’un garde amène devant lui. Ce soldat, une brute au ventre ballonné, à la figure patibulaire, tire sur les chaînes qui tiennent les trois martyrs en bride. La tête du saint présenté de face, au milieu, fournit un merveilleux exemple de la délicatesse et de l’empathie des sculpteurs du XII°s dans le traitement de leurs sujets. Or, c’est le seul visage original qui subsiste – outre la partie gauche de la face d’un des soldats du panneau de droite, placé vers l’intérieur.
Toutes les autres ont été refaites, pour le portail, au XIX°s.
On a récemment découvert une tête appartenant probablement au bourreau qui se tient au centre du registre inférieur : elle a le regard droit, les lèvres entrouvertes, une courte barbe formant des boucles stylisées comme les cheveux. Les traits ressemblent bien à eux du saint martyr dont la tête a été conservée. La tête caricaturale du XIX°s est vraisemblablement très éloignée du style d’origine du XII°s et est parait donc incongrue.

Le préfet étend le bras droit devant la colonne pour saisir la chaîne et traîner les saints devant lui. Larcia, celle qui avait pourtant dénoncé son mari ainsi que les trois saints, est ici celle de la Passion d’Hilduin : elle se prosterne devant Sisinnius, mais placée en dehors de l’espace du préfet, dans le panneau qu’occupent les saints, peut-être pour signifier sa conversion finale au christianisme.
Derrière les saints, au centre du registre inférieur, se tient l’exécuteur du préfet, de face, s’apprêtant à flageller Denis qui est attaché à la colonne séparant la scène de l’autre panneau. La posture de Denis, torse nu, attendant son supplice, est la même que celle du Christ, et son regard est détourné de son tortionnaire : il se tourne par-delà la colonne sur le spectacle de la récompense miraculeuse qui attend les trois saints, la communion donnée par le Christ avant le martyre.

Car c’est, d’après la Passion, le Christ lui-même qui aurait donné sa dernière communion à Denis en pénétrant dans le cachot où il était enfermé. A droite de la colonne centrale, il tend l’ostie à Denis par-dessus le mur ; Rustique et Eleuthère attendent derrière. Il y a un fort contraste entre les deux représentations du saint : à moitié nu et les mains liées derrière le Christ ; ici en évêque, coiffé d’une mitre.
Dans sa prison, l’un des deux compagnons de Denis élève une patène dans sa main voilée, et l’autre un objet qui doit être une aiguière. Deux anges survolent la scène. L’un tient un encensoir, l’autre une patène comme celle du compagnon de Denis. Un calice est placé entre le Christ et Denis, au faîte du mur de la prison transformée en autel.
Mais la communion n’a pas ici valeur de sommet dramatique comme sur la façade Ouest. Ce n’est qu’une station de plus sur le chemin qui mène les martyrs du jugement à l’exécution, puis au Paradis.

La partie supérieure du tympan représente en effet la scène dramatique de la décollation. Elle a été considérablement restaurée au XIX°s, mais des analyses archéologiques et des comparaisons des éléments originels subsistants avec les dessins de Charles Percier effectués en 1794-95, ont permis de restituer la composition initiale.

© Arch. phot. Paris, CNMHS
En 1794-95, les statue colonnes n'étaient plus là, ayant été arrachées en 1793.
Heureusement, Alexandre Lenoir put les mettre à l'abri.
Les sculptures des autres portails de la basilique eurent moins de chance ...

Denis, décapité, est agenouillé au centre du tympan. Le bourreau qui vient de lui trancher la tête est penché derrière lui, la hache encore levée. Derrière le bourreau se tient un autre garde armé d’un gourdin – en fait à l’origine il devait s’agir d’un fouet. Le garde au crâne chauve regarde, furieux et méprisant, le saint prendre sa tête coupée. En dessous, un feuillage pousse miraculeusement, nourri par le sang des martyrs, ce qui rappelle le verset de l’office des saints martyrs glorifiant Denis d’avoir consacré la Gaule par son sang.
Sur la gauche, l’un des compagnons de Denis attend à genoux d’être exécuté par un autre bourreau qui apparaît derrière lui en levant sa hache ; le saint, horrifié en voyant la tête tranchée de son évêque, lève les mains en l’air. Le second compagnon, agenouillé, tourne le dos à Denis, les mains jointes, la tête penchée en avant. Un troisième bourreau saisit de la main gauche les cheveux du saint.
Au sommet du tympan, deux colombes apportent la couronne du martyre qu’ils ont gagné, par leurs souffrances.



L’iconographie du portail : les trente-six rois
Le martyre de Denis, Rustique et Eleuthère prend place dans un cadre extraordinaire. Sur les trois voussures encadrant le tympan sont placés les témoins des souffrances des martyrs : 30 rois et Jésus-Christ.
Sur la voussure inférieure : 8 monarques, quatre de chaque côté séparés par le buste du Christ, portant le nimbe crucifère qui sort d’une nuée.
Assistant au martyre figuré plus bas, le Christ bénit la couronne disposée juste en dessous.

La deuxième voussure accueille 10 rois, la troisième 12.
Un motif de feuillage s’enroule le long de la voussure extérieure.

Le Christ Jésus, Roi des rois, est escorté par trente souverains terrestres. Comme la couronne du martyre, son nimbe surpasse en gloire les couronnes temporelles que portent les 30 rois.

Les statues d’ébrasement, assez indépendantes de leur colonne (plus que celles du portail Ouest), se meuvent avec davantage de liberté. Les mouvements du corps, la rhétorique gestuelle et la tension des plis organisés de façon moins abstraite, en font foi. Sur la draperie souple, non dénuée de classicisme, les plis naissent d’un resserrement du vêtement – agrafe du manteau, nœud sur l’épaule de la tunique ou tissu retenu par la main – pour ensuite irradier la surface de l’étoffe et alterner avec des plages plus calmes. En égrisant l’épiderme des statues-colonnes en calcaire parisien, le sculpteur a sans doute cherché à reproduire les effets du marbre poli.





Reste la question centrale : qui sont ces rois ?

Une première hypothèse, classique, voit dans ces témoins royaux des rois de l’Ancien Testament, à l’instar des statues colonnes couronnées de la façade occidentale. Suger aurait voulu mettre en avant le caractère sacré des rois de France à l’exemple des rois de l’Ancien Testament choisis et oins par Dieu.
Il s’agirait ainsi d’une sorte d’Arbre de Jessé monumental, qui représenterait les ancêtres royaux du Christ.

Pourtant, cette hypothèse paraît pour certains historiens de l'art difficile à défendre.

En effet, ces souverains, dont les traits et les costumes se ressemblent trop, ne portent pas les attributs distinctifs associés aux rois de l’Ancien Testament. De plus, la généalogie du Christ ne comporte que 14 rois de Judée, et même 39 si l’on inclut les patriarches et les juges.

Finalement, c’est l’interprétation de Bernard de Montfaucon qui pourrait être la plus pertinente : il s’agirait de 36 rois de France.

Il voyait dans les 30 rois des voussures 16 rois mérovingiens et 14 rois carolingiens. Les 6 statues colonnes seraient celles d’Hugues I°, de Robert II, d’Henri I°, de Philippe I°, de Louis VI le Gros et de Louis VII.
Mais plus que la liste de Montfaucon, les deux listes royales copiée vers 1130 sous l’abbatiat de Suger peuvent apporter un début de réponse (Bibliothèque Mazarine, manuscrit 2013). On compte 33 rois depuis Mérovée (Pharamond et Clodion n’apparaissent pas) avec 16 Mérovingiens, 9 Carolingiens et 8 Capétiens. Or, si l’on exclut les deux rois païens prédécesseurs de Clovis, on arrive à 31 rois ! Bref, tournant autour de la trentaine, les rois sont ceux de la France sacrée.
Observons le portail royal : le symbole trinitaire est frappant . Toute la composition s’organise autour de multiples de 3 : 33 rois disposés en 3 groupes sur les voussures, 3 statues de chaque côté du portail. C’est aussi l’image de la trinité royale de la France, la trinité des « 3 Races » de rois qui ont régné sur le royaume des Francs depuis sa fondation légendaire par des réfugiés troyens. Suger tenait fermement à la relation que les rois de France devaient entretenir avec Saint-Denis et ses martyrs. Les rois n’auront leur couronne de gloire éternelle que s’ils maintiennent leurs obligations, celles de protecteurs de l’abbaye de Saint-Denis.

Le portail royal s’ouvrait sur le cimetière et faisait communiquer l’église avec la ville. Peut-être était-il aussi destiné aux entrées royales à l’abbatiale. On sait qu’une porte était réservée à l’empereur byzantin dans la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, et que l’abbé Eudes de Deuil, successeur de Suger, a pu la voir lorsqu’il était en route vers la Terre Sainte, accompagnant le roi Louis VII en croisade.


C’est par ce portail royal que sortiront en 1793 les restes exhumés des rois et des reines de France, avant d’être jetés pêle-mêle dans les fosses communes puis recouverts de chaux vive.
C’est également par le portail royal que ces restes seront rapportés dans l’ossuaire de la crypte en 1817 …


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