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 Le procès-verbal d'embaumement de la momie de Louis XVIII (1824)

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Linceul royal
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Localisation : Abbaye de Saint-Denis

MessageSujet: Le procès-verbal d'embaumement de la momie de Louis XVIII (1824)   Mar 27 Sep - 16:31

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Le procès-verbal d'embaumement de la momie de Louis XVIII (1824)

Louis XVIII est le dernier souverain à être mort en exercice, dans son palais.

Avant de livrer le contenu du procès-verbal d’embaumement, rappelons les conditions de sa mort et ce que révéla l’autopsie.



La mort de Louis XVIII (16 septembre 1824)

Au début du mois de septembre 1824, les jambes rongées par la gangrène, le roi sentit que sa fin était proche.
Hier d’un physique si gras et volumineux, il était désormais d’une certaine maigreur. Quand elle alla le voir le 31 août, la duchesse d’Orléans le trouva assis, totalement courbé, la tête sur son bureau, parlant d’une voix si faible qu’elle dut s’approcher de lui pour l’entendre. Sa main était celle d’un squelette.

Le 12 septembre, Louis XVIII se coucha pour ne plus se relever.
L’agonie, par une chaleur étouffante, fut aussi effroyable que celle de Louis XV en 1774. Elle dura trois jours.
Une foule nombreuse passa la nuit du 14 au 15 septembre au pied du palais des Tuileries à attendre et à prier.
- J’ai donc fait quelque bien ? demanda le roi dans un souffle.

Au premier étage, la galerie de Diane était pleine de courtisans, de maréchaux, d’anciens ministres, des notables de la restauration. Etaient notamment présents Villèle, Pasquier, Decazes, les maréchaux Marmont et Suchet, le duc de Fitz-James …
Les appartements privés précédant la chambre du mourant étaient bondés. Des médecins, des ministres, l’ambassadeur de Naples, le nonce du pape, dom Miguel, la famille royale, des valets et des officiers de cour épuisés, dont beaucoup n’étaient pas de service, se trouvaient là par affection, par fidélité, par désir de ne pas être laissés de côté, plutôt que par devoir. Parmi eux, les vieux amis du roi, Charles de Damas, Gramont, Havré et Blacas, et même le vieil ennemi, Talleyrand ! Les princes du sang, Orléans et le duc de Bourbon, étaient aux places qui leur revenaient auprès du roi.
Dans la chambre demeurait Mgr de Frayssinous, le grand aumônier, l’archevêque de Paris, ainsi que son confesseur l’abbé Rocher.
Le soir, le vieux et sceptique monarque se fit apporter un crucifix.


Louis XVIII et la famille royale assistent du balcon des Tuileries
à l'entrée des troupes de retour d'Espagne après la victoire du Trocadero (1823),
par Louis Ducis ©️ Photo Dagli Orti, Château de Versailles
A droite : la duchesse d'Angoulême et la duchesse de Berry portant le petit duc de Bordeaux (Comte de Chambord / futur Henri V) ;
au centre, le duc d'Angoulême embrasse la main du roi Louis XVIII ; à gauche, Monsieur, comte d'Artois, frère du roi.
Nous sommes au premier étage du pavillon central du palais des Tuileries, face au grand axe des Champs Elysées.
Au premier plan, le jardin des Tuileries. Au fond, l'arc de Triomphe.
On mesure la superbe vue, la seule vraie perspective, que l'on avait depuis les Tuileries.
Perspective disparue depuis l'incendie (1871) et la destruction (1883) du palais des Tuileries,
puisque le Louvre est désaxé par rapport à la perspective triomphale ...
Il ne reste plus que deux bras maigres tendus dans le vide.

Dans la matinée du 13, la famille royale et la cour, les cierges allumés à la main, accompagnèrent le Saint Sacrement de la chapelle de l’aile Nord des Tuileries, jusqu’à la chambre du Roi, au Sud-Ouest des grands appartements. Louis reçut la communion et l’extrême-onction, suivant et corrigeant les prières d’une voix qui n’hésitait pas. A la fin, les siens s’agenouillèrent pour lui demander sa bénédiction et il eut une dernière fois la force de dire : « Adieu, mes enfants. Que Dieu soit avec vous. » Il souffrait beaucoup, le corps parcouru de frissons et de bouffées de chaleur, la respiration devenant de plus en plus difficile. Le pouls et le cœur s’affaiblissaient et il se décomposait vivant : détail horrible, trois ou quatre orteils se détachèrent du pied droit en putréfaction.
Puis les râles commencèrent. A proximité du lit, la duchesse d’Angoulême, fille de Louis XVI et de Marie Antoinette et nièce de Louis XVIII, pleurait. Elle se souvenait de Versailles avant 1789, des Tuileries d’avant 1791, de Mitau, de Varsovie et d’Hartwell, les années d’exil avec son oncle.


Mort de Louis XVIII, Cabinet des Estampes, ©️ BNF

Le 16 septembre à quatre heures du matin, Portal, le médecin du Roi, laissa retomber le rideau du lit. Le premier gentilhomme de la Chambre s’avança alors vers le comte d’Artois :
- Sire, le Roi est mort !
La duchesse d’Orléans raconta plus tard : « Bientôt, on ne l’a plus entendu. A 4 heures, on lui a mis de l’alcali dans le nez, il n’a fait aucun mouvement. Les médecins ont pris une bougie pour s’assurer qu’il avait cessé de souffrir.
Alors, par un mouvement spontané, nous nous sommes tous levés et approchés respectueusement de ce lit de mort.
Le duc d’Angoulême, qui était le plus en avant, s’est approché de Monsieur, lui disant dans l’oreille : ‘’Mon père, tout est fini.’’ Monsieur, accablé de corps et d’âme, a paru ne pas comprendre, jusqu’à ce que le comte de Damas, s’avançant vers lui d’un air triste et respectueux, lui eut dit : ‘’ Sire, le roi est mort …’’
»
La famille royale quitta aussitôt la pièce – l’étiquette l’exigeait – mais au moment de franchir la porte, Marie-Thérèse de France, qui en sa qualité de fille et de sœur de roi prenait toujours le pas sur son mari le duc d’Angoulême fils de Monsieur, frère de Louis XVIII, eut l’étonnante présence d’esprit de s’effacer et, à travers ses larmes, on l’entendit dire vivement à son époux :
- Passez donc, Monsieur le Dauphin !

Le règne de Charles X venait de commencer.



L’autopsie de Louis XVIII
Le corps fut transporté dans une petite pièce attenante aux appartements privés et ouvert le 17 septembre 1824. Elle a été menée par une équipe de 28 chirurgiens dirigée par les docteurs Ribes (médecin ordinaire de l’Hôtel royal des Invalides) et Breschet (anatomiste réputé).
C’est curieusement Talleyrand qui eut la charge de leur confier la dépouille royale.

L’ouverture commença à 8 h du matin, soit plus de 24 heures après le décès. Le corps était froid et décoloré, les muscles raides. La décomposition était avancée aux membres inférieurs (en raison de la gangrène), surtout à la partie inférieure de la jambe droite.
Les médecins remarquèrent à la partie supérieure gauche du front la trace marquée d’une cicatrice ancienne.
Le tronc semblait conserver quelques vestiges d’embonpoint ici et là. Les parties osseuses paraissaient très développées. Une large escarre couvrait la région du sacrum.

La tête était très volumineuse. Son côté gauche semblait plus développé que l’autre. Les os du crâne d’une couleur jaune très marqué ; ils étaient très minces en arrière et fort épais en avant.
Le crâne fut scié horizontalement et une grande quantité de sérosité s’écoula. Les circonvolution du cerveau furent observées très saillantes et consistantes. La glande pinéale était très grosse et offrait des granulations.

La poitrine était encore recouverte d’une couche de tissu cellulaire chargé d’une graisse d’une couleur très foncée . Derrière le sternum, on trouva également une grande quantité de tissu cellulaire chargé de graisse.

Les poumons étaient en assez bon état, malgré une infection de la plèvre. Le cœur, très volumineux, était enveloppé de graisse jaune ; des calcifications se repéraient sur la valve mitrale .

Au ventre a un grand développement et les muscles sont très minces. La vésicule biliaire est très volumineuse, pleine d’une bile jaune foncé dans laquelle nageaient une trentaine de calculs polyèdres.

Pour ce qui est de l’estomac, on trouva une tumeur (ou un polybe ?) à l’orifice duodénal , ainsi qu’au mésentère.
Les reins étaient eux aussi entourés de graisse.

Au total, les muscles de tout le corps se laissaient déchirer assez facilement …

Mais des lotions faites avant, pendant et après l’ouverture avec du chlorure d’oxyde de sodium ont été appliquées pour ôter l’odeur et ralentir le processus de décomposition avant l’embaumement.


Louis XVIII, Roi de France et de Navarre, par Gérard,
Ambassade de RFA, Hôtel de Beauharnais, Paris


L’embaumement du corps du Louis XVIII
Il suivit l’autopsie. On peut dire que fut appliqué un traitement de cheval au cadavre royal. Jugez plutôt.

En voici le procès verbal intégral.

Procès-verbal de l'embaumement du roi Louis XVIII

« Aujourd’hui 17 septembre 1824, immédiatement après l’ouverture du corps du feu roi Louis XVIII, et conformément aux instructions qui nous ont été données par monsieur le marquis de Brézé, grand maître des cérémonies de France, nous soussignés avons procédé à l’embaumement de la manière suivante :

A – Le cœur du Roi, après avoir été ouvert, vidé, lavé et macéré pendant quatre ou cinq heures dans une solution alcoolique de deuto-chlorure de mercure ou sublimé corrosif, et avoir été rempli et environné d’aromates choisis, a été enfermé dans une boîte de plomb portant une inscription indicatrice de l’objet précieux qu’elle renferme.

B - Les viscères des trois grandes cavités du corps, après avoir été pareillement ouverts, incisés, lavés et macérés pendant six heures dans la solution susdite, ont été pénétrés, remplis et environnés d’aromates, et enfermés dans un baril en plomb portant une inscription indicative des parties qu’il renferme.

C – La totalité de la surface du corps et celle des grandes cavités a été lavée successivement avec une solution d’oxyde de sodium et avec une dissolution alcoolique de deuto-chlorure de mercure.

D - Les parties charnues , tant du tronc que des membres, ont été incisées largement et profondément. Elles ont été lavées ensuite avec les solutions susdites.

E - Les surfaces du corps, celles de ses cavités et des incisions, ont été enduites à plusieurs reprises d’un vernis à alcool.

F - Toutes les cavités ont été remplies de poudres formées d’espèces aromatiques et de substances résineuses variées.

G - Ces cavités ont été fermées par l’application de leurs parois, soutenues par le moyen de sutures nombreuses.

H - Les membres, le bassin, le ventre, la poitrine, le col et la tête ont été successivement entourés de plusieurs bandes méthodiquement appliquées.

I - Toute la surface du corps ainsi enveloppée a été couverte de plusieurs couches de vernis.

J - Sur ce vernis ont été appliqués des bandes de diachilon gommé.

K – Sur les bandes de diachilon, d’autres bandes de taffetas vernissé ont été appliquées.

L - Enfin, une dernière couche de bandes a été appliquée sur le taffetas vernissé.

M – L’embaumement terminé, la tête du feu Roi a été couverte d’un bonnet, son corps d’une chemise, ses bras et sa poitrine d’un gilet à manches en soie blanche. Tout le corps d’un linceul de baptiste.

C’est dans cet état que le corps du Roi a été remis à M. de Brézé pour être déposé dans le cercueil qui doit enfermer ses restes mortels à Saint-Denis.

Signé : Portal, Alibert, Dupuytren, Fabre, Distel, Thévenot, Portal pour Ribes, Auvity, Breschet, Marx, Moreau, Bardenat, Vesques, Dalmas, Delagenevraye. »



Le corps fut placé dans un cercueil en plomb scellé, puis dans un cercueil en bois. Puis exposé en grand apparat dans un catafalque au fond de la grande chambre de parade - salle du trône du palais des Tuileries, transformée en chapelle ardente :


Chapelle ardente du Roi Louis XVIII dans la salle du trône des Tuileries.
Dessin aquarellé de Jean-Baptiste Isabey (1767-1855)
Musée Carnavalet - cliché des musées de la ville de Paris - ©️ by SPADEM 1987

N’ayant pas été malmené par les révolutions et les guerres, il est toujours présent dans le caveau sous la crypte.


Dalle funéraire de Louis XVIII, installée vers 1970 dans la crypte sous le choeur.
On notera la simplicité du parti adopté.

Comme ne cercueil n’a jamais été ouvert depuis 1824, il est impossible de juger de l’efficacité de tout cet ensemble de soins de conservation. Lorsque l’on sait que les corps d’Henri IV, Louis XIII et Louis XIV furent retrouvés en 1793 en bon état de conservation alors que l’embaumement avait été beaucoup plus rudimentaire qu’en 1824, on peut toujours espérer que le visage de Louis XVIII soit resté quelque peu conservé …


king

On trouve ce procès-verbal d'embaumement dans le livre du docteur Philippe Charlier : Médecin des morts, récits de Paléopathologie, Fayard, 2007. On y trouve également le procès-verbal de l'autopsie ; mais nous n'avons fait ici que résumer ce dernier.

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Dernière édition par Linceul royal le Sam 14 Jan - 17:26, édité 5 fois
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Madame Sophie

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MessageSujet: Re: Le procès-verbal d'embaumement de la momie de Louis XVIII (1824)   Mar 27 Sep - 22:37

Linceul royal a écrit:
L’embaumement du corps du Louis XVIII
Il suivit l’autopsie. On peut dire que fut appliqué un traitement de cheval au cadavre royal. Jugez plutôt.

En effet !!! Shocked affraid

arpès un tel traitement , je me demande bien ce qu'il en est du corps aujourd"hui Suspect ...Cela a-t-il été efficace ? What a Face
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