Saint-Denis, cimetière des Rois

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 Louis-Philippe et la basilique de Saint-Denis

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Linceul royal
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Messages : 239
Date d'inscription : 23/03/2011
Localisation : Abbaye de Saint-Denis

MessageSujet: Louis-Philippe et la basilique de Saint-Denis   Sam 5 Nov - 15:55

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Le roi Louis-Philippe et la basilique de Saint-Denis
A la suite du sujet sur les régalia funéraires de Louis XVIII, Alain Roger-Ravily avait relevé certains traits intéressants des modifications (ou de tentatives) de symboles royaux sous Louis Philippe. La transition était ainsi trouvée pour se pencher sur la politique du roi des Français à l’égard de Saint-Denis. Je me suis servi des indications fournies par Jean-Michel Leniaud dans son ouvrage ''Saint-Denis, de 1760 à nos jours''.


Vitrail du transept, sud-ouest - Visite de Louis-Philippe à Saint-Denis le 24 juillet 1837.
A la droite du roi : la reine Marie-Amélie.
On perçoit sur la droite de la scène la flèche Nord alors en travaux de restauration, un mois après le choc de la foudre.
Carton de Ingres. Manufacture de Sèvres.

L’impact des bouleversements de 1830 sur Saint-Denis : fleurs de lys en péril et déroute du vandalisme
A la fin du règne de Charles X, le chantier de Saint-Denis continuait à s’inscrire parmi les travaux importants de la capitale : on y dénombre une trentaine de tailleurs de pierre, ainsi que de nombreux corps de métier, maçons, terrassiers, sculpteurs …
Après la révolution de juillet 1830, le nouveau régime craint un ralentissement économique et une poussée du chômage. Il s’active donc à redynamiser l’activité du bâtiment. Saint-Denis profite des crédits de relance, avec 100 000 francs supplémentaires qui sont attribués sur l’exercice de 1830. L’architecte debret en profite pour reprendre les maçonneries du flanc sud de la basilique.
Mais en février 1831, une émeute éclate à Saint-Germain-l’Auxerrois à l’occasion de l’anniversaire du duc de Berry. Avec la mise à sac de l’archevêché et comme les manifestations d’extrême-gauche s’étendent, le ministre de l’Intérieur proscrit les fleurs de lys, emblème du régime précédent, pour calmer les esprits. Un groupe de manifestants prend cette mesure pour un encouragement, pénètre dans la basilique de Saint-Denis pour en « purger les lieux », et brise une partie des vitraux. L’émotion est grande et la presse s’empare de l’affaire : va-t-on revivre les heures noires de 1793 ? En réalité, ce n’est qu’une poussée de fièvre ; et pour tranquilliser les autorités locales, Debret s’engage à supprimer les fleurs de lys là où l’on jugera qu’il y en a trop.

Or, signe d’un changement profond des mentalités, le ministre chargé des Beaux-Arts, Adolphe Thiers, prend les choses en main avec fermeté, car dit-il, cette question n’est pas que de l’ordre public.
« Il faut arrêter de suite ces dégradations. Ce qui est intérieur ne doit pas être modifié ; il y aurait vandalisme. »

Ce terme de « vandalisme », inventé par l’abbé Grégoire (+mai 1831) redevient donc d’actualité. Il n’est pas surprenant de le retrouver sous la plume de Thiers, car ses deux plus proches collaborateurs au ministère sont deux promoteurs de la protection du patrimoine : Ludovic Vitet et Prosper Mérimée. L’un et l’autre seront plus tard Inspecteurs généraux des Monuments historiques.
Thiers ajoute d’ailleurs que le ministre de la Guerre, le maréchal Soult, a défendu qu’on enlevât les fleurs de lys placées à l’intérieur de l’église des Invalides ! Alors à Saint-Denis … !
Et de conclure par une expression qui définit la politique du nouveau régime de Louis-Philippe en la matière : « Ces fleurs de lys placées sur d’anciens tombeaux ne doivent être considérées que comme monuments historiques ».

Donc, à Saint-Denis, la proscription doit être limitée au minimum .
Debret applique donc la consigne en proposant d’enlever seulement la fleur de lys de la mosaïque du maître-autel, celles qui sont peintes sur les voûtes des chapelles de François I° et d’Henri II, celles des vitraux de la rose ainsi que celles de la sacristie. On substitue alors des étoiles blanches sur fond bleu aux voûtes fleurdelysées et des rosaces de bronze doré à la mosaïque du maïtre-autel. On détruit aussi l’oriflamme de Saint-Denis, dressé au fond du chœur.
Mais on n’ira pas plus loin.
Et pour la première fois , on a parlé de « monument historique » à propos de Saint-Denis.

Un nouveau rôle pour Saint-Denis : au service de l’Histoire nationale
A cette époque, la basilique cesse d’être nécropole royale. Le dernier prince à y être enterré est le duc de Bourbon le 4 septembre 1830. Les Orléans font célébrer les funérailles uniquement à Notre-Dame de Paris et font inhumer leurs membres défunts en la chapelle royale de Dreux.
Alors que Napoléon voulait faire de Saint-Denis le symbole de la continuité entre l’empire et l’ancienne royauté par un caveau réservé aux Napoléonides, que Louis XVIII comptait en faire un lieu de commémoration et d’expiation, Louis-Philippe, lui, va vouloir cantonner la basilique à un monument d’Histoire.

Bref, l’Histoire, sous le régime de Juillet, acquiert un statut nouveau.

Dans l’esprit du roi des Français, il s’agit de mettre en lumière les hauts faits politiques et artistiques de la nation, pour aider à réunifier le corps social autour d’une Histoire glorieuse définie par des programmes iconographiques précis. Ce que les collaborateurs de Louis-Philippe avaient prévu pour le Musée d’Histoire de France de versailles et la galerie d’Apollon au Louvre (qu’il fallait achever) allait aussi s’appliquer à Saint-Denis, haut-lieu de l’Histoire de France. Avec la monarchie de Juillet, Saint-Denis se coupe de toute politique immédiate. Il ne s’agit plus de faire référence à l’antique notion du corps mystique du roi, ni de célébrer l’action personnelle de chaque roi de chaque dynastie. Car désormais, la nation est son propre corps mystique.

Les projets de Louis-Philippe pour Saint-Denis
Le roi des Français a décidé de conserver pour Saint-Denis le chapitre de chanoine alors très menacé.
En juillet 1837, Louis-Philippe se rend à Saint-Denis qu’il visite un détail ; nous sommes un mois après l’accident causé par la foudre sur la flèche Nord. Le roi s’intéresse alors plus spécialement aux tombeaux et à la décoration intérieure. Debret prend alors note des consignes royales :
1) translation dans le caveau royal des corps de Louis VII et de Louise de Lorraine-Vaudémont (épouse d’Henri III) qui avaient été placés en 1817 dans un caveau isolé.
2) prompte restauration des douze apôtres du tombeau de Louis XII.
3) pose d’un autel dans une chapelle de l’abside.
4) installation dans la crypte des tombes royales encore en atelier et dont il va falloir hâter la restauration.
5) peindre les voûtes des chapelles absidiales, y compris celle de la chapelle Saint-Louis et symétriquement celle de la chapelle Saint-Jean Baptiste. On y placera les gisants de Du Guesclin, de Bureau de La Rivière, de Louis de Sancerre et de Guillaume de Barbazan.

Louis-Philippe n’a sans doute fait qu’écouter les demandes de Debret. Mais il y a souscrit. De plus, la libération du caveau de Louis VII et de la reine Louise tend à montrer que le roi voulait réactiver Saint-Denis. Ce qui cadre parfaitement avec sa décision de maintenir le chapitre que la suppression de la Grande aumônerie en 1830 avait laissé sans primicier. Sans doute la réactivation d’une institution naguère liée au culte royal participait-elle dans son esprit au dessein qui fut le sien à partir de 1840 de donner au régime une allure de gouvernement plus personnel. C’était aussi un moyen de donner un lustre nouveau aux cérémonies dionysiennes.

Le 2 décembre 1842, c’est la reine Marie-Amélie qui visite Saint-Denis en compagnie de la reine d’Espagne Marie-Christine. A cette occasion, on fait sonner le nouvel orgue Cavaillé-Coll qui était en état de fonctionner depuis octobre. Les membres du chapitre conduisent les deux souveraines dans la sacristie. On y a exposé les châsses de Saint Denis, Saint Rustique et Saint Eleuthère, les calices, ciboires et ostensoirs, les couronnes et reliques du trésor, les chapes et vêtements sacrés, ainsi que la copie du trône de Dagobert réalisée l’année précédente à la demande du chapitre. Les chanoines en profitent pour demander à la reine des Français le retour à Saint-Denis du véritable trône de Dagobert, déposé au cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale. Avant 1793, ce précieux meuble était posé au sommet de l’une des grandes armoires du trésor [ On le sait de par le témoignage d’un touriste anglais au début du XVIII°s ]. Marie-Amélie transmet la demande mais le ministre de l’Instruction publique et des Beaux Arts s’y oppose car les conservateurs de la BN font de la résistance. Louis-Philippe donne pourtant raison au chapitre et ordonne le transfert du fauteuil (un arrêté de la Deuxième République en date du 21 juillet 1848 le ramènera à la Bibliothèque nationale.)
Au total, les décisions de de réinstallation des gisants et du retour du véritable trône de Dagobert sont à mettre en relation avec le tranfert à Saint-Denis du monument du duc de Berry et avec l’installation dans la chapelle Saint-Louis en 1841 des priants de Louis XVI et Marie Antoinette.

Louis Philippe a sans doute voulu, tout en y maintenant une activité religieuse, faire de Saint-Denis une sorte de Musée de la Monarchie qui complèterait le Musée de l’Histoire de France de Versailles. Ce n’est pas pour rien que des moulages de gisants sont réalisés pour être expédiés à Versailles – quoique transformés en statues en pied.
Les deux sites sont liés. Saint-Denis sera donc à la fois un lieu monarchique, un monument historique, et un édifice cultuel.
En 1842, César Daly, rédateur en chef de la Revue générale d’architecture et des travaux publics résume cette ambition :
« L’église royale de Saint-Denis est un monument dont l’Histoire se lie intimement avec la monarchie ; c’est une œuvre d’art dont la conservation intégrale importe aux progrès des études archéologiques ; c’est aussi un monument consacré au culte, c’est une église où chaque jour les fidèles s’assemblent pour prier Dieu ».

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