Saint-Denis, cimetière des Rois

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 Les tombeaux des "rois maudits" (n°1) - Philippe IV le Bel

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Alexandre Lenoir



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Date d'inscription : 25/03/2011
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Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: Les tombeaux des "rois maudits" (n°1) - Philippe IV le Bel   Jeu 10 Nov - 15:27

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Les tombeaux des "Rois maudits" - n°I
Philippe IV le Bel (1268-1314), roi de France de 1285 à 1314



Mise au tombeau du Roi Philippe IV le Bel en l'abbatiale de Saint-Denis (4 décembre 1314)
© BNF

Le règne de Philippe le Bel marque l'apogée de la puissance des Capétiens directs. Cette première branche de la dynastie capétienne était pourtant proche de sa fin. Le destin de ses derniers rois nous fascine encore, comme le montre depuis 40 ans le succès de la saga de Maurice Druon autour des "Rois maudits". La mise à mort des Templiers, brûlés en 1314 et la prétendue malédiction jetée contre le roi Philippe par le Grand maître Jacques de Molay, en constituent le point de départ, jusqu'au déclenchement de la Guerre de Cent ans pour cause d'extinction de la race royale. Le souvenir de ces monarques est à Saint-Denis gravé dans le marbre.

Les trois premiers gisants ont été exécutés en 1327 et le quatrième avant 1329. Ils adoptent tous la même formule iconographique déjà adoptée pour Philippe III – gisant taillé dans le marbre blanc et souvent posé sur une dalle de marbre noir.
Ils sont en revanche très différents stylistiquement. Exécutés vraisemblablement assez rapidement, les visages manquent d’expression mais pas d’individualité. Les draperies gagnent peu à peu en ampleur.

Les visages reprennent en fait les traits véritables des rois. Car depuis Philippe III, un masque mortuaire est constitué sur le visage du souverain défunt. Les sculpteurs s'en inspirent ultérieurement pour réaliser les gisants.
Il faudra toutefois attendre la mort de Charles VI (1422) pour que le masque royal serve à réaliser la fameuse effigie-mannequin maintenant fictivement le roi "en vie" durant ses obsèques.


Roi célèbre pour sa beauté, Philippe avait un visage froid et impénétrable. Mystérieux, parlant peu, le roi de France inspirait la crainte à ses sujets. " Ce n'est pas un homme, ce n'est pas une bête, c'est une statue" disait de lui l'évêque de Pamiers. Son gisant a su rendre, tant par son inexpressivité que par sa ressemblance, la personnalité mystérieuse de Philippe le Bel.
Philippe le Bel meurt à Fontainebleau le 29 novembre 1314, à la suite d’un accident de chasse en forêt. Son corps est ramené à Paris puis à Saint-Denis , où les funérailles ont lieu le lundi 4 décembre.
Les chroniqueurs de l’abbaye affirment que le roi fut enterré à côté de son père Philippe III et de sa mère Isabelle d’Aragon.

De gauche à droite : gisant d'Isabelle d'Aragon, de Philippe III le Hardi, de Philippe IV

Toutefois, Guillaume Baldrich, émissaire du roi de Majorque, remarque aussi qu’il fut inhumé « auprès de Saint Louis, le feu grand-père du roi » c'est-à-dire auprès de son tombeau vide puisque les ossements de Saint Louis en avaient été retirés pour être placés dans la grande chasse, depuis plusieurs années.
Bref, Philippe le Bel était parvenu à se faire enterrer entre son père et son grand-père, au Sud du transept.

Le gisant de Philippe IV, posé à l’origine sur une dalle de marbre noir et un socle à arcadures trilobées, a été commandé vers 1327 par Charles IV, dernier fils de Philippe le Bel.

Le tombeau de Philippe le Bel au XVII°s.
Les personnages entourant le socle dans
les arcadures avaient disparu.
Le sceptre du roi aussi.
Le tombeau fut détruit en 1793 par les révolutionnaires ;
il n'en reste aujourd'hui que le gisant, restauré.



Reproduction (moulage) du gisant de marbre,
aujourd'hui à Pierrefond
Le baron de Guilhermy notait à propos du gisant de Philippe IV :" Parmi les statues rétablies à Saint-Denis, il y en a peu qui soient aussi bien conservées que celle du roi Philippe le Bel. La tête est demeurée intacte ; les mains n'ont presque pas souffert..." Il jugeait que les traits du visage et la pose du corps étaient déjà maniérés, comme on peut le remarquer sur d'autres monuments du XIV°s. Et qu'au final, le visage de Philippe IV était plus fin et spirituel (?!) que réellement beau.
Guilhermy ajoutait toutefois que les restaurateurs travaillant pour Lenoir et Debret avaient plutôt fait du tort au reste du gisant.
Car ils ont armé la main droite d'un sceptre de marbre monté sur des tenons, dont le dernier, fixé sur l'oreiller, a près d'un pied de longueur !
En outre, pour mieux assurer la solidité des fleurons refaits pour la couronne, ils ont planté dans la tête du roi d'épais morceaux de marbre qui entament toute la partie supérieure du crâne.

Reste que ces critiques du milieu du XIX°s ne font pas oublier la majesté intimidante que conserve ce gisant.
Le roi porte le sceptre et retient de son autre main le manteau royal ouvert sur le devant. Le gisant était polychrome en certains endroits. Les rehauts de couleur auxquels devaient s’ajouter des incrustations de pâte de verre sur la bordure de la tunique et celle de la couronne ont complètement disparu.
Il ne s’agit pas là d’un portrait symbolique ainsi qu’on le fit durant plus d’un siècle (voir les gisants des mérovingiens, carolingiens et premiers capétiens commandés par Saint Louis), mais bien d’une image authentique du roi de France.
En effet, depuis Philippe III le Hardi, des moulages mortuaires pris sur le visage même du défunt permettait enfin une reproduction fidèle de ses traits. Ceux de Philippe IV, impénétrables, au léger sourire énigmatique, semblent défier encore aujourd'hui les siècles.

Philippe le Bel
Gisant de marbre d'origine - abbaye de Saint-Denis

A la mort de Philippe IV, la disposition des tombes royales de la croisée de Saint Denis était fixée définitivement.
Rien ne viendra la bouleverser jusqu’à la Révolution et lorsqu’il faudra restituer les gisants dans la basilique au XIX° s., c’est de ce schéma que s’inspireront Violet-le-Duc et le baron Guilhermy pour évoquer la grandeur passée du transept.

Croisée du transept en 1306-1307, peu avant la mort de Philippe IV.
Le tombeau de celui-ci n'apparait donc pas encore aux côté de ceux de Philippe III et d'Isabelle d'Aragon (à gauche)
reconstitution d'après Elisabeth A.R. Brown, selon Félibien
(tiré de l'excellent ouvrage d'E. A.R. Brown, Saint-Denis, éditions Zodiaque, 2001)


Profanation du tombeau de Philippe le Bel le samedi 19 octobre 1793 :
Les ouvriers obéissant aux commissaires révolutionnaires de la Convention nationale brisèrent le tombeau (dont le gisant fut sauvé par Alexandre Lenoir) et ouvrirent la tombe qui se trouvait dessous.

Le corps de Philippe IV le Bel ne reposait pas dans un cercueil de plomb mais dans un cercueil de pierre recouvert d'une large dalle. Celui-ci était creusé en forme d'auge, plus large à la tête qu'aux pieds, et tapissée en dedans d'une lame de plomb. Il y avait aussi une forte et large lame de plomb scellée sur les barres de fer qui fermaient le tombeau.

Le squelette était tout entier. Les ouvriers s'emparèrent de tous les ossements du "roi de fer" et les jetèrent dans la fosse commune creusée au nord de la basilique ...
Ils avaient aussi trouvé sur le squelette un anneau d'or, un sceptre de cuivre doré de cinq pieds de long terminé par une touffe de feuillage sur laquelle était représenté un oiseau de cuivre doré.
Cette très belle pièce au dessin fleuri si caractéristique des sceptres des XIII°-XIV° siècles, a sans doute disparu, envoyée à la fonte, puisqu'elle était en métal.


Sceptre de Philippe IV le Bel - Bouquet de feuillage surmonté d'un oiseau
No

Sur le tombeau de coeur de Philippe le Bel en l'abbaye Saint Louis de Poissy (disparue), voir ce lien sur notre forum :
http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t215-le-tombeau-de-coeur-de-philippe-iv-le-bel-a-poissy-disparu#735


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Richelieu



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MessageSujet: Re: Les tombeaux des "rois maudits" (n°1) - Philippe IV le Bel   Jeu 10 Nov - 17:02

Merci beaucoup!
Et Jeanne Ière de Navarre, l'épouse de Philippe IV, fut inhumée dans le couvent des Cordeliers (ou Franciscains) où Philippe IV lui fit ériger un tombeau. L’incendie qui ravagea l’église en 1580 endommagea sa sépulture de telle façon qu’elle ne put être rétablie. La cœur de la reine fut inhumée dans l'eglise Saint-Pierre d’Avon (Seine-et-Marne).
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Alexandre Lenoir



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MessageSujet: Re: Les tombeaux des "rois maudits" (n°1) - Philippe IV le Bel   Ven 11 Nov - 14:21

Quelques mots, cher Richelieu, sur la reine Jeanne de Navarre ...


La reine Jeanne de Navarre, épouse de Philippe le Bel,
dessin de Gaignières, d'après un original perdu.
© BNF

En effet, la reine Jeanne de Navarre ( 14 janvier 1273-2 avril 1305), épouse de Philippe IV, était la fille du roi Henri II de Champagne, devenu Henri I°de Navarre, et de Blanche d'Artois de lignée capétienne.

Elle épousa, le 16 août 1284, l'héritier de la couronne de France, Philippe, qui devint le roi de Navarre Philippe Ier (1284-1305) puis le roi de France Philippe IV le Bel (1285-1314). Malgré son mariage, elle continua de régner seule sur ses domaines de Champagne et de Navarre, en suivant le modèle français de construction étatique menée par son époux.

Elle est à l'origine de la création du Collège de Navarre en 1304, pour lequel elle fit d'importantes innovations dans l'enseignement de l'époque.
Elle lègue à cette fin son hôtel de la rue Saint-André-des-Arts pour y établir un collège destiné à recevoir des étudiants de sa province. Alors que les collèges ne faisaient qu'abriter les étudiants, la reine Jeanne décida que le sien dispenserait un enseignement, comme l'Université de Paris. Les étudiants des différentes facultés pouvaient d'ailleurs y résider et y étudier. L'entrée pouvait en être ouverte, sans condition de naissance, de famille ou d'âge, à tout Français pauvre qui se destinait à l'étude de la grammaire, de la logique ou de la théologie (à l’exclusion de la médecine et du droit). Ils étaient en outre généreusement dotés.
La réputation excellente de cet établissement durera jusqu'à sa fermeture, pendant la révolution.
Y furent par exemple formés : Pierre de Ronsard, le cardinal de Richelieu, Bossuet, André Chénier, Condorcet, les princes de la famille d'Orléans, et tant d'autres hommes illustres ...
Supprimé à la Révolution, c'est dans les locaux désaffectés du Collège de Navarre, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève et du Collège de Boncourt que s'est installée l'École Polytechnique en 1794.
Les bâtiments furent hélas démolis les uns après les autres. En particulier l'entrée en 1811, et le bâtiment médiéval de la bibliothèque, détruit dans la seconde moitié du XIXe dans l'indifférence générale.


Entrée médiévale du collège de Navarre



Les statues représentant le roi et la reine, de chaque côté de l'entrée du collège de Navarre
Celle de la reine peut sans doute donner une idée de l'aspect de son gisant
( ... le bâtiment porté par la fondatrice en moins ...)
Collection Gaignières, © BNF

Après sa mort le 2 avril 1305, cette femme cultivée et intelligente fut universellement regrettée.

La reine Jeanne fut inhumée au couvent des Cordeliers où son époux lui fit ériger un tombeau.
Nous ne savons rien de celui-ci, car il disparut dans le grand incendie de 1580. Les dégâts étaient tels qu'il ne put jamais être rétabli.
Néanmoins, son épitaphe, qu'accompagnaient ses armoiries de Navarre et de Champagne, fut prélevée et recopiée, ainsi que celle trouvée sur son cercueil ; il semble qu'elles localisaient le lieu de la tombe dans l'église reconstruite, jusqu'à la Révolution.
" Cy gist madame Jeanne royne de France et de Navarre, comtesse de Brie et de Champaigne, dame fonderesse du college de Navarre, femme du roy Philippes le Bel. Son regne fut de XX ans et trespassa l'an mil CCC IV, le II° jour d'avril. "(source : épitaphier du vieux paris)
Durant la Révolution, la tombe fut profanée et l'église fut détruite.

Quant à son coeur, retrouvé dans l'église Saint-Pierre d’Avon (Seine-et-Marne), il présentait une épitaphe ambigüe laissant croire que celui de Philippe le Bel y était aussi (ce qui est faux puisqu'il était à Poissy); l'étrangeté de cette inscription vient peut-être de la volonté du roi. Philippe aurait voulu (?) signifier que son coeur restait par amour avec celui de son épouse qu'il chérissait beaucoup. Ce n'est qu'une interprétation.
" Cy gist le koeur nostre sire le roy de france & de navarre, & le koeur madame jehanne rene de france & de navarre qui trepassa lan de grace M CCC IV , le lendemain de la saint eloy d'hiver, mois de decembre. Priez Dieu pour ly "


En 1817, on récupéra à Saint-Denis un gisant d'une princesse inconnue sur lequel le catalogue du Musée des Petits Augustins (Musée des Monuments français) gardait un silence obstinée. On en ignore l'origine et il est probable qu'Alexandre Lenoir ait préféré la laisser dans les magasins du musée.


En 1817 on fit pourtant du zèle et l'on décréta qu'il pouvait s'agir du gisant de la reine Jeanne de Navarre. Or, on sut que l'incendie de 1580 avait fait disparaitre son tombeau primitif puisqu'il n'était plus en place au XVII°s dans l'église restaurée.
On fut donc contraint de trouver une autre identité au gisant, en décrétant qu'il devait s'agir de celui de Blanche de Bretagne, fille ainée de jean II, duc de Bretagne, femme de Philippe d'Artois, morte en 1327, et enterrée avec son mari dans l'église des Jacobins de Paris. Sur quoi s'appuyait-on ? Uniquement sur une des gravures de l'ouvrage de Montfaucon qui présenterait une vague ressemblance. Mais Guilhermy, lui, restait circonspect.
En tout cas il s'agit bien d'une oeuvre du premier tiers du XIV°s., comme l'indiquent le costume et le style. Le gisant rappelle un peu la figure de celui de Blanche, fille de Saint Louis. Mais le voile recouvre encore plus exactement le contour de la face. Il couvre une partie du front et le menton est caché presque en entier. La robe présente sur les côtés deux ouvertures par lesquelles on voit la robe de dessous. Deux chiens portent les pieds de la princesse.
En tout cas le mystère reste entier.

Sans recherches nouvelles, on peut conclure que le gisant de Jeanne de Navarre a vraisemblablement disparu avec tout le tombeau en 1580.

queen
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des "rois maudits" (n°1) - Philippe IV le Bel   Aujourd'hui à 5:57

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