Saint-Denis, cimetière des Rois

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 Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)

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Luke Gray



Messages : 40
Date d'inscription : 03/08/2011
Age : 23
Localisation : Rennes, Bretagne

MessageSujet: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Lun 18 Aoû - 12:59

Bonjour à tous !

Etant breton et amoureux de ma région, je voulais depuis un moment consacrer un sujet aux grands ducs qui ont fait l'histoire de mon "pays".


Introduction

En Bretagne, il n'existe aucun sanctuaire privilégié des ducs de Bretagne comme a pu l'être l'abbaye de Saint-Denis pour les rois de France. Les princes bretons étaient inhumés dans des points parfois très éloignés les uns des autres, comme pour veiller une fois encore sur les frontières de leur duché qu'il avaient défendu tout au long de leur règne. Leur lieu de sépulture variait donc en fonction des endroits qu'ils avaient fondés ou appréciés.

Du fait de cet éloignement et de cette dissémination, les tombes princières des ducs de Bretagne furent d'autant plus exposées au vandalisme, et ce bien avant la Révolution française ! En effet, suite à l'annexion des terres bretonnes par la France (suite au mariage de la duchesse Anne), ces souverains d'un autre âge furent bientôt méprisés, par le peuple et le manque de sympathie du nouveau pouvoir.

Les tombeaux furent délogés de leur place d'honneur pour être reléguées dans le fond des églises, pourtant bâties et enrichies de leurs dons.

Aussi, lorsque éclata la Révolution, le travail avait déjà commencé et était bien avancé.

I - Maison capétienne de Dreux (1221-1341)

Pierre Ier de Mauclerc (1213-1237)

Pierre de Dreux, que l'histoire retiendra sous le nom de Pierre Mauclerc, est un Capétien, petit-cousin du roi Philippe II Auguste et arrière-petit-fils du roi Louis VI le Gros.

Né en 1187, il mourra au cours d'une croisade en 1250. Assez riche, lettré, proche du comte de Champagne, frère d'un archevêque, c'est un seigneur influent, vassal qui s'est lié au roi avant son mariage avec Alix, mariage décidé par Philippe Auguste.

Pierre n'est pas l'héritier du duché dont il est autant le bailli que le duc, au nom d'abord de sa femme, puis au nom de son fils aîné Jean, lequel prendra le pouvoir en 1237. Demi-soeur d'Arthur Ier, fille de Constance, Alix a parmi ses ancêtres Guillaume le Conquérant ainsi que plusieurs ducs bretons. Le mariage qui unit Alix à Pierre a lieu en décembre 1213 ; la jeune femme n'a pas quatorze ans, Pierre vingt-six. Malheureusement, Alix mourra jeune, à vingt et un ans, mais l'histoire a retenu de cette union que les deux époux se sont aimés.

Pierre s'en prend aux "grands" du duché afin d'accroître le domaine et les ressources du duc, et il combat certains privilèges de l'Eglise, ce qui lui vaudra même d'être excommunié (d'où son nom de "mau(vais)clerc"). Il conspire également contre Louis IX, ne reconnaissant pas l'hommage qui le liait à Philippe-Auguste comme toujours valable.

Sur le point de voir le duché envahi par les troupes du roi de France, il rentre dans le rang (en 1234) et laisse le pouvoir en 1237 à son fils Jean, lequel est marié à Blanche de Champagne.

Pierre Mauclerc participera ensuite aux croisades et il mourra en 1250 après avoir été blessé à la bataille de Mansourah au cours de laquelle Louis IX est fait prisonnier.

Si la forte personnalité de Pierre Mauclerc a influencé l'avenir de la Bretagne, il est également à noter que sa volonté et le sentiment qu'il avait de l'importance du pouvoir ducal ont joué dans le sens d'une meilleure organisation de ce pouvoir.

Son tombeau


Le tombeau de Pierre de Mauclerc semble bien modeste en comparaison du splendide mausolée de François II. Le duc avait été inhumé dans l'église Saint-Yved de Braine (en Picardie), construite en 1180 par un aïeul du duc.

Il reposait la face tournée vers le ciel, en chevalier, avec les mains jointes dans un signe de prière. Ses cheveux sont coupés sur le front et retombent en boucles sur le cou. Il est vêtu de sa cotte d'armes et porte une large épée suspendue à sa ceinture. Son bouclier arbore l'écusson de la maison de Dreux et l'hermine bretonne. Deux anges à ses pieds semblent veiller sur son sommeil.

Epitaphe :

Petrus flos commitum Britonnum comes, hic monumentum
Elegit positum juxta monumenta parentum
Largus, magnanimus audendo magna probatus.
Magnatum primus regali flore stirpe creatus
In sancta regine Deo famulando moratus
Vite sublatus rediens jacet hic tumulatus
Celi militia gaudens de milite Christi
Summa letitia comiti comes obtinet isti.
Anno M CCXXXVIII


Roger de Gaignières, au XVIIe siècle, réalisa un dessin du tombeau de Pierre de Mauclerc où nous pouvons voir cette épitaphe qui courait autour du gisant.


Le tombeau se composait d'un soubassement peu élevé supportant l'effigie du duc dans une arcature trilobée portée sur deux petites colonnes. Deux anges gracieusement inclinés, les ailes ouvertes et tenant des encensoirs, remplissent les écoinçons du trilobe qui encadre le gisant. Les pieds du duc sont chaussés de mailles et appuyés sur un chien dont la tête et les membres sont trop trapus pour appartenir à un lévrier. Tout ce travail est en cuivre à grand relief.

Le 28 août 1650, l'abbaye fut prise et saccagée par les armées espagnoles de l'archiduc Léopold ; on brisa une partie des tombes et le feu fut même mis aux bâtiments. Cependant, même après ce désastre, l'abbaye possédait encore un grand nombre de ses riches mausolées et entre autres celui de Pierre de Dreux.

La Révolution vint donner son coup de grâce au tombeau dont il reste plus rien aujourd'hui. Les restes de Pierre de Mauclerc se trouvent toujours dans l'église Saint-Yved, sous une simple dalle près du chœur.

Jean Ier de Bretagne, dit Le Roux (1237-1286)


Né en 1216, il est le fils d'Alix et de Pierre de Mauclerc. Par sa mère, il est le petit-fils de la duchesse Constance et le neveu d'Arthur Ier.

Jean est mari en 1236 à Banche de Champagne ; sa sœur Yolande épouse le comte de Lusignan.

Blanche de Champagne est la fille de Thibaud IV, comte de Champagne et roi de Navarre, et elle est la petite-fille du comte Henri le Libéral et de Marie, fille du roi Louis VII. Thibaud est également apprécié comme... trouvère !

1237 : Lorsqu'il devient duc, Jean est lié au roi de France Louis IX par l'hommage-lige ; rusé comme son père, mais moins brutal, il promet fidélité au Capétien tout en ne brusquant pas les Anglais.

Jean est autoritaire, calme et ambitieux ; il est très exigeant sur l'importance de son rôle à la tête du duché qu'il organise et qu'il renforce. Il établit des sénéchaussées, nomme un chancelier, un chambellan, et il accroît le domaine ducal par la force ou par la ruse (procédures longues et coûteuses, prêts non remboursables, etc.)

1240 : Sous la pression des nobles et des clercs, il ordonne l'expulsion des juifs de Bretagne.

1270 : Il doit prendre (sans enthousiasme) le commandement des Bretons qui participent à la croisade de Louis IX qui échoue devant Tunis où le roi, malade, trouve une mort peu glorieuse.

Jean Ier marie son fils Jean (futur Jean II) avec la sœur du roi d'Angleterre, la princesse Béatrix (qui amène à son mari, outre son prestige, le riche comté de Richmond).

A la fin de son règne, Jean Ier le Roux est à la tête d'un pouvoir solide et organisé, le duc est maître des grandes villes et des forteresses protègent l'entrée du duché de Bretagne.

Son tombeau

Jean Ier a été inhumée à l'abbaye de Prières, située à l'embouchure de la Vilaine, face aux roches noires qui bordent les eaux sombres du fleuve, abbaye qu'il avait fondée.

Le monument élevé à Jean Ier devait se composer d'un socle et d'une statue couchée. Sans doute, les angles de ce mausolée maltraitaient cruellement les religieux pendant leurs processions. Toutefois, tant que les Bernardins furent peu nombreux au monastère, ils supportèrent tant bien que mal le contact de leur dur compagnon. Mais, à la fin du XVIIème siècle, leur nombre s'était élevé à soixante et la place manquait dans l'étroite nef gothique.

Dans cette nef, élevée sous les belles années de l'art chrétien, au milieu de ce chœur dont les grilles ouvragées dessinaient des réseaux d'ombre et de lumière, la blanche image de ce chevalier, étendu, les mains jointes, sur un lit de marbre noir, semblait reposer dans une éternelle prière.

Vers le commencement du XVIIIème siècle, les religieux de Prières, trouvant que la tombe du souverain fondateur de l'abbaye gênait les cérémonies du culte, jugèrent à propos de la faire démolir. Ce peu de respect et cette ingratitude envers le duc, leur bienfaiteur, n'indignent pas du tout dom Lobineau ; il dit simplement : « Le tombeau de la duchesse, aussi bien que celui de Jean le Roux ont été démolis pour la commodité des religieux ».

Le restes du duc ont été réunis par la suite et inhumés devant le maître-autel de l'église abbatiale.

Epitaphe :

Hic jacet in annis dux quinquaginta Britonnis
Dextera robusta, fuit ejus forma venusta
Hec loca fundavit, prudens hostes superavit
Pervigil cura juste dupplans sua jura.
Hic fidei culto, scelerum justissimus ultor
Pauperis et miseri custos, defensio cleri,
Pacificans gentem, domuit quemque tumentem
Anno milleno, bis c, sex octuageno
Sub dena lute citra solemnia Luce
Migravit iste, tecum sit sine fine.


Jean II (1286-1305)

Né en 1239, Jean II a 47 ans lorsque son père Jean Ier meurt au terme d'un long règne de près d'un demi-siècle. Il va régner pendant dix-neuf ans, puisqu'il mourra en 1305.

Fils de Jean Ier le Roux et de Blanche de Champagne, il est marié à Béatrix d'Angleterre, sœur du roi Edouard Ier, le petit-fils de Jean sans Terre.

Au pouvoir en même temps que l'exigeant Philippe IV le Bel auquel il ne veut pas être lié par l'hommage, Jean est pris entre les deux royaume (France et Angleterre) dont les motifs d'affrontement sont perpétuels.

1294 : Philippe le Bel confisque le duché d'Aquitaine et débute alors la conquête de la Guyenne ; le duc de Bretagne prend d'abord position en faveur de son beau-frère, le roi anglais. Les guerriers débarquent alors en Bretagne, mais les agressions poussent le duc à reconsidérer sa position, cette fois-ci en faveur de Philippe le Bel (cette "valse-hésitation" entre la France et l'Angleterre montre bien la difficulté d'être un petit duché entre deux grands royaumes).

1297 : Philippe le Bel, pour remercier Jean II de son ralliement, déclare la Bretagne "duché-prairie", un honneur censé "grandir" le duc, mais qui marque encore une fois le droit du Capétien de décider qui est grand parmi ceux qu'il considère comme ses vassaux.

1303 : Une date dans l'histoire de l'Eglise en Bretagne : la mort de saint Yves, l'avocat des pauvres (Yves Hélori ou Hélaury de Tréguier).

Lorsqu'il meurt en 1305, laissant le pouvoir à son fils Arthur, Jean II a bien poursuivi le travail de son père, confirmant l'importance de son pouvoir sur tout le territoire du duché. Les contemporains de Jean II l'estimaient économe, pieux, mais aussi trop influençable.

Son tombeau


Jean II escortait, à Lyon, le premier pape d'Avignon, Bertrand de Goth. Tour à tour, avec le roi de France, les comtes d'Anjou et d'Evreux, il tenait le cordon du palefroi de Clément VI, lorsqu'à la descente de l'église Saint Just, où la cérémonie du couronnement s'était faite, une muraille à demi-ruinée s'abattit sous le poids des curieux et tomba sur le cortège. Le roi Philippe fut blessé, et notre duc, retiré mourant de dessous les décombres, expira quatre jours après.

Les seigneurs bretons qui l'accompagnaient ramenèrent son corps au lieu désigné pour sa sépulture ; les dépenses de ce triste voyage et le détail des comptes pour les funérailles et l'érection du tombeau nous ont été en partie conservés.

Jean II aimait tout particulièrement le couvent des Carmes de Ploërmel (qu'il avait fondé à son retour de Croisade) ; il avait ramené de la dernière croisade deux religieux de cet ordre ; ce sont les premiers qu'on ait vus en France, et ils portaient alors le costume oriental, rayé de larges bandes bleues et blanches.

C'est dans le choeur de cette nouvelle construction que l'on déposa le corps du pieux fondateur. Une châsse de plomb en forme de bière fut recouverte au niveau du sol par un socle en pierre. Un  tailleur d'imaiges, dont le nom est resté inconnu, sculpta dans l'albâtre l'effigie du prince, tête nue, l'épée au côté, véritable chef-d'œuvre que les siècles nous ont heureusement conservé. Sur le tombeau on plaça l'épitaphe suivante :
CY GIST JEHAN, JADIS DVC DE BRETAGNE
QVI TRÉPASSA A LYON SVR LE RHOSNE
LE JEVDI ES OCTAVES DE LA SAINT MARTIN D’HIVER
L’AN 1305
PRIEZ DIEV POVR L’ÂME DE LVI.

Le tombeau du duc Jean II était protégé par une grille fabriquée à Vannes par un orfèvre appelé Pierre Le Bordiec, ou Le Bourdieux ; son prix représentait près de 4.000 francs en 1894.

Rien ne troubla le religieux sommeil de notre duc pendant près de trois cents ans. A deux reprises, en 1346 et 1487, Ploërmel fut enlevé d'assaut et saccagé. Le couvent des Carmes resta debout au milieu de ces désastres ; il fallut la rage impie d'un huguenot pour détruire ce sanctuaire vénéré. Pendant les guerres de la ligue, un protestant, le seigneur du Crévy, persuada au gouverneur militaire de la ville de faire démolir l'abbaye de N.-D. Il donna comme prétexte à cet acte de vandalisme la nécessité de dégager les fortifications ; puis, au grand scandale des habitants, on procéda à la démolition.

Les Carmes se réfugièrent au prieuré Saint-Nicolas, où ils transportèrent les restes de Jean II et de Jean III.

Le tombeau ainsi modifié resta en cet état, au prieuré de Ploërmel, de 1593 à 1618, date de la reconstruction du monastère.

Dix-neuf ans après cette restauration, on s'aperçut que le tombeau de nos ducs gênait les cérémonies du culte ; une nuit, on fit enlever sans pompe le monument du fondateur et on le relégua dans un coin du choeur. Ce fait est consigné dans un procès-verbal en date du 15 mars 1647.

Malgré les vives réclamations soulevées par cette insulte à la mémoire de nos souverains, le tombeau de Jean II resta à cette place jusqu’en 1793.


Etat actuel, dans l'église de Ploërmel


Arthur II (1305-1312)

Le fils de Jean II a un règne très court. Il faut préciser que ses prédécesseurs ont vécu très longtemps pour leur époque puisque son père Jean II est mort à 66 ans et son grand-père Jean Ier le Roux à 70 ans. Quant à son arrière-grand-père, Pierre Mauclerc, il avait 63 ans lorsqu'il a été gravement blessé à la bataille de Mansourah.

Arthur II s'est marié deux fois et il a eu de nombreux enfants : premier mariage avec Marie de Limoges qui lui donne trois enfants : Jean, Guy et Pierre ; deuxième mariage avec Yolande de Dreux, veuve du roi d'Ecosse : ils ont plusieurs filles et un fils, Jean de Montfort.

Par ses mariages, Arthur II a augmenté son domaine (Limoges et Montfort l'Amaury) mais les frontières du duché avec la France demeurent. Par ailleurs, ce duc, descendant du Capétien Pierre de Dreux, est sous l'influence de Philippe IV le Bel.

Arthur II dispose de finances solides et d'une bonne organisation du duché. Son rôle politique demeure peu important dans l'histoire bretonne, mais ce fut un prince cultivé ("fin lettré").

Quelques dates importantes traversent son règne, comme l'ordre d'arrestation des Templiers (1307) en France, décision répercutée en Bretagne, ou encore 1308, l'année du mariage d'Isabelle de France avec Edouard d'Angleterre, union qui jouera un grand rôle dans le déclenchement de la guerre de Cent Ans.

Notons enfin que l'affaire du tierçage et du past-nuptial qui avait envenimé les rapports des ducs avec l'Eglise est réglée pendant le règne d'Arthur II, le pape étant alors Clément V (le tierçage et le past-nuptial étaient des prélèvements que l'Eglise imposait sur les héritages et lors des mariages).

Au terme d'un règne court et discret, Arthur meurt en 1312, laissant la place à son fils Jean III.

Son tombeau


Le duc Arthur II « fut un bon prince, bening, gracieux, homme de justice et droiturier ... Il mourut en un petit chasteau maintenant ruiné, lequel s'appelle l'Isle, situé sur la rivière de Villaigne, au-dessus de la bourgade de la Roche-Bernard .. Et fut ensepvely à Vannes en l'église des Cordeliers ». C'est en effet dans ce couvent fondé par Jean Ier, en 1260, et augmenté par le duc Arthur II, que fut érigé le tombeau de ce prince ; mais il est fort malaisé de savoir aujourd'hui s'il y a réellement été enseveli. L'incertitude sur un point aussi notoire paraît bizarre ; elle est cependant très réelle et en voici la cause : Les dépouilles mortelles d'Arthur II ont été  partagées entre le couvent des Carmes de Ploërmel et celui des Cordeliers de Vannes ; d'après dom Lobineau « ses entrailles furent enterrées aux Cordeliers de Vannes et son corps aux Carmes de Ploërmel ».

Cette assertion, qui contredit l'opinion émise par les autres historiens, semble peu d'accord avec les faits. On lisait en effet sur le monument d'Arthur II dans l'église des Cordeliers de Vannes cette inscription : « Cy gist le large prince le duc Arthur ». Puis est-il vraisemblable que l'on ait élevé un tombeau avec l'effigie du prince sans que son corps y fût déposé, tandis qu'à Ploërmel, où il aurait été enterré, d'après dom Lobineau, rien n'indiquerait sa présence ? Il semble plus rationnel d'admettre, comme on l'a fait, que ce fut seulement le coeur d'Arthur II qui fut placé dans le tombeau de son père. C'est ainsi que plus tard la duchesse Anne voulut que son coeur fût déposé dans le mausolée de François II son père. De même aussi, le corps de Duguesclin eut son tombeau à Saint-Denis avec ceux de nos rois, tandis que son coeur fut donné à sa ville natale, Dinan. Mais, dans l'un et l'autre cas, on n'a point construit de tombeau sur ces simples reliques, réservant cette manifestation extérieure pour le lieu où le corps était enterré.

Quoi qu'il en soit, et malgré toutes ces considérations, l'opinion de dom Lobineau est tellement précise que, si elle ne parvient à nous convaincre, elle suffit du moins pour nous laisser fort indécis.

Voici du reste le passage entier auquel je fais allusion : « Arthus II mourut en son chasteau de l'Isle, au-dessus de la Roche-Bernard, le 27 août 1312. Ses entrailles furent enterrées aux Cordeliers de Vannes et son corps aux Carmes de Ploërmel. On lui dressa un tombeau dans cette première église avec une épitaphe où l'on semble insinuer que tout son corps était là, ce qui donna lieu à quelques auteurs de dire qu'il aurait été enterré dans l'église des Cordeliers de Vannes ».

Ainsi le clairvoyant historien semble prévoir les causes d'incertitude que nous signalons. Quant à dom Morice, il se contente, suivant sa coutume, de reproduire le texte de son devancier : « Ses entrailles furent enterrées aux Cordeliers de Vannes et son corps aux Carmes de Ploërmel », puis il ajoute : « Le tombeau qu'on lui dressa n'est pas dans cette église (Ploërmel), mais dans la première, et son épitaphe a jeté quelques auteurs dans l'erreur ».

L'inscription qui fut, sans aucun doute, placée jadis à Ploërmel sur les restes de ce prince, trancherait toute difficulté. Mais elle ne nous a pas été conservée. La seule épitaphe que j'ai pu relever est celle-ci : Cy dedans gist le corps et est ensepulturé Artus second du nom Duc de Bretagne MCCCXIII.

Ce document est bien formel, malgré l'erreur du copiste qui a mis Nantes pour Vannes. Le désaccord même entre la date de 1313 et celle de 1312 donnée par dom Lobineau serait une preuve en sa faveur, car nous retrouvons la date de 1313 dans un ancien obitier de Vannes : « Anno 1313 obiit clarissimus princeps Arturus secvndus ». Malheureusement toute la force du document s'anéantit devant le nom du transcripteur. C'est en effet dans le recueil manuscrit de Fournier déposé à la Bibliothèque publique de Nantes que se trouve cette inscription. Or l'ingénieur Fournier était doué d'un esprit beaucoup trop inventif pour que l'on puisse invoquer son témoignage, et nous ne donnons ici son texte que pour mémoire.

Les bâtiments conventuels des Cordeliers occupaient un terrain, jadis situé en dehors de l'enceinte de Vannes, où se trouve maintenant la rue nommée Saint-François, du nom le plus généralement donné aux Cordeliers.

Sur la page d'un registre d'inventaire déposé aux Archives départementales de Vannes se trouvent les curieux renseignements qui suivent et que nous transcrivons sur le texte publié en 1869 par M. Guyot Jomard : « Des papiers qui se sont trouvés dans les archives et autres endroits du couvent de Saint-François de Vannes, duquel couvent on a trouvé la description qui suit dans un ancien livre, en partie, où il y a plusieurs autres particularités tant dudit couvent que d’autres lieux ». Suit la description en latin. En voici la traduction, aussi littérale que possible : « ... Le couvent de Vannes a été bâti sur un terrain antique et incliné jadis en dehors des murs de cette ville par le sérénissime prince Jean I, duc de Bretagne Armorique ; il fut agrandi par Arthur II, fils de Jean II. Devenu duc en 1305, il mourut en 1312. Son tombeau a été placé au milieu du chœur ».

Dans un ancien obitier est écrit ce qui suit : « Anno 1313 obiit clarissimus princeps Arturus secundus, dux Britannie, in suo castello Insulensi prope oppidum de la Roche-Bernard, fuit sepultus in choro Sancti Francisci Venetensis ». Ce qui suit était écrit sur son tombeau :

Cy gist le large prince le duc Arthur de Bretagne, fieuls du bon duc Jean II, lequel mourut à Lyon, au couronnement du pape Clément V, l'an de grâce 1305, qui fut fieuls de madame Beatrix, fille au roi d'Angleterre Henri 3ème, qui trépassa au château de l'Isle lès la Rochebernard, le XXIIIJ jour du mois d'Août, surveille de la décollation de saint Jean Baptiste, l'an de grâce MCCCXII.


Le couvent des Cordeliers, ruiné pendant la Révolution, a été absolument rasé en 1808 et il n'en reste aucune trace.

Le tombeau d'Arthur II, ou du moins sa statue fut retrouvée et transportée plus tard à la Préfecture par les soins de M. Lorois, préfet du Morbihan. En 1848, on eut la barbarie de prendre ces beaux marbres et de les jeter sur la grande route d'Auray où ils devaient servir de matériaux pour construire le pont du Pargo. C'est peut-être le souvenir de cet acte de vandalisme qui arrachait à Brizeux le cri d'indignation que nous avons pris pour épigraphe : De la tombe d'Artus ils feraient une borne !

Par bonheur, ces précieux débris furent aperçus par M. Galles qui les obtint de l'ingénieur chargé des travaux . Peu après, en 1849, M. le baron de Wismes, de qui je tiens le récit de ces faits, les vit dans la collection de M. Galles avec la statue de Jean de Malestroit [Note : Les seigneurs de Malestroit avaient contribué très largement à la fondation du couvent des Cordeliers] et de Jeanne du Périer sa femme. Comme tous les archéologues vannetais, M. Galles avait cet admirable désintéressement qui a fait du Musée de Vannes un merveilleux trésor. Les restes de ces statues passèrent donc de sa collection dans la tour du Connétable.


Tombeau d'Arthur II, état actuel


Les débris de la statue d'Arthur II se composent de deux grandes parties donnant le buste et la taille jusqu'au dessus des genoux ; leur longueur totale est de 1m15 ; une sorte de baudrier traverse la poitrine ; l'épée est passée dans une ceinture ornée de traverses qui supportent l'écu du prince. Les armoiries figurées sur cet écu ont une disposition singulière. Comme on le voit sur la planche que nous avons fait exécuter, grâce à l'autorisation de M. le Directeur du Musée, les hermines remplissent presque tout le chef de l'écu, sauf sur les côtés, où apparaissent deux pièces de l'échiqueté de Dreux, mais fort allongées et semblables à des billettes (P. de Lisle du Dréneuc).


Jean III (1312-1341)

Jean III est le fils aîné d'Arthur II et de Marie de Limoges. Il est dit bon, mais faible, hésitant.

1341 : Il meurt sans successeur. Durant son règne, il a tenté de maintenir l'équilibre entre les rois d'Angleterre et de France (redevable au roi d'Angleterre pour le comté de Richmond, Jean III est un fidèle du roi de France, mais il ne veut cependant pas être son obligé).

Jean III s'est affaibli tout seul en concédant généreusement à son frère Guy un important apanage (en l'occurrence une partie de son domaine assignée par le duc à son frère et qui retournera au domaine ducal à sa mort) : il se prive donc de ressources importantes et nécessaires.

Jean III s'est marié trois fois : avec Isabelle de Valois (morte en 1309), Isabelle de Castille (morte en 1328) et Jeanne de Savoie (morte en 1344).

Lorsqu'il meurt en 1341, Jean III n'a pas réglé le problème essentiel de sa succession : ses trois mariages ne lui ont pas permis d'avoir un fils. Deux solutions se présentent alors :

1. La fille de son frère Guy (mort en 1331), Jeanne de Penthièvre qui a épousé Charles de Blois, le fils du comte de Blois et de Marguerite (sœur du roi).
2. Jean de Montfort, son demi-frère (fils d'Arthur II et de Yolande de Dreux).

Cette indécision du duc, incapable de trancher de son vivant, ne pourra que poser des problèmes ensuite. Au lendemain de sa mort, la question revient inévitablement, chaque parti faisant valoir ses arguments. La Bretagne plonge alors dans une longue période de guerre, la "guerre de Succession" qui est elle-même un épisode d'une autre guerre de succession : la guerre de Cent Ans. Qui du demi-frère, du neveu ou du cousin ? Ces questions qui passionnent les juristes plongeront les peuples dans les malheurs de la guerre.

Son tombeau
[center]

La mort de Jean III fut le signal de si terribles événements, que la Bretagne n'eut guère le loisir de songer à construire un monument à la mémoire de ce prince. Ogée avance cependant que Montfort « lui fit ériger un magnifique tombeau de marbre aux Carmes de Ploërmel ». Rien de plus douteux que cette assertion : de 1341 à 1345, date de sa mort, Montfort fut presque toujours captif, et ces quelques mois de liberté furent si activement employés en guerres, voyages et démarches de toutes sortes, qu'il n'eut certes pas un moment pour s'occuper du tombeau de Jean III. D'ailleurs, comment aurait-il pensé à rendre cet hommage à son prédécesseur sans savoir s'il lui succéderait jamais.

Un autre motif qui me fait rejeter cette attribution, c’est que le style des statues de Jean II et de Jean III est beaucoup trop différent pour qu'il n'y ait eu, entre leur exécution, que le court espace de temps qui s'est écoulé entre la mort de ces deux princes.

Ce ne fut donc au plus tôt que sous le règne de Jean IV, longtemps après la mort du duc Jean III, que l'on put faire exécuter son tombeau. Il était mort dans la ville de Caen, au retour d'une expédition dans les Flandres, où il avait été rejoindre Philippe de Valois. Son corps fut solennellement ramené en Bretagne et déposé dans le choeur de l'église des Carmes de Ploërmel, en face du maître autel et à la suite de celui de Jean II, c'est-à-dire plus éloigné dudit maître autel que celui de son aïeul.

Ce monastère, qui comptait parmi ses fondateurs Jean Ier et plusieurs de ses descendants, avait une grande importance. L'église conventuelle, d'après la description d'Ogée, avait la forme d'un tau, était vaste et fort magnifique. « Au grand autel étaient quatre colonnes de cuivre, avec de petits anges, et une crosse pendante dans laquelle on déposait la sainte hostie ».

Cette église « aussi belle que les cathédrales de la province » fut complètement détruite pendant la Ligue. En 1593, les huguenots, à l'instigation d’un seigneur du Crévy, qui désirait s'affranchir d'une rente annuelle au monastère, décidèrent que les bâtiments abbatiaux nuisaient à la défense de Ploërmel. Les carmes avaient eux-mêmes commencé à détruire les parties de leur établissement qui pouvaient compromettre la sûreté de la ville ; mais ce sacrifice fut inutile, on procéda militairement à la destruction de l'église et du couvent, et les huguenots déployèrent en cette occasion un zèle véritablement impie.

Les carmes se retirèrent dans la ville de Ploërmel, au prieuré de Saint-Nicolas, qui se trouvait dans l'espace occupé actuellement par l'hôtel de ville. Le procès-verbal, relatant la translation des tombes de nos ducs, a été conservé dans la collection des Blancs-Manteaux. On y voit ce qui suit : « Le mardi 21ème jour de juing, l'an 1593..., en compagnie et présence des dits prieur et religieux des Carmes, etc.. . , nous nous sommes transportés audit lieu et endroit ou estait le dict couvent, et dans la grande nef de l'église, vers le haut d'icelle, avons veu et trouvé un tombeau assis sur une voute faicte en pierres, qui est le sépulchre de l'un des dicts seigneurs ducs, à sçavoir : Jehan, troisième de ce nom, ainsi qu'il apparaissait encore par rescrit et épitaphe estant à l'entour du dict tombeau de marbre noir ; et ayant faict découvrir et fouir sous le dict tombeau, entrez en iceluy par la descente et entrée d'iceluy, avons veu et trouvé une longue châsse de plomb en forme carrée ; et la dicte châsse tirée hors et faicte ouvrir, avons veu les os du corps y étant tout entier et la tête avec des cheveux de couleur jaune ; et apparaissaient encore dans la dicte châsse grandes quantités du baume du dict corps. Ce faict, a été faict ouverture de l'autre voulte et sepulchre estant au-dessus du précédant (Jean II). Occasion de quoy les dicts ossements ont été mins dans l'autre châsse avec ceux du dict duc Jean second (pour 3ème) et portée solennellement dans le choeur du dict prieuré Saint-Nicolas auquel lieu et endroit la dite châsse et ossements des dits deux seigneurs ducs ont été enterrés, et faict dresser le tombeau du dict marbre noir et sur iceluy mins le portroict des dits deux ducs de marbre blanc, en bosse avec leurs écussons et armoeries, comme ils étaient do paravant au dit couvent ».

Cette relation a un intérêt tout particulier, car elle va nous permettre de retrouver avec certitude le tombeau de Jean III. Pour cela, il nous faut d'abord rectifier une attribution erronée qui depuis quarante ans a été rééditée dans tant de guides, de notices et de catalogues, qu'elle est aujourd’hui reçue sans conteste. Or, il est malaisé de faire rentrer dans l'ombre une erreur qui s'étale au grand jour depuis si longtemps.

Nous avons à Nantes un tombeau de marbre noir provenant de l'enclos des Carmes de Ploërmel, et il a toujours été connu ici sous le nom de tombeau de Jean II. De fait, sa ressemblance avec la tombe de Jean II sur la planche des bénédictins est suffisante pour qu’on ait admis cette attribution.

En examinant de près ce monument, je fus frappé de certains détails qui, au lieu de se rattacher comme style à la date de la mort de Jean II (commencement du XIVème siècle), me semblaient au contraire beaucoup plus voisins du XVème siècle. Ainsi, les chapiteaux des colonnettes sont peu évasés au sommet, et rattachés par une bague anguleuse qui, au lieu de pourtourner leur base, s'écarte de chaque côté et vient en pénétration se fondre dans la partie unie de la pierre. Les socles qui soutenaient les statues ont des moulures prismatiques encore plus rapprochées du style flamboyant. Tous ces indices nous portèrent à lui assigner comme date plutôt la fin du XIVème siècle que le commencement. Ce n'est donc pas là le tombeau de Jean II, mais bien celui de Jean III, dont l'époque s'accorde mieux avec le caractère architectural de ce monument. Reste à prouver notre assertion par des documents.

Dans le procès-verbal de 1593, que nous venons de citer, on voit que les témoins n'ont retrouvé qu'un des tombeaux « en marbre noir et portant l'épitaphe de Jehan troisième ». La destruction du tombeau de Jean II s'explique aisément par ce passage d'Ogée, qui nous montre les soldats anglais ruinant les mausolées des ducs : « En descendant la charpente de l'église, ils prenaient plaisir à jeter dessus les grosses pièces de bois et les plus grosses pierres lors de la démolition des murs ». Aussi, lorsque les carmes eurent transporté au prieuré Saint-Nicolas les débris de ces monuments, ils relevèrent seulement « le dict tombeau de marbre noir et sur iceluy mirent le portraict des dits deux ducs de marbre blanc et en bosse ».

En 1601, grâce à la générosité de Henri IV, on put restaurer l'ancien sanctuaire des Carmes, qui avait été si endommagé « qu'il ne restait que les seules arcades de l'église, y ayant des boulevarts et esperons jusques au milieu de la dite église ».

Plus tard, « le second jour de mars de l'an 1618 … les corps des ducs furent rapportés et placés en leur premier lieu dans l'un des sépulchres, parce que l'autre avait été rompu à la démolition du couvent ».

C'est pourquoi, lorsque dom Chaperon vint dessiner les mausolées de Jean II et de Jean III pour l'Histoire de Bretagne, il ne trouva qu’un seul tombeau supportant l'effigie des deux princes, et il le répéta deux fois, d'abord avec la statue de Jean II, puis avec celle de Jean III.

Le tombeau ducal du Musée de Nantes ne peut donc être que celui de Jean III, puisqu'il est le seul à avoir résisté à la destruction de 1593, comme l'attestent tant de témoignages.

Au XVIIème siècle, après la restauration de la tombe des ducs, les religieux composèrent deux longues et pompeuses épitaphes qui nous ont été conservées dans le Dictionnaire de Bretagne :  
Passant, tu vois ici les tombeaux magnifiques  
De deux et souverains ducs des peuples armoriques,  
Princes lorsqu'ils vivaient, puissants et valeureux,  
Issus du sang royal des vieux comtes de Dreux.
Le premier assista saint Louis, roi de France,  
Aux pays d'outre mer contre la mécréance  
De la race ottomane, et fut au Mont-Carmel  
D'où les carmes premiers vinrent à Ploërmel,
Amenés par ce bon et dévot prince  
Désireux d'établir cet ordre en la province,  
Et après qu'il les eut logés commodément  
En ce couvent par lui bâti superbement,  
Au voyage qu'il fit à Lyon, sur le Rhône,  
Où Clément V reçut la papale couronne,  
Là, par un grand malheur, ce bon duc trépassa  
Par la chute d'un mur qui tout son corps froissa.  
Sa dépouille mortelle est sous ce marbre enclose :  
Plaise à Dieu qu'à jamais son âme au ciel repose !  
L'autre, de qui tu vois l'effigie marberine  
Portant un écusson semé de mainte hermine,  
C’est Jean, tiers de ce nom, et fils du duc Artus,  
Et qui, sage, unissant les royales vertus  
A la dévotion de son aïeul et père,  
Fut plein d'un saint amour pour ce monastère.  
En retournant de Flandre, où contre les Anglais  
L'avait mené le roi Philippe de Valois,  
Il se vit investi d'une prouance maladie  
Qui le fit trépasser à Caen, en Normandie.  
Ici, près son aïeul, sont inhumés ses os.  
Son âme vive au ciel en éternel repos !  


En 1793, le couvent fut détruit et les tombes de nouveau saccagées.

Sous la Restauration, le Conseil général du Morbihan fit élever, dans le transept, du côté de l'épître de l'église Saint-Armel, un édifice d’assez mauvais goût, sur lequel furent placées les deux statues. Au lieu de restaurer la base du tombeau de Jean III, dont les débris étaient réunis dans le cloître des Carmes, on construisit un lourd soubassement de marbre surmonté d'une urne du style le plus lamentable. Les deux statues furent placées sur ce mausolée avec cette inscription : « De tous temps la fidélité bretonne rendit hommage à ses souverains ».

La statue de Jean III est fort belle, l'artiste lui a donné les traits d'un jeune homme de 25 ans, bien que le duc eut à sa mort plus du double de cet âge.

Statues des ducs Jean II et Jean III à Ploërmel

Les cheveux longs sont entourés sur le front d'une mince couronne de pierreries. Les hermines qui décorent sa cotte d'armes sont du plus délicieux modèle ; elles n'ont point la rigidité ordinaire de cet emblème héraldique, mais elles sont légèrement florencées. Au côté gauche est l'épée ; à droite une petite dague.

La longueur totale de cette statue est de 1m95.

Le dais de marbre blanc qui protège la tête du duc se compose de trois arcatures trilobées, ornées de volutes et de feuilles d’eau que l'on attribuerait aisément au XVème siècle.

Il y a une quinzaine d'années, on déplaçait de nouveau ce monument pour le mettre dans un coin sombre, tout au bas de l'église, où il est fort difficile de le voir. Lorsque je fis part au recteur de mon étonnement en voyant déloger ces tombes princières comme s'il se fût agi d’un simple confessionnal, il me fut répondu que ce tombeau n'avait pas l'intérêt que je lui supposais, parce que les corps ne s'y trouvaient plus (P. de Lisle du Dréneuc).


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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Lun 18 Aoû - 18:24

Merci , à vous cher ami pour ce sujet car il est vrai que les ducs de Bretagne on écrit une page de l'histoire Bretonne et qu'il est temps que quelqu'un nous fasse découvrir leur tombeaux .

Bravo j’attends la suite avec impatience .

Au plaisir .
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Luke Gray



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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mar 19 Aoû - 10:24

II - Maison capétienne de Montfort (1365-1514)

Jean IV (1365-1399)

Jean IV est le fils de Jean de Montfort et de Jeanne de Flandre. Il est le petit-fils du duc Arthur II et de sa seconde épouse, Yolande de Dreux.

Le demi-frère de son père, le duc Jean III, est mort en 1341, mais le nouveau duc, Jean IV, n'hérite du pouvoir et du titre que 24 ans plus tard, au terme de la terrible guerre de Succession (1341-1364).

Jean IV s'est marié à trois reprises, et il a eu plusieurs enfants : premier mariage avec Marguerite d'Angleterre ; deuxième avec Jeanne Holand (morte en 1386), belle-fille du célèbre et terrible Prince noir, un fils du roi d'Angleterre ; troisième mariage avec la jeune Jeanne de Navarre qui épousera, une fois devenue veuve du duc de Bretagne, le roi d'Angleterre.

Jean IV a trois fils et trois filles. Son aîné sera le duc Jean V et ses deux autres fils sont Richard (mort en 1438) et Arthur de Richemont, connétable du roi et duc de Bretagne en 1457.

Le traité de Guérande prévoit l'hommage au roi de France, Charles V. Mais Jean IV s'appuiera beaucoup sur l'Angleterre en ces temps troubles de la guerre de Cent Ans ; vassal de l'un, obligé de l'autre, le duc de Bretagne mène entre les deux rois une politique compliquée qui paraît versatile aux yeux des contemporains. Il estime ne pas devoir l'hommage lige au roi de France, et son comportement plutôt favorable aux Anglais l'oblige à s'exiler en Angleterre de 1373 à 1379 ; le roi de France en profite pour contrôler le duché jusqu'à ce que la présence "musclée" des soldats amène les Bretons à rappeler leur duc en 1379. Un an après la mort de Charles V, le second traité de Guérande rappelle au duc de Bretagne sa vassalité envers la couronne de France.

Jean IV meurt en 1399 au terme d'un règne compliqué, hésitant entre les deux "grands" de son époque, mais quelle était sa marge de manœuvre entre la France et l'Angleterre ?

Son tombeau


Jean IV, qui occupa pendant près d'un demi-siècle le théâtre de l'histoire, n'avait que trois ans lorsqu'il fut présenté aux guerriers de son parti pour remplacer son père, prisonnier au Louvre. Cette scène a une grandeur étrange. Que pouvait ce faible enfant pour conquérir la Bretagne et lutter contre la France. Il n'avait ni le prestige d'un chef, ni l'énergie d'un homme ; mais il était pour les siens cette chose sainte et sacrée qui bravait alors tous les obstacles : le Droit. « Véez-ci mon petit enfant, qui sera, se Dieu plaist, le restorier de son duché, », avait dit Jeanne de Flandre ; et il plut à Dieu ainsi pour faire triompher le faible et avec lui la cause bretonne.

Jean IV, vers la fin de son long règne, avait dicté un testament où se peignent les irrésolutions de son caractère.

Nous Jehan duc de Bretaigne, comte de Montfort et de Richemont recommandons notre âme à Dieu ... et nostre corps à la sepulture de la sainte Eglise. Laquelle sepulture avons autrefois esleue et encore elisons au Moustier de N. D. de Prières ... Au cas que (nos executeurs ci dessoubz nommez) verront que nous serions mielx ailleurs, nous voulons estre mis en sépulture en nostre chapelle de Saint-Michel d'Auray ou en l'eglise cathédrale de Nantes... Le XXIème jour d'octobre l'an MCCCLXXXV.

Le 26 octobre 1399, il dictait de son lit de mort, au château de Nantes, un codicille où il exprimait définitivement le choix du lieu de sa sépulture, « en l’église cathédrale Saint-Père de Nantes ».

Jean IV mourut le jour des Morts de l'an 1399 et fut enterré le lendemain 3 novembre dans la cathédrale de Nantes. Son tombeau était placé au devant du grand autel, juste au centre du transept roman, formé par les quatre piles qui soutenaient le vieux clocher de Saint-Pierre, par conséquent au milieu même du transept moderne.

La date de l'érection du tombeau de Jean IV ne nous a pas été conservée. Nous pouvons cependant l'établir à l'aide du document suivant. C'est un sauf-conduit du roi d'Angleterre pour les maîtres d'œuvre chargés d'achever ce travail à la cathédrale de Nantes. Cette pièce a en outre l'avantage de nous faire connaître les noms des artistes anglais qui exécutèrent ce tombeau :

Sauf-conduit pour les ouvriers qui ont fait le tombeau du duc de Bretagne.
« Rex universis et singulis Admirallis, etc. Sciatis quod nos ad supplicationem carrissimae consortis nostrae, que ad quamdam tumbam alabaustri quam pro Duce Britanniae defuncto, quondam viro suo fieri fecit, in bargea de Seynt Nicholas de Nantes in Britannia, una cum tribus ligeorum nostrorum Anglicorum, qui eamdem tumbam operati fuerunt, videlicet THOMA COLYN, THOMAS HOLEWELL, et THOMA POPPEHOWE, ad tumbam predictam in Ecclesia de Nantes assidendum et ponendum, ad praesens ordinavit mittendum suscepimus in salvum et securum conductum Johannem Guychard, mercatorem, magistrum bargea praedictœ, ac decem servitores suos marinarios, in comitiva sua ad Britanniam transeundo, et exinde in Regnum nostrum Angliae redeundo, etc. Usque festum Nativitatis Johannis Baptistae proximo futurum duraturas. Teste Rege 23 die Februarii. ».

Comme on le voit par ce texte, la duchesse de Bretagne était remariée au roi d'Angleterre Henri IV lorsqu'elle fit exécuter le monument du feu duc, son premier époux. Or son mariage a été célébré à Londres le 7 février 1403. Quatre mois après, une provocation des Anglais ralluma contre eux la vieille haine de Clisson, alors tuteur du jeune duc. Après avoir battu les navires anglais dans un combat près de Roscoff, les Bretons ravagèrent Jersey et Guernesey, puis vinrent descendre à Plimouth qu’ils brûlèrent. C'est au milieu de ces événements, qui rendaient le passage peu sûr au navire nantais le « Segni Nicholas » pour ramener en Angleterre les sculpteurs envoyés par la duchesse, que fut donné le sauf-conduit.

Ces événements retardèrent l'exécution du tombeau, qui ne fut achevé qu’en 1408, c'est-à-dire neuf années après la mort du duc.

Cette date, bien différente de celles qui ont été hasardées jusqu'ici, nous est donnée par un savant archéologue anglais, Sr. Albert Hartshorne, qui a publié une très intéressante notice sur les statues tombales en albâtre : On the monuments and effigies in St-Wary's church. Exeter 1888.

Il distingue, à propos du monument de notre duc, deux sortes d'albâtres : l'albâtre antique, a carbonate of lime, et l'albâtre anglais, beaucoup plus tendre et facile à tailler, qui n'est qu’un gypse ou sulfate de chaux. C'est évidemment dans cette substance, très usitée en Angleterre pendant tout le moyen âge, que les Anglais taillèrent la belle statue de Jean IV.

Ce tombeau se composait d'un soubassement en marbre blanc supportant la statue du duc. La base était décorée de cinq niches sur les grandes faces et de deux sur les petits côtés. Ces niches étaient surmontées de 3 galbes très aigus et ornés de trilobes et de crochets. La gravure de dom Chaperon a un peu faussé cette architecture, assez médiocre déjà, et que le dessin de Gaignières nous fait suffisamment connaître.

Le gisant sculpté dans l'albâtre est un magnifique guerrier, tel qu'on aime à se représenter Jean le Conquérant. La tête est coiffée d'un heaume pointu qui descend sur la nuque et que l'on nommait alors le petit bassinet pour le distinguer du grand bassinet à visière, nouvellement employé dans l'équipement de guerre. Il est entouré d’une couronne. Un camail de mailles, qui couvre les épaules, encapuchonne la tête et cache le contour de la figure. Deux longues moustaches retombent sur le camail et donnent un aspect martial au visage du Conquérant.

Jean IV porte autour du cou le collier de l'ordre de l'Hermine qu'il avait fondé. Une dague est passée dans sa ceinture de chevalerie qui est fort épaisse ; au côté gauche est une courte épée dont la guiche remonte en diagonale au dessus de la ceinture.

Les bras sont recouverts de brassards, coudières et canons, les jambes protégées par des cuissards, grèves et solerets, pièces d’armures fort nouvelles à la fin du XIVème siècle. Sous ses pieds est un chien qui tient en sa bouche une banderole avec la devise : A ma vie.

La tête du duc repose sur un casque placé de travers et surmonté de deux longues cornes entre lesquelles passe un lion. On retrouve des heaumes de ce type étrange sur les sceaux du XIVème siècle.

La planche des Bénédictins, assez belle comme gravure, est défectueuse comme exactitude. Ainsi le dessinateur n'a pas compris que le haubergeon du duc était recouvert du pourpoint collant et sans manches dont on se servait à cette époque ; il l'a pris pour une cuirasse, qui ne fut en usage que cent ans plus tard. Il a figuré autour du heaume une frange qui ressemble à des cheveux et dénature la physionomie du prince. Les détails du soubassement sont également très fantaisistes.


Gisant de Jean IV de Bretagne, d'après Gaignières

Le dessin de Gaignières est bien plus fidèle. D'abord, au lieu de prendre le gisant du profil, il l'a donné de face, ce qui permet de voir tout l'ensemble du personnage. Puis, toutes les pièces d'armure sont plus fidèlement exécutées. Les motifs du soubassement, dessinés au trait, font mieux comprendre l'architecture compliquée de cet édicule. Enfin, par les teintes de son lavis, il indique la couleur noire de la table de marbre, sur laquelle devait admirablement se détacher la statue d'albâtre du vieux duc.

Elle devait être splendide ainsi, cette statue du Conquérant, armé de toutes pièces et reposant comme sous un arc de triomphe entre les larges cintres du vieux chœur roman. Et cependant, avant que la rage stupide des révolutionnaires vint arracher le héros breton de sa couche de marbre, il eut à subir bien des mutilations.

Ces actes de vandalisme sont trop fréquents à partir du XVIIème siècle pour que nous ne retrouvions pas là un parti pris de rabaisser et de détruire les souvenirs de notre nationalité. Sous Louis XIV, le choc avait été rude entre l'indépendance bretonne et l'empiétement des nouveaux maîtres manquant à leurs promesses. On chercha à étouffer le sentiment national et, par une sorte de basse courtisanerie pour le pouvoir, on mit à profit toutes les occasions d'effacer ce qui pouvait nous rappeler les temps plus glorieux de notre indépendance.

C'est ainsi que peu à peu on laissa mutiler, avec une inepte inertie, les traits de marbre du vieux duc. « Les livres de chœur à couvercles de bois, armez de fermoirs de cuivre à gros clous que l'on met dessus cette figure (disait dom Lobineau en 1707), ont entièrement effacé tous les traits du visage. Tout ce que l'on y voit de reste est une fort grande moustache pendante, avec un air martial qui devait assez convenir au duc Jean IV, surnommé avec raison le Vaillant ou le Conquérant ».

La négligence brutale qui transformait en lutrin la tombe de Jean IV vainqueur de la France et de du Guesclin, prit bientôt de plus alarmantes proportions. En 1733, pour dégager le chœur de la cathédrale, on détruisit les tombes des évêques Henri de Bourbon et Pierre du Chaffaut. On avait commencé à saccager le tombeau du duc Jean IV : il avait été ouvert et pillé par des manœuvres, lorsque le substitut général intervint pour arrêter ces méfaits. Après des pourparlers avec la Cour, le tombeau fut déplacé et posé dans le sens de sa longueur derrière le maître autel.

Il est curieux de suivre cette modification sur le vieux plan retrouvé par M. S. de la Nicollière et que nous donnons ici d'après sa notice. On voit que l'église romane, qui devait permettre aux fidèles d'approcher jusqu'au rond-point du chœur et de suivre de partout les cérémonies du culte, avait été depuis profondément altérée. En effet on avait construit, entre les piles romanes des cloisons de pierre qui prolongeaient le chœur à travers le transept jusqu'à la nef et formaient ainsi une sorte d'église close dans la cathédrale même. De cette façon, les assistants, placés dans la nef actuelle, ne voyaient que le mur de cette seconde église ; ceux qui se trouvaient bien juste dans l'axe de la nef pouvaient entrevoir, tout à l'extrémité de l’abside, le grand autel au fond du chœur.

Cette disposition extrêmement défavorable n'avait été usitée, jusqu'à la fin du XIIIème siècle, que pour les monastères et les couvents, et encore les murailles étaient-elles remplacées par d'élégantes galeries qui ne séparaient pas ainsi les fidèles des officiants. Peut-être ici fût on forcé d'adopter ce parti pour pouvoir continuer les cérémonies pendant que l'on construisait les bâtiments nouveaux.

A l'époque du remaniement qui nous occupe, en l'année 1733, on démolit les murailles de chaque côté du transept et l'on changea complètement la distribution du chœur, c'est-à-dire que les stalles qui se trouvaient en avant du grand autel furent rejetées derrière, dans l'hémicycle de l'abside ; l'autel, qui alors touchait le fond de l'abside, fut au contraire reporté en avant des stalles, juste à la place où se trouvait le tombeau de Jean IV.

« L'énorme pierre de 7 pieds de long sur 4 de large, qui couvrait le caveau ducal au dessous du soubassement, a existé jusqu'à  notre époque, où tout le monde pouvait la voir à l'endroit où les carreaux noirs et blancs interrompaient leur symétrie. Elle était même légèrement recouverte par la dernière des marches derrière l'autel, et c'est sur cette pierre que les chanoines, se rendant à leurs stalles au choeur, accomplissaient leur salutation à l'autel » (Note communiquée par M. S. de la Nicollière-Teijeiro).

Pendant la Révolution, la cathédrale fut brutalement saccagée, puis, en l'an IV, louée par la ville à raison de 500 fr. par mois pour servir de dépôt au matériel de l'artillerie. Plus tard on la rouvrit pour les fêtes décadaires.

Les Archives de la période révolutionnaire ne nous apprennent pas comment et à quelle date le plus précieux monument de la ville fut livré au pillage, les tombeaux et les ornements violés et volés, et la belle statue du duc anéantie.

En 1888 on nivèle, pour l'achèvement de la cathédrale, le vieux chœur roman de Saint-Pierre et la partie comprise entre les deux transepts. Ce travail a dégagé les derniers restes du monument de Jean IV. Ils consistaient en « un caveau en partie engagé sur le grand autel, mesurant de longueur 2m28, de largeur 1m14, et de profondeur, au dessous du dallage des nefs, 74 centimètres. A cette hauteur, il avait été remanié et ne mesurait plus de largeur par la tête que 92 centimètres, les parpaings en tuffeaux de 30 centimètres d'épaisseur ayant été inclinés chacun de 11 centimètres. Le petit côté du caveau dépassait de 20 centimètres vers l'ouest l'axe transversal du bras de la croix » (A. Legendre).

Il est triste de penser qu'il ne nous reste rien du monument du vaillant duc. Mais un mausolée de marbre, la statue et les ornements qui l'entouraient ne peuvent guère avoir été anéantis si complètement. Peut-être quelque jour pourra-t-on retrouver au moins des fragments de ce tombeau, dont les moindres détails seraient facilement reconnaissables.


Jean V le Sage (1399-1442)


Le jeune duc Jean V n'a que douze ans à la mort de son père Jean IV. Il est donc le fils de Jean IV et de Jeanne de Navarre, Jeanne qui se retrouve jeune veuve après treize ans de mariage et qui épousera ensuite Henry IV, roi d'Angleterre.

De son mariage avec Jeanne, la fille du roi de France Charles VI, Jean aura plusieurs enfants, dont trois fils : François, né en 1410, l'héritier du duché, comte de Montfort l'Amaury ; Pierre, né en 1418 (duc à la mort de son frère en 1450) ; Gilles, né en 1425, et qui mourra assassiné en 1450.

Sous le règne de Jean V, la Bretagne connaît une période de paix tandis que son puissant voisin, la France, est ébranlé par les combats de la guerre de Cent Ans à laquelle participe nombre de seigneurs bretons, parmi lesquels le maréchal Gilles de Retz et le propre frère du duc, Arthur de Richemont, dit le Justicier, connétable du roi de France et compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, tout comme Gilles de Retz.

De la bataille d'Azincourt (1415) à la libération de Paris et de l'Île de France (1437) en passant par le rôle de Jeanne d'Arc et de ses compagnons (libération d'Orléans et sacre de Charles VII à Reims en 1429), la guerre de Cent Ans a dominé cette période durant laquelle le duc de Bretagne a observé une intelligente neutralité, œuvrant plutôt pour qu'une issue soit trouvée. Sa mère épouse d'un roi d'Angleterre et lui-même gendre de Charles VI, il dut pourtant subir nombre de pressions.

Jean V connut cependant une alerte en Bretagne lorsque l'ambitieux Clisson le fit prisonnier en 1425, mais il dut rapidement sa libération à l'énergie de sa femme et de ses fidèles.

Son tombeau


« Jean V, qu’on appela le bon duc Jehan de Bretaigne », dit d'Argentré, « décéda sur les deux heures après minuict, vingt huictième jour d'aoust (1442), en la maison de la Tousche, près Nantes, avec grand regret de ses subjects qu'il avait maintenus en paix ».

Le manoir de la Tousche, auquel se rattache ce souvenir historique, existe encore, non plus près de Nantes comme autrefois, c'est-à-dire à un demi-quart de lieue de l'enceinte fortifiée, mais bien dans la ville même, à quelques pas de cette longue rue Voltaire qui tombe à la place Graslin. Il nous a été conservé par un homme de goût, et sa restauration est due à un des plus habiles maîtres qui aient manié de notre temps le vieux style national.

C'est aujourd'hui le seul édifice appartenant à l’architecture civile du XIVème siècle que nous ayons à Nantes. Il se trouve juste en face de la belle construction Dobrée, véritable chef-d’oeuvre d'une époque où l'inspiration du passé remplace avantageusement le goût moderne. Ce palais aux murailles dorées, découpées de baies en granit bleu, semble taillé comme un bijou dans les rudes pierres de Bretagne. C'est bien une œuvre à part et qui contraste, trop énergiquement, au goût de bien des gens, avec les combinaisons frelatées du gothique moderne. On y retrouve ce soin consciencieux, cet amour de la sincérité qui lui donnent le même charme qu'aux œuvres d'autrefois.

Du manoir de la Tousche, le corps du duc fut transporté au château de la Tourneuve. La mise touchant le fait de l'enterrement du duc nous a conservé à ce sujet les indications que voici :

« A Pierre Mourandière qui fust au chateau de la Tour Neuve et y veilla avec la vraye croix de Saint Pierre le temps que le corps y fust … Au curé de Sainte-Radegonde (le château était en la paroisse Sainte-Radegonde) de Nantes, pour avoir présenté le corps … Au collège de Nantes qui fut en procession quérir le corps au chateau de la Tour Neuve … A XVI bacheliers du dit collège qui tout le temps de XVI jours, entre l'enterrement et le service, chantèrent au lutrin … Aux maczons qui furent prins et contraints à faire hastivement la fosse où fut le duc ensepulturé au cueur de Saint–Père de Nantes … A Jehan Durand pour CXXXI de bray pour la châsse de sap. Aux charpentiers, pour une table avec ses bruchets sur quoi fut le corps du duc, avec son habit roïal, à la vue de tous venans au château de la Tour Neuve … » (Compte de Jehan, trésorier de Monseigneur le Duc, du 19 août 1341 au 1er septembre 1344).

D'après ses dernières volontés, Jean V devait être enterré dans la cathédrale de Tréguier. En 1421, il avait dicté le vœu suivant : « De notre propre mouvement, et la très singulière dévotion que nous portons au très glorieux Monseigneur saint Yves, duquel le corps gist en l'église de Tréguier, nous avons eleu et choisi notre sépulture et encore de présent (sous le bon plaisir de Dieu) la choisissons et élisons dans ladite église ».

Il s'éleva au sujet de cette sépulture une violente contestation. Les tombeaux de nos ducs, traités avec tant de dédain deux siècles plus tard par les chapitres ralliés à la cause du gouvernement, étaient alors l'objet d'ardentes convoitises.

A peine Jean V avait-il rendu le dernier soupir qu'arrivaient à Nantes trois procureurs du chapitre de Tréguier chargés de réclamer la dépouille mortelle du prince : c'étaient Jean de Nandillac, Jean Gaedon et Robert Cador. Ils n'étaient pas sans inquiétude, car déjà le chapitre de Nantes avait mis en avant, pour garder la sépulture du duc, que la saison était bien chaude, le voyage bien long, et qu'il y avait danger à transférer le corps en ce moment. Aussi les trois procureurs se hâtent de pénétrer dans la cathédrale, escortés d'un notaire, et trouvant le doyen Raoul de la Moussaye, ils entament aussitôt la lecture de leur procédure. Mais celui-ci les interrompt et les laisse là, objectant que le chapitre seul a droit d'écouter leur requête.

Nos Trégorois reprennent leur promenade dans la cathédrale, cherchant un auditeur plus bénévole ou mieux fondé. En faisant le tour de l'église, ils rencontrent un officiant qui leur apprend que juste en ce moment une assemblée capitulaire se tient dans la bibliothèque du chapitre. Aussitôt Nandillac court, frappe à cette porte, et remet à l'archidiacre Pierre Bogneau la signification dont il était porteur. Puis ils rentrent tous trois dans la cathédrale, où l'on célébrait la grand'messe, et lisent à haute voix leur réclamation.

Sans paraître en tenir aucun compte, l'évêque Jean de Malestroit fait continuer les préparatifs de la cérémonie funèbre. Le lendemain il officiait solennellement pour le repos de l’âme du feu duc, lorsque l'infatigable Nandillac pénètre dans le chœur, et, élevant la voix, s’oppose au nom de Tréguier à ce que le corps de Jean V soit enseveli dans la cathédrale de Nantes.

Le débat devient tumultueux ; la foule, assemblée pour la cérémonie, se mêle à cette étrange dispute ; enfin l'évêque de Saint-Brieuc intervient et obtient un sursis.

Pour rassurer le chapitre de Tréguier, le nouveau duc prit l'engagement suivant : « FRANÇOIS, par la grâce de Dieu duc de Bretagne, etc.., comme nostre très redouté seigneur et père, que Dieu pardoint, eust esleit et ordonné estre inhumé en l'église cathédrale de Tréguier... et sou que ainsi, après le cas advenu du deceds de nostre père, par la grande chaleur de temps qui faisait et autres inconvénients, nous et aulcuns de l'église de Tréguier ayons fait mettre en dépôt le dict corps en l'église de Nantes, en attendant que après le démoliment de sa chair les os fussent portés en la dite église de Tréguier. Scavoir faisons... aux gens de la dite église de Tréguier que, le plus tôt que se pourra, ferons porter à celui lieu les ossements de notre très redouté seigneur et père. Donné en nostre ville de Nantes, le 8ème jour de septembre, l'an 1442 ».

Cependant l'hiver vint, les saisons succédèrent aux saisons, les années aux années, le duc Pierre II remplaça François Ier et Tréguier attendait toujours le corps de Jean V. Non point patiemment, mais avec des luttes opiniâtres et cette infatigable obstination de Bretons contre Bretons. Si la cathédrale de Nantes avait un légitime désir de conserver le tombeau de ce duc, qui avait posé les premiers fondements de sa nef, plus légitime encore était le droit de la cathédrale de Tréguier, appuyé sur des conventions irrécusables.

Huit ans après la mort de Jean V, pour apaiser les inquiétudes de plus en plus vives des Trégorois, le duc François avait fait ajouter un codicille à son testament le 17 juillet 1450 : « Item ordonnons que le corps de mondit seigneur et père soit porté à Lantreguer, selon l'ordonnance de son testament, devant la Saint-Michel prochainement venant, ou autre temps que plus prochainement et convenablement faire se pourra ».

Mais de nouveaux retards survinrent ; il fallut un procès et les énergiques sollicitations de l'évêque Jean de Ploeuc pour terminer le débat. Un arrêt du Parlement de Bretagne donna enfin gain de cause aux députés de la ville de Tréguier.

Le duc Pierre II et la duchesse Françoise d'Amboise, les seigneurs bretons et le clergé accompagnèrent le corps de Jean V durant ce long voyage. Le convoi s'arrêta à trois lieues de Tréguier, au bourg de Plouec, dont l'église était consacrée à Notre-Dame. Là, le clergé de Tréguier vint à la rencontre du cortège, ayant à sa tête l'évêque Jean de Ploeuc, le chapitre de la cathédrale et les prêtres des paroisses voisines.

Le corps de Jean V fut solennellement déposé dans la chapelle du duc, près du monument qu'il avait élevé en l'honneur de saint Yves.

La destruction du tombeau de Jean V

Dans la cathédrale de Tréguier, commencée en 1339 sous l'épiscopat de Raoul du Perrier, on voit, au dessous du transept nord, une chapelle à trois travées, connue sous le nom de chœur du Duc ou chapelle Saint-Yves ; elle a été fondée par Jean V le 7 octobre 1420, et les restes du bienheureux saint Yves y furent déposés sous un mausolée décrit par dom Lobineau. C'est là que fut élevé le tombeau de Jean V, près de celui du saint. Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu découvrir ni description, ni plan, ni dessin du monument de notre duc. Et cependant il existait encore, vers la fin du XVIIIème siècle, malgré le saccage de la ville et de ses monuments par les Anglais en 1346, par les Espagnols en 1592, et par les Ligueurs en 1594. « Les patriotes de la Révolution, dit M. P. Chardin, eurent moins de scrupules. En l'an II de la République, le bataillon révolutionnaire du district d'Etampes, caserné à l'Evêché et au couvent des Ursulines, transforma la cathédrale de Saint-Tugdual et de Saint-Yves en temple de la Raison. Les cloches portant les noms des deux patrons de Tréguier furent fondues pour faire des canons, les statues et autres emblèmes du fanatisme furent détruits, les portes de la sacristie défoncées, et les ornements pontificaux traînés dans les rues de la ville par les soldats ivres : En peu d'heures, dit le continuateur d'Ogée, tout fut ruiné : les autels magnifiques, le mausolée de saint Yves, l'orgue, les statues, les tableaux, tout fut brûlé ou brisé. A ces orgies succéda la guillotine ».

« Le tombeau du duc de Bretagne Jean V fut complètement rasé, comme celui de saint Yves, par cette horde avinée qui en jeta les débris à la mer ».

Peut-être un jour le retrait de la mer, dans les grandes marées, laissera-t-il découvrir quelques fragments du mausolée de Jean V, car nous pouvons penser que nos patriotes de la Beauce n'avaient pas poussé bien avant au large. Jusque-là, nous n'aurons à signaler qu'une table de marbre blanc, placée autrefois dans la cathédrale de Nantes et rappelant que le duc Jean V y a été enseveli :

L'AN MIIIIe XLII, LE 29e JOUR D’AOUST
FUT ENSEPULTURÉ CÉANS LE CORPS DE NOSTRE
SEIGNEUR JEAN V, DUC DE BRETAIGNE, LEQUEL
FUT TRANSPORTÉ DANS L'ÉGLISE DE TRÉGUIER
L'AN DU SEIGNEUR MIIIIe L


Bien que cette inscription soit empruntée à l'Histoire lapidaire de Nantes par Fournier, nous avons cependant quelque confiance dans la véracité de cette pièce, à cause même de l'erreur qu'elle contient. La date de 1450, mise pour 1451, tient à ce que l'année, au XVème siècle, commençait à Pâques. Le transport des restes du duc eut lieu en réalité an commencement de 1451, et par conséquent en 1450 pour l'époque. Fournier, qui pillait ses inscriptions anciennes dans nos historiens modernes, n'eût sûrement pas coupé l'année à Pâques, comme on le faisait au XVème siècle.


Tombeau moderne du duc Jean V dans la cathédrale de Tréguier
Un nouveau tombeau, réalisé par le sculpteur Pierre Armel Beaufils, est inauguré en 1889 dans la cathédrale de Tréguier.


François Ier (1442-1450)


Né en 1410, le duc François Ier de Bretagne est le fils de Jean V et de Jeanne de France. Par sa mère, il descend du roi de France. François a deux filles, Marguerite et Marie. Marguerite sera mariée au futur duc François II.

Au crédit de François Ier, on peut porter une volonté de solutionner la vieille rivalité qui oppose la famille ducale aux Penthièvre depuis le siècle précédent. Par ailleurs, il hérite de la politique de neutralité de son père entre les Anglais et les Français dans cette guerre de Cent Ans qui semble ne jamais devoir se finir pour les contemporains, mais qui voit un incontestable recul anglais dans les années 1440.

Si son grand-père Jean IV a créé l'ordre de l'Hermine, François, pour récompenser des Bretons méritants, a créé l'ordre de l'Epi : un collier d'épis entrelacés (or et argent) avec une hermine. On peut voir là une volonté de montrer avec fierté la qualité de l'agriculture bretonne en un siècle où l'économie s'appuie essentiellement sur le travail des paysans.

Les dernières années de la vie et du règne de François Ier sont marquées par un grave différend qui l'oppose à son frère Gilles qu'il avait envoyé comme ambassadeur en Angleterre : devenu anglophile, et même familier du roi, Gilles décide de défier son aîné qui parvient à l'arrêter et à le faire emprisonner. Pour secourir Gilles, Henry VI d'Angleterre envoie des milliers de combattants qui mettent Fougères à sac. En 1450, Arthur de Richemont bat les Anglais qui reculent alors vers leur base... mais peu après Gilles est assassiné dans sa prison. Cet épisode douloureux et compliqué pour la famille ducale précède de quelques semaines la mort du duc, puis François Ier s'éteint en juillet 1450.

Son tombeau


Les funérailles de François I°, par Martial d'Auvergne, enluminure issue de l'ouvrage Vigiles de Charles VII, Paris, France, XV°siècle

Le duc François Ier, dans un testament conservé aux archives du Château de Nantes, avait ainsi ordonné le lieu de sa sépulture : « François, par la grâce de Dieu duc de Bretagne... recommandons nostre âme, sa piteuse créature, à nostre benoist Sauveur, èz SS. Anges et Archanges, monsieur S. François et à toute la benoiste compaignie du Paradis, et nostre corps, voulons être enterré et ensepulturé au cuer du benoist moustier de Monsieur S. Sauveur de Redon, devant le grand aultier, ou plus près que convenablement faire se pourra des marchepieds et pas assis, devant iceluy grand aultier. Donné et faict en nostre ville de Rennes, le 22e jour de janvier, l'an 1449. Signé : François Isabeau... ».

Un an et demi après avoir pris ces dispositions dernières, le samedi 17 juillet 1450, d'après le nécrologe de Guingamp, le 19 du même mois, suivant la chronique de Nantes, le duc mourut à Vannes, au château de Plaisance, assisté de Guillaume de Malestroit, évêque de Nantes, qui lui donna les derniers sacrements. « Le corps du feu duc ayant été enseveli, nous dit dom Lobineau, fut porté à Redon, accompagné d'un nombreux cortège de barons, de prélats et de religieux, entr'autres de tout le Chapitre des Cordeliers qui se tenait pour lors à Vannes ».

La tombe de François Ier fut-elle dressée à l'endroit qu'il avait indiqué, « devant le grand aultier » de Saint-Sauveur ? Le texte du  Cartulaire de Redon semble bien confirmer ce fait : « Franciscus I Britanniae dux, ante majus altare sepultus est ». Dom Morice nous dit également que « son corps fut transporté à Redon et enterré devant le grand autel ». Et Travers écrivait vers 1750 : « Son corps fut porté à Saint-Sauveur, où est sa sépulture, vis-à-vis le grand autel ».

Ce n'est point à cette place cependant que la tradition nous montre la tombe du Duc, mais bien dans la première chapelle de l'abside, du côté de l'Epitre. Tous ceux qui, depuis plus d'un siècle, ont parlé de ce tombeau, lui ont toujours assigné cette place. Il n'y a aucune divergence sur ce point.

Lors du premier Congrès de l'Association Bretonne à Redon, en 1857, après une inspection archéologique à Saint-Sauveur par MM. de la Villemarqué, de Kerdrel, de la Borderie, Ropartz, abbé Brune, etc., M. de la Bigne Villeneuve, résumant les observations de ses éminents confrères, écrivait : « Nous devons citer encore l'ancien mausolée de François Ier, duc de Bretagne, malheureusement bien mutilé aujourd'hui et dont l'arc flamboyant s'ouvre dans le mur méridional d'une des chapelles du rond-point, du côté de l'Epître. Il serait intéressant de savoir ce qu'est devenue l'effigie en marbre blanc qui décorait jadis la sépulture ducale ».  

Comment concilier ces données, reçues aujourd'hui sans conteste, avec la place assignée si minutieusement par le Duc lui-même dans son testament et la note très formelle du Cartulaire de Redon :  Ante majus altare ?  

Si nous examinons la chapelle absidale désignée comme servant d'enfeu à François Ier, nous voyons qu'elle est surmontée d'une arcature ogivale dont les moulures et les fleurons appartiennent au style flamboyant. Comme en Bretagne le style employé retarde toujours très sensiblement sur l'architecture des autres parties de la France, il n'est pas admissible que ce travail puisse remonter à 1450, date du tombeau de François Ier. Ces remaniements des bas côtés de l'abside doivent être postérieurs à l'érection de la tombe ducale.


Nous pouvons penser que que le monument de ce Duc fut bien réellement élevé en face du maître-autel, dans le milieu du chœur, et qu'il resta à cette place jusqu'au terrible incendie de 1780. On profita sans doute des travaux nécessités par ce désastre pour enlever la tombe du prince qui devait être fort gênante pour les cérémonies des religieux, et on la transporta dans la chapelle la plus rapprochée de l'autel, à l'entrée de l'abside. En admettant ce fait, on expliquerait comment dom Lobineau, dom Morice et même Travers, en 1750, ont pu indiquer que la tombe était placée devant le maître-autel, tandis que Ogée, qui écrivait après 1780, nous la démit à la place où nous la retrouvons actuellement (1891). Le tombeau ou plutôt les débris du tombeau de François Ier sont placés sous un arc flamboyant au long duquel retombent des palmes éplorées (on les dirait trempées de larmes), d'un style et d'une sculpture admirables ; le sommet de l'ogive, orné de choux frisés très fidèlement travaillés, est surmonté d'une sorte de lanterne qui devait servir de support à une croix ou à une statuette. Une galerie, formée d'un rang d'arceaux et couronnée jadis de fleurons ou de boules, règne au dessus de l'arcade. Deux pilastres terminés par des clochetons fleuronnés, à moitié détruits, appuient cette galerie et encadrent le tombeau. Un angelot incliné et tenant un écusson décore chaque pilastre à la naissance du clocheton.
 


La pierre tombale, en calcaire très dur, est formée de deux dalles et d'un fragment. Le bord de ces dalles est décoré d'une guirlande de feuillages et de raisins. Le devant du tombeau est composé de trois parties : celle du milieu, qui correspond au fragment rapporté, est une grossière maçonnerie en moellons ; celle de droite du côté des pieds, représente un arceau encadré de moulures et une rosace avec un écusson au centre d'un rectangle. Celle de gauche, plus étroite, forme le pendant, mais sans arceau.  

L'ensemble de l'édicule est en pierre blanche ; les bases des pilastres, colonnettes, etc., sont en granit. Le tombeau lui-même semble reposer sur une simple maçonnerie.


Pierre II (1450-1457)

Pierre II accède au pouvoir en juillet 1450, au moment du décès de son frère François Ier, lequel laisse deux filles (Marguerite et Marie) mais pas de garçon.

Pierre II est le second fils de Jean V et de Jeanne de France. Né en 1418, il a donc 32 ans lorsqu'il succède à son frère. Le troisième frère, le plus jeune, Gilles, a été assassiné quelques semaines auparavant. Pierre II est marié à Françoise d'Amboise.

Bien qu'il n'ait régné que quelques années, Pierre II sut faire montre de fermeté et de lucidité dans l'organisation du duché et dans la défense de son rôle de souverain alors que la France est en train de renforcer sa propre organisation au moment du recul anglais au milieu du XVe siècle. Pour renforcer sa position face au roi, il fait même enquêter en Bretagne sur les droits du roi de France qui tente d'affronter le duc sur le plan juridique pour affirmer sa prééminence.

Le duc est habitué à toutes ces questions de préséances qu'il doit également affronter (et régler) au parlement de Bretagne. Par ailleurs, Pierre II avait le souci de l'administration de son duché, et il fait également recenser avec précision les habitants qui doivent lui payer l'impôt.

Pierre II veille également à améliorer le fonctionnement de la justice et à la rendre accessible aux gens modestes.

Tout comme son oncle Arthur de Richemont, le duc est favorable à une alliance, mais pas à une soumission, avec le roi. Comme à la cour de France, le duc a son fou. Moins anecdotique, la décision de faire transporter les restes de son père Jean IV à Tréguier, selon la dernière volonté de Jean, montre un attachement à la foi et au respect des dernières volontés des mourants. Mais Pierre II n'a pas de successeur, et il préfère devancer l'heure de sa mort pour que soit réglé le problème de la succession à la tête du duché, le vieux connétable Arthur de Richemont (né en 1393) n'ayant pas d'héritier non plus. Ainsi, en novembre 1455, réussit-il à marier la fille de son frère François Ier à son cousin François d'Etampes, un petit-fils de Jean IV. Les droits de François et de son épouse Marguerite ne pourront donc pas être contestés le moment venu. Sagesse ducale, puisque le duc meurt peu après (1457), et son successeur ne règnera qu'une seule année.

Son tombeau


En 1443, le prince Pierre de Bretagne et sa sainte épouse Françoise d'Amboise (béatifiée peu de temps après sa mort) firent reconstruire le chœur de l'église Notre-Dame de Nantes et ordonnèrent l'érection de leur tombeau devant le maître-autel dans la nouvelle construction. Un acte, daté du 29 avril 1443 et conservé aux Archives de Nantes, relate ce fait dans les termes suivants : « Mondit seigneur a choeisi et esleu, choisist son enterement et sépulture en nostre cueur de la dite église, ou melieu plus hault et honeste lieu, sans ce que jamais soit riens ensepulturé au-dessus de lui en tombe eslevée, excepté prince ou princesse de ce duché de Bretaigne, ou leur héritier présomptif ».


L'histoire de l'église royale et collégiale de Notre-Dame do Nantes, par M. S. de la Nicollière, contient de précieuses recherches historiques et archéologiques sur la tombe de Pierre. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à ce beau travail les passages suivants : « Le monument qui reçut les dépouilles mortelles du prince se trouvait placé au centre du chœur, en avant de l'autel ; il était élevé depuis longtemps, car, dès 1443, époque de sa première donation, Pierre en avait décidé la construction, et, dans son testament, le duc s'exprima ainsi à ce sujet : « Nous voulons et ordonnons nostre corps estre baillé à la terre benoist, mis et ensepulturé en l'église collégiale de Nostre-Dame de Nantes, en laquelle nous avons fait faire et préparer le lieu de nostre sépulture ». L'aspect de la pierre tombale est parfaitement d'accord avec ce qui précède. Sous un dais d'un style un peu lourd, que dominent quatre petits anges, les époux, jeunes encore reposent endormis dans la mort. De chaque côté des coussins qui supportent leurs têtes sont représentées leurs armoiries, savoir : l'écusson en bannière, c'est-à-dire carré, aux armes de Bretagne brisées d'un lambel à trois pendants semé de fleurs de ce lis, pour le prince ; l'écu en losange, mi-parti au premier du précédent au deuxième coupé de Thouars et d'Amboise, pour la princesse. Un simple cercle sans fleurons entoure la tête de Pierre, emprunte d'un caractère monacal, auquel ajoute encore le capuchon rabattu sur le cou, les mains jointes, le long manteau dont les larges plis enveloppent la corps, et l'escarcelle attachée au côté droit. Les pieds s'appuient sur un lion. D'une stature plus élevée que celle de son mari, Françoise d'Amboise a la tête recouverte de la coiffure du temps, ornée de nombreuses pierreries ; son cou porte un massif collier ; sa taille est vêtue d'un riche corsage d'hermines. Les mains sont également jointes, et les manches étroites de sa longue robe boutonnées jusqu'au coude. Le bras gauche soutient la queue du grand manteau de cérémonie. Chacun des pieds repose sur un chien. Autour était inscrite : en gothique allongée, l'épitaphe suivante :


CY GIST TRES HAULT ET TRES PUISSANT SEIGNEUR MONSr PIERRE DE BRETAGNE, Sr DE GUINGAMP ET DE CHASTEAUBRIAND, COMTE DE BENON, FILS DE TRES HAULT PRINCE MONSr LE BON DUC JEHAN, DUC DE BRETAIGNE, QUI TREPASSA EN L'AN DE GRACE MIL CCC LE CY GIST TRES HAULTE ET PUISSANTE DAME FRANÇOISE D'AMBOISE SA COMPAIGNE, FILLE AISNEE DE LOUIS, VICOMTE DE TOUARS, QUI TREPASSA LAN MIL CCC   LE.


Souvent les fidèles agenouillés dans l'église Notre-Dame voyaient, surtout le matin, venir s'incliner sur cette pierre une noble et angélique figure, qui, longtemps prosternée, les édifiait par sa ferveur et excitait l'admiration par sa profonde et touchante piété : c'était la veuve de Pierre II, la bonne duchesse Françoise d'Amboise, fondatrice du monastère des Couëts et du prieuré de Bon-Don .

Cette dalle funéraire, en marbre blanc, et, s'il faut en croire la Bibliothèque annuelle et portative de Nantes, gravée en figure plate à la mosaïque, détail que ne donne pas Gaignières, était posée sur une base en marbre noir élevée d'environ un mètre. Elle mesurait à peu près 2m50 de longueur sur 1m50 de largeur. L'inscription n'a jamais été terminée, sans doute parce que Françoise n'y fut pas déposée. Le tombeau subsista jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, puisqu'il en est question en 1780, et fut détruit pendant la période révolutionnaire, probablement lorsqu'on transforma l'église en établissement industriel. Il s'y rattache une particularité qui mérite d'être examinée et étudiée avec quelque attention. L'ingénieur Pierre Fournier raconte ainsi l'ouverture du caveau de Pierre II : « J'ignore s'il lui fut érigé un monument, et même s'il fut placé une pierre tombale sur le lieu de sa sépulture. Cette église ayant été considérablement réparée et pavée à neuf au commencement du dernier siècle, il ne restait aucune trace de tombeau lors de la démolition de l'église, en 1803. Mais il est constant que 13 ans après la mort de ce prince, en 1470, on commença à travailler à un monument, et que l'on fit construire un caveau pour y déposer ses restes, qui ne furent point exhumés ou négligés, et, pour y suppléer, l'on fit un mannequin que l'on revêtit de riches habits et que l'on plaça dans un cercueil de bois de chêne, découvert, en effet, cette même année 1803. 333 ans après, des ouvriers ouvrirent le caveau ; j'y descendis, et je reconnus, sur quatre barres de fer, un cercueil en bois tombant en pourriture, dans lequel était un mannequin vêtu suivant l'usage du temps où il vivait ! Il avait un pantalon en drap rouge, des demi-bottines, une soubreveste en soie brodée, un manteau dont on n'a pu déterminer la forme. Il était ceint d'une épée en fer : sur l'un des côtés de la coquille, très bien travaillée et à jour, se voit une hermine passante, et, derrière elle, un petit drapeau placé debout. A la place de la tête, un casque commun en fer, la visière baissée, rempli d'étoupes. Aucune inscription n'accompagnait cette effigie... ».

L'interprétation donnée par Fournier d'une rencontre aussi étrange n'est pas appuyée de raisons très concluantes. D'abord il avoue qu'il ne restait aucune trace de tombeau, et ignore même qu'il en avait été érigé un. Des ouvriers découvrent fortuitement un caveau dont il ne prend aucun soin de préciser la situation. Il y descend, et, sans hésitation, le reconnaît pour celui de Pierre II, mais construit 13 ans après la mort du prince, et qui dément toutes les données historiques, basées sur de bonnes preuves, qu'on vient de lire, et se trouvent par conséquent inadmissibles, de même que l'emploi attribué au simulacre dans un service solennel, circonstance purement hypothétique.

En résumé, il nous parait beaucoup plus rationnel de croire qu'au milieu du grand nombre de tombes, d'enfeux, de caveaux de toutes sortes dont était rempli le sol de la collégiale, l'ingénieur Fournier, égaré par le souvenir de la sépulture du duc Pierre, se sera trompé d'attribution, en prenant pour la tombe de ce prince un emplacement plus ou moins rapproché, qu'il n'a point déterminé, et dans lequel il avait été fait une inhumation simulée, constatée seulement par le bas chœur, dans un but ou pour un motif inconnu.


Arthur III "Richemont" (1457-1458)



Arthur III, duc de Bretagne, comte de Richemont, connétable de France (1458). Dessin aquarellé, Paris, BnF, collection Gaignières.

Né en 1393, blessé et fait prisonnier à Azincourt en 1415, connétable du roi de France, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, vainqueur à Paris (1437) et à Formigny (1450), il est l'un des artisans de la guerre de Cent Ans. Duc de Bretagne en 1457... à l'âge de 64 ans !

Ainsi résumée en quelques lignes, la vie du duc Arthur III de Bretagne, Richemont dit le Justicier, ressemble à un véritable roman !

Lorsqu'il naît au château de Suscinio, le 24 août 1393, Arthur n'est que le deuxième fils du duc Jean IV et de son épouse Jeanne de Navarre ; il est un petit-fils de Jean de Montofrt et de Jeanne de Flandre et l'arrière-petit-fils du duc Arthur II.

Arthur de Richemont devient duc en 1457, après la mort de ses trois neveux, les ducs François Ier et Pierre II, tous deux morts sans successeur (le troisième, Gilles, est mort assassiné). Son règne très court précède celui de son neveu François II, le père de la duchesse Anne. Il a été marié à trois reprises : avec Marguerite de Bourgogne (morte en 1442), avec Jeanne d'Albret (morte en 1445) et avec Catherine de Luxembourg, laquelle lui survivra plus d'une trentaine d'années.

Arthur reçoit l'épée de connétable de Charles VII avant que celui-ci ne soit couronné (il est le troisième breton après Du Guesclin et Olivier de Clisson à mériter cet honneur durant la guerre de Cent Ans). Richemont, que l'on surnommera le Justicier, combat au côté de Jeanne d'Arc et joue un rôle certain dans la défaite finale des Anglais. En 1435 il agit pour la signature du traité d'Arras, puis il combat pour la libération de toute l'Île de France, et il remporte la bataille de Formigny en 1450.

Devenu duc de Bretagne en 1457, il demeure proche du roi mais il protège jalousement son indépendance. Mort sans successeur en 1458, le "vieux connétable" est inhumé dans l'église des Chartreux à Nantes, puis ses restes seront placés sous le gisant de François II en la cathédrale de Nantes.

Son tombeau

Le duc Arthur III, le glorieux vainqueur des Anglais, succéda à son neveu Pierre, mais ne régna guère plus d'un an. Il mourut au château de Nantes, sur les six heures du soir, le lendemain de Noël de l'an 1458. Malgré son état de souffrance, il entendit à genoux la sainte messe, le matin même du jour où il mourut. « Le corps du Duc fut ouvert,  dit une Chronique du temps, et gardé jusques au jeudi ensuivant (28 décembre), auquel jour fut enterré par Révérend père en Dieu l'évêque de Nantes, nommé Guillaume de Malestroit, èz Chartreux, plusieurs seigneurs présents ».

Arthur III, s'il n'est le fondateur des Chartreux de Nantes, eut du moins une très large part à leur établissement. Il dota richement leur monastère, et la Duchesse sa femme, Catherine de Luxembourg, y fit aussi de grandes fondations. « Elle fit achever les cloîtres, nous dit Travers, et embellir l'église des Chartreux ; elle leur donna le précieux reliquaire de son mari et de riches ornements ».

En 1750, le chapitre venait le lundi des Rogations chanter le  Libera devant le tombeau du Duc.

Jusqu'à présent, il n'a jamais été publié ni description, ni gravure du monument d'Arthur III. Cependant, il existe dans la très précieuse collection du chevalier de Gaignières un dessin à la plume, rehaussé de couleurs, qui donne bien l'aspect général du tombeau de notre Duc. A ce dessein est jointe la note suivante :  Tombeau de pierre au milieu du choeur de l'église des Chartreux de Nantes, il est d'Arthur III du nom, Duc de Bretagne, et de Catherine de Luxembourg sa 3ème femme.

On peut y remarquer avec surprise que le style de ce monument ne concorde guère avec la date de la mort d'Arthur III, 1458. Il appartient pleinement au style italien qui ne pénétra en France que trente ans plus tard. On y voit sur le côté trois pilastres Renaissance, surmontés de chapiteaux et décorés de pinceaux et de médaillons. L'écusson de droite est d'hermine plein avec la couronne ducale ; celui de gauche est à mi-parti : au 1er de Bretagne ; au 2ème d'argent au lion de gueules, la queue passée en sautoir, couronné, armé et lampassé d'or, qui est Luxembourg. Les pièces du blason sont indiquées par des tons différents ; il y a dans les pilastres et les moulures du socle des oppositions de couleurs dans le goût de la Renaissance ; tout cela nous entraîne assez loin de 1458.  

Comment le fils du vainqueur de Charles de Blois vient-il toucher par sa tombe l'époque de la Renaissance ? Pour expliquer cette étrangeté, il faut nous souvenir qu'Arthur III était déjà fort âgé lorsqu'il épousa sa troisième femme, Catherine du Luxembourg. Celle-ci survécut 35 ans à son mari, et en veuve fidèle elle ne cessa de prier au monastère des Chartreux, près duquel elle s'était retirée, pour l'âme de son glorieux époux. A sa mort, on éleva le monument que nous voyons et qui réunit le corps du Duc et de la Duchesse. On était alors à l'aurore de la Renaissance et l'emploi de motifs du style italien s'explique aisément. Déjà cette ornementation avait pénétré en Bretagne, et nous voyons, au château de Goulaine, élevé en 1496 ou 98, des fenêtres cantonnées de pilastres ayant le même décor italien.

Il n'y a aucun gisant sur la table de marbre blanc qui couvre le dessus du tombeau. Le manuscrit du roi d'armes Berry, reproduit dans Montfaucon, nous représente Arthur III l'épée au poing, la chape de fer sur la tête, ayant près de lui un écu de Bretagne à 4 pendants. L'écusson sculpté sur son tombeau ne porte aucune brisure, parce qu'alors il était chef de la maison ducale.

Le 13 mars 1514, lorsque l'on rapporta de Blois le cœur d'Anne de Bretagne, il fut déposé d'abord sur la tombe d'Arthur III. Depuis cette date, le monument de ce Duc resta confié aux Chartreux jusqu'à la Révolution.

Des documents conservés aux archives départementales de Nantes nous apprennent que, le 18 janvier 1792, le sieur Lamarie, statuaire, fut chargé par les administrateurs du district de Nantes d'enlever le tombeau d'Arthur III de l'église des Chartreux, et de le transporter, avec le mausolée de François II, dans la Cathédrale.

Une lettre de Lamarie, du 12 juin 1792, contient la réclamation aux membres du district d'une somme de 100 livres pour ce travail. Le sieur Lamarie « a suivi et surveillé la démolition et le transport du tombeau de François II qui était dans l'église des Carmes et celle dartur (sic) qui était dans l'église des Chartreux. Ce déplacement hors de ses ateliers lui a employé beaucoup de temps, etc. Signé : Lamarie, statuaire ».


Un extrait des registres du Directoire du département en date du 11 août 1792 nous donne un arrêté ordonnant le payement à Lamarie de ladite somme de 100 livres.

A partir de cette date, il n'est plus fait mention du tombeau d'Arthur III. Mais de même que le mausolée de François II, il ne fut pas transporté à la Cathédrale, fort heureusement, du reste, car il n'aurait pas échappé à la rage des Vandales qui dévastèrent l'église l'année suivante. Maintenant encore, malgré le temps écoulé, on peut espérer d'en retrouver au moins quelques fragments.

« Les restes d'Arthur III, nous dit Mellinet, reposaient dans l'église des Chartreux, lorsque les passions brutales mêlées à l'enthousiasme révolutionnaire portèrent une atteinte sacrilège aux tombeaux qui s'étaient conservés depuis des siècles sous la protection des autels. Une personne pieuse a pu recueillir les ossements d'Arthur III et les confia à M. l'abbé Gély, à son retour d'Espagne. Ils ne pouvaient être remis en de meilleurs mains. M. l'abbé Gély plaça dans une boite scellée les ossements d'Arthur III et les déposa en 1802 dans le caveau du petit cimetière de Saint-Jean, situé entre la Cathédrale et l'Evêché ».

Le registre des délibérations capitulaires nous donne, à la date du 17 août 1817, la mention suivante : « Le chapitre délibérant a arrêté que les ossements d'Arthur III, duc de Bretagne, comte de Richemont et connétable de France, sauvés de la destruction de l'église des Chartreux, où ce prince, décédé le 26 décembre 1468, avait été inhumé, se trouvaient déposés provisoirement dans le caveau destiné à la sépulture des entrailles des Evêques de ce Diocèse, seraient transférés du susdit caveau avec toutes les cérémonies religieuses usitées en pareil cas, le jeudi 28 courant, à onze heures précises, inhumés et déposés, d'après le désir de la Municipalité, dans le tombeau de François II, et que le procès-verbal qui en sera fait par la Mairie sera déposé dans nos archives. Fait et arrêté en assemblée capitulaire le 14 août 1817. « DE BRUC. DELAMARE, ch. Secr. »

Ainsi nous possédons encore les précieux restes de notre vaillant duc Arthur III, et le monument de François II est devenu la tombe de son très illustre devancier. Sur une plaque de bronze placée au haut de l'horrible grille qui emprisonne le chef-d'œuvre de Michel Colombe, on lit l'inscription suivante :


TOMBEAU DE FRANÇOIS DEUX
LES RESTES D'ARTHUR III DUC DE BRETAGNE,
COMTE DE RICHEMONT, CONNETABLE DE FRANCE,
MORT A NANTES LE 26 DECEMBRE 1458, Y ONT ETE DEPOSES
LE 28 AOUT 1817


François II (1458-1488)

Naissance en 1435 de François, fils de Richard d'Etampes, le troisième fils du duc Jean IV. François est donc le neveu des ducs Jean V (mort en 1442) et Arthur III (mort en 1458) et le cousin des ducs François Ier (mort en 1450) et Pierre II (mort en 1457). Si un seul de ces quatre ducs avait eu un successeur, François d'Etampes ne serait jamais devenu le duc François II de Bretagne (curieux hasard de l'histoire qui rappelle l'arrivée des Valois sur le trône de France).

En 1455, François épouse Marguerite de Bretagne, la fille de son cousin François Ier. Après le décès de Marguerite (1469), François II épouse Marguerite de Foix ; il n'a pas d'enfant de son premier mariage, mais Marguerite de Foix lui donne deux filles : Anne et Isabeau.

Prince élégant et ambitieux, il s'oppose aux rois de France, surtout à Louis XI ("l'universelle aragne") qui règne de 1461 à 1483. Patiemment, ne reculant devant aucun procédé, ce roi tisse la toile dans laquelle les ducs de Bourgogne et de Bretagne vont peu à peu s'enliser. François II est l'allié des ennemis du roi, et ses troupes affrontent celles de Louis XI puis celles de la régente Anne de Beaujeu et du jeune Charles VIII, les enfants de Louis XI.

François II fondera l'Université de Nantes (1460) et le Parlement de Bretagne (1485). En 1486, il fait reconnaître les droits de ses filles par les états de Bretagne. Deux ans plus tard, les armées ducales sont vaincues à Saint-Aubin-du-Cormier par celles du roi Charles VIII, le 28 juillet. Conduite par La Trémoille, plus nombreuse et mieux organisée, l'armée française perd beaucoup moins d'hommes que celle de François II pourtant soutenue par des contingents étrangers. En quelques heures l'armée bretonne perd la moitié de ses combattants (5000 à 6000 morts). La paix, signée le 20 août 1488 au château du Verger, est contraignante pour le duc qui s'éteint peu après, le 9 septembre, à Couëron, près de Nantes.

Son tombeau



Conclusion

Malgré toutes ces causes de ruine, ce qui nous a été conservé est assez précieux pour attirer toute notre attention. Douze princes de la maison de Dreux ont régné sur la Bretagne ; une bonne partie de leurs tombes, plus ou moins dévastées, existent encore. Si cette étude peut aider à préserver de l'oubli et surtout de la destruction les derniers monuments de nos ducs, nous ne regretterons pas de l'avoir entreprise en l'honneur de ces princes qui, dans leurs longues luttes p6ur notre indépendance, ont trempé la Bretagne comme une lame d'acier et en ont fait cette patrie chrétienne et fidèle que nous aimerons toujours.


Dernière édition par Luke Gray le Mer 20 Aoû - 1:09, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mar 19 Aoû - 20:45

Cher Luke votre histoire des tombeaux des ducs de Bretagne est comment dire superbe je découvre avec intérêt l'histoire de votre régions et de ceux qui en furent le ciment .Mais il est vrais que des fragments de tombeau puissent se trouver soit dans des collections privée ou alors dans certaine réserve de musée ou dans des musée étranger qui ignorent peut être l'origine de certain fragment il serait intéressant d’investiguer et qui sait peut être retrouver un témoins de la puissance des ducs de Bretagne .Mais en attendant j'ai hâte de vous lire pour le tombeau des parents d' Anne de Bretagne .

Au plaisir  cheers drunken 
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mar 19 Aoû - 22:12

Cher Saint Eloi,

Devant le chef-d'oeuvre qu'est le tombeau de François II de Bretagne, je lui consacrerais un sujet complet. Il y a, en effet, trop de choses à dire sur ce monument qu'il est, à mon sens, assez digne de lui en dédier un.
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 20 Aoû - 1:29

Bonsoir,

Je vais vous publier dans ce message et les précédents l'histoire et la descriptions des épouses de ces grands princes, duchesses consorts de la Bretagne.


Blanche de Champagne (1226-1283)


Tombeau de la duchesse Blanche, aujourd'hui au musée du Louvre

Blanche de Champagne, née en 1226, était la fille de Thibaut IV le Chansonnier, comte de Champagne et roi de Navarre, et d'Agnès de Beaujeu.

En 1236, elle épouse Jean Ier le Roux, duc de Bretagne, avec qui elle aura huit enfants, dont le futur duc Jean II.

Elle meurt en 1283 et est inhumée dans l'abbaye cistercienne de Notre-Dame-de-la-Joie, à Hennebont (Morbihan), qu'elle avait fondée en 1275.

Le tombeau fut commandé peu après sa mort par son fils, le duc Jean II, à un artiste de Limoges. En 1306, le duc paye à cet artiste la somme de 450 livres, ce qui peut fixer à cette date la mise en place du tombeau dans l'abbaye.

Réalisé en cuivre avec des plaques émaillées qui aujourd'hui ont disparu, le gisant intégra au 19e siècle la collection d'Alfred Ramée à Rennes, puis fut transféré au musée du Louvre en 1873 où il est aujourd'hui visible dans le département des sculptures.

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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 20 Aoû - 2:04

Jeanne de Navarre (1370-1437), épouse de Jean IV de Bretagne


Jeanne de Navarre, née en 1370, était la fille de Charles II le Mauvais, roi de Navarre, et de Jeanne de France, fille aînée du roi Louis X le Hutin. En 1386, elle épouse le duc Jean IV de Bretagne à qui elle donnera neuf enfants, dont les futurs ducs Jean V et Arthur III, mais également le grand-père d'Anne de Bretagne, Richard d'Etampes.

A la mort du duc Jean IV, le 1er novembre 1399, elle prend la régence de la Bretagne (son fils, Jean V, n'ayant alors que dix ans). C'est à cette époque qu'elle rencontra Henri Bolingbroke, futur Henry IV d'Angleterre, qui résidait en Bretagne durant son exil. Celui-ci, qui était son cousin au troisième degré, la demande en mariage en 1403. Après avoir obtenu une dispense papale pour ce mariage consanguin, elle quitte la Bretagne le 13 janvier 1403, épouse Henry IV le 7 février et est sacrée reine d'Angleterre le 25 suivant.

Cette union se révèlera sans postérité, mais la reine restera en bonne relation avec les enfants issus du premier mariage d'Henry, notamment avec le prince de Galles (futur Henry V) qu'elle défendait lors des querelles qui l'opposaient à son père.

Se révélant cependant assez impopulaire, elle sera même accusée de sorcellerie pour tenter d'empoisonner le roi, condamnée en 1419 et emprisonnée pendant quatre ans au château de Pevensey dans le Sussex. Par la suite, elle vivra paisiblement pendant le règne d'Henry V et celui d'Henry VI, son fils.

Pendant le règne d'Henri V, elle fut cependant accusée d'utiliser la sorcellerie pour tenter de l'empoisonner. Elle a été condamnée en 1419 et emprisonnée pendant quatre ans dans le château de Pevensey dans le Sussex. Après cela, elle vécut tranquillement, durant le règne d'Henri V et celui de son fils, Henri VI. Elle est enterrée dans Cathédrale de Canterbury aux côtés de d'Henri IV.

Elle décède le 10 juin 1437 et est inhumée dans la cathédrale de Canterbury, près de son second époux.

Son tombeau


Jeanne de Navarre et son second époux, le roi Henry IV d'Angleterre, sont les seuls souverains d'Angleterre à avoir été inhumés dans la cathédrale de Canterbury, près des reliques de saint Thomas Beckett (dont la châsse fut détruite par le roi Henry VIII lors du Grand Schisme au 16e siècle), face au tombeau encore en place du terrible Prince Noir, fils d'Edouard III.


Comme pour le tombeau de Dagobert à Saint-Denis, le tombeau d'Henry IV à Canterbury révèle une part de mystère. Une légende raconte que, le 20 mars 1413, au moment où le roi expira, on transféra par mer son corps jusqu'à la cathédrale afin de l'y inhumer, comme il en avait exprimé le désir. Cependant, une tempête furieuse se déclara, durant laquelle les matelots effrayés ne cessèrent d'adresser au ciel des prières pour leur salut ; mais comme les vents et l'orange redoublaient de violence, ils vinrent à penser que c'était le corps du roi qui, frappé de la malédiction céleste, les exposait à une mort certaine. Ils le jetèrent donc à la mer et ne déposèrent qu'un cercueil vide dans le tombeau de Canterbury.
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 20 Aoû - 2:46

Alix de Thouars (1201-1221), épouse de Pierre de Mauclerc, et de Yolande de Bretagne(1218-1272), leur fille


Alix de Thouars, née vers 1201, était la fille de la duchesse Constance (†1201) et de Guy de Thouars, qui exerça la fonction de baillistre (c'est-à-dire régent) en attendant la majorité de la princesse.

En 1209, elle est fiancée avec promesse de mariage à Henri II d'Avaugour, fils du comte de Goëlo-Tréguier, alliance conclue avec les parents des deux parents et sous l'égide du roi Philippe Auguste à Paris. A la mort du comte d'Avaugour, en 1212, le roi Philippe Auguste conseille Guy de Thouars de fiancer sa fille à son cousin, Pierre de Dreux. Le 28 janvier 1213, Pierre de Dreux, fiancé avec Alix, rend l'hommage lige pour la Bretagne au roi, puis épouse sa promise en février suivant.

De cette union naîtront trois enfants : Jean Ier (†1286, futur duc de Bretagne), Yolande de Bretagne (†1272, épouse de Hugues XI de Lusignan), et Arthur de Bretagne (†1224, fiancée à la fille du seigneur de Craon).

Alix de Thouars meurt en couche le 21 octobre 1221, à l'âge de vingt ans. Son époux, Pierre de Dreux, assumera la fonction de baillistre du duché jusqu'à l'accession de Jean Ier, son fils, au duché de Bretagne. La duchesse sera inhumée le 24 novembre 1225 dans l'abbaye Notre-Dame de Villeneuve, près de Nantes.

Yolande de Bretagne, née en 1218, était la fille d'Alix de Thouars et de Pierre de Mauclerc. En 1226, elle est promise au roi Henri III d'Angleterre, mais sera finalement mariée au demi-frère de ce dernier, Hugues XI de Lusignan, par lequel elle deviendra comtesse de La Marche et d'Angoulême. Son époux ayant été tué lors de la Septième Croisade, à la bataille de Fariskur le 6 avril 1250, elle assume la régence pour son fils jusqu'en 1256.

Yolande meurt au château de Bouteville le 10 octobre 1272 et sera inhumée auprès de sa mère, dans l'abbaye Notre-Dame de Villeneuve, près de Nantes.


Leur tombeau


Le tombeau d'Alix de Thouars et de Yolande de Bretagne sont, comme les tombeaux des enfants de saint Louis (Jean et Blanche) et de Blanche de Champagne (épouse de Jean Ier de Bretagne), les derniers témoignages des tombeaux monumentaux réalisés par les orfèvres de Limoges au Moyen-Âge.

Alix fut inhumée en 1221 dans l'oratoire de l'abbaye de Villeneuve, que sa mère avait fondée en 1201. Son corps fut translaté en 1223 à l'intérieur de la nouvelle église qui venait d'être construite, et où l'y rejoindra sa fille Yolande en 1272.

Le premier gisant représente la duchesse Alix couronnée et portant de la main droite le sceptre à fleur de lys. Ce gisant fut réalisé dans les années 1250 par les soins de son époux, Pierre de Mauclerc, ou de son fils, Jean Ier.

Le second gisant représente la comtesse Yolande de Bretagne, portant la guimpe de veuve (son époux était mort en 1256) et joint ses mains dans un geste de prière.

Les deux effigies reposent sur un lit émaillé et entouré des blasons de la famille de Thouars et de Dreux.

A la Révolution, le tombeau est ouvert et détruit, tandis que leurs cendres seront jetées au vent. Aujourd'hui, seuls les dessins de Gaignières ici présentés nous rappellent le souvenir de l'un des plus beau tombeaux dû à la formidable orfèvrerie des artistes limougeauds du 13e siècle.
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 20 Aoû - 21:19

Cher ami je me pose une question comment le gisant de Blanche de Champagne a -t-il échappé à la fonte car quasi tout les tombeaux de métal on disparut à la révolution ?.

Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 20 Aoû - 21:53

Peut-être sa préciosité a-t-elle été remarquée, comme ce fut le cas pour les effigies de Jean et de Blanche de France. Je n'ai, hélas, sur ce point aucune information complémentaire.
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Jeu 21 Aoû - 18:44

Merci cher ami , je vais tacher de mon côté de trouver des renseignement complémentaire sur ce gisant qui est le seul qui puisse rappeler les souvenirs des autres tombeaux disparu .

Au plaisir.
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Ven 22 Aoû - 21:07

Bonsoir cher Luke en parcourant les dessin de la collection gaigniére je suis tombé sur celui représentant la tombe de Robert de Bretagne né en 1251 et mort en 1259 sont tombeau était de cuivre et ces parent étaient Jean 1er le roux et blanche de champagne son tombeau qui devait être de cuivre d'après le dessin se trouvait au cordelier de Nantes si vous avez des information supplémentaire je suis intéressé



Notice


Note(s) : Tiré des Cordeliers de Nantes
Description iconographique : Robert de Bretagne, mort en 1259
Référence(s) : Gaignières, 4947. - "Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaignières et conservés aux départements des estampes et des manuscrits", Bouchot Henri, Paris, 1891, t. 2

Auteur(s) : Gaignières, Roger de (1642-1715 ). Collectionneur

Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Dim 24 Aoû - 11:47

Bonjour,

Merci pour ce partage fort intéressant ! Il s'agit, en effet, de Jean de Bretagne, né 6 mars 1251 et mort le 4 février 1259, dernier des huit enfants du duc Jean Ier le Roux et de la duchesse Blanche de Champagne.

Il est inhumé le 10 février 1259 au milieu du chœur de l'ancien couvent des Cordeliers de Nantes - qui existe encore !, hormis la chapelle détruite en 1795 -, dans un petit tombeau près d'un pupitre.


Et voici son épitaphe :
Quid sunt forma, genus ? moritur locuples & egenus.
Proh ! dolor ! heu juvenes mors rapit, atque senes.
Robertus puer inclytus & peaematurus,
Dives, honoratus, ortu claroque beatus,
Forma dotatus, hic subjacet intumulatus,
Patre Johanne satus, Britonum Duce, matreque natus
Blancha discreta, Duce-Regis sanguine creta,
Qui Robertus Rex illustris Navareorum,
Fortus, & invictus, Theobaldi nomine dictus,
Et Campaniae quondam simul, atuique Blesensis
Claruit & dominus, pariterque Comes Palatinus.
Obiit IV. id. Febr. anno Dom. M X X L I X.


Le prince mort était désigné par cette inscription : Robertus puer inclinatus et peramatus.


L'effigie disparaît à la Révolution, tout comme les autres tombeaux des Cordeliers de Nantes, et l'église est démolie en 1795.

En 1924, lors de fouilles pratiquées dans l'ancien couvent des Cordeliers de Nantes, on a retrouvé dans un enfeu longeant un ancien mur de l'époque romaine. Cet enfeu, d'une longueur de 2m sur 1m50 de largeur contenait un petit cercueil rendu à l'état de débris et de petits ossements desséchés. Une hypothèse a donc été suggérer, comme quoi il s'agirait ici du véritable tombeau du petit prince Robert. Le mystère reste entier.

En faisant quelques recherches sur ce tombeau d'émail, je suis tombé sur un ouvrage de Mario Rogues, intitulé "Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, volume 84" et daté des années 1940. L'auteur s'est interrogé sur la position singulière des mains de Robert de Bretagne, qui ne sont ni le long du corps, ni en position de prière.

Le "croisement des mains hautes", comme il le dit, est une position que l'on ne rencontre que dans de rares cas pour les effigies de personnages laïcs. Il émet donc l'hypothèse comme quoi le jeune prince aurait été, dès son enfant, promis au sacerdoce, ce qui expliquerait cette position.
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Dim 24 Aoû - 21:03

Merci pour vos information complémentaire .Mais quelle perte tout c'est tombeau fondu par l'aveuglement et la stupidité de certain révolutionnaire .

Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mar 26 Aoû - 20:56

Bonsoir cher Luke voici trouvé en consultant sur google book le tome second des monuments de la monarchie Française par Bernard montfaucon le dessin du gisant du duc pierre de Dreux dit Mauclerc ainsi que celui représentant le gisant D’Alix de Thouars

gisant de Pierre de Dreux



et voici ce qu'en dit Montfaucon

Son corps fut enterré en l’église de S Yved de Braine où il est représenté en bosse sur sa tombe de cuivre émaillé à l'ordinaire avec un chaperon de mailles. Il porte son écu au côté gauche sur son épée Il est revêtu d'une tunique qui descend jusqu au bas des jambes.


Gisant D’Alix de Thouars



Elle fut enterrée dans l'Abbaye de Villeneuve près de Nantes. Elle a une espèce de couronne singulière . Elle est représentée en relief sur un magnifique tombeau de cuivre émaillé Sur sa robe elle porte un manteau doublé de vair et tient un sceptre de la main droite .


Voici le lien pour consulter le livre :"http://books.google.be/books?id=QTi3fUzSH8kC&printsec=frontcover&dq=inauthor:%22Bernard+de+Montfaucon%22&hl=fr&sa=X&ei=SO38U_CGDIbeOPGrgOgG&ved=0CEMQ6AEwBg#v=onepage&q&f=false

Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 27 Aoû - 10:07

Merci cher Saint Eloi pour ces informations complémentaires ! Il est vrai que le couronne que porte la duchesse Alix est à la fois étonnante et intéressante. Je vais commencer quelques recherches pour pouvoir expliquer son étrange forme.

Au plaisir
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Sam 2 Mai - 14:42

Bonjour , Violet le duc dans ces écrits nous parle de la tombe d' Alix de Bretagne et de sa fille Yolande Bien que ceux -ci avait disparu à la révolution .Il nous apprend que les tombeaux étaient recouvert par des poêles de riches étoffes, et illuminées au moyen de porte-lumières. Voici ce qu'il en dit avec un dessin qu'il a réalisé d'après les dessins de Gaigniére .

Les tombes plates de cuivre, isolées étaient très-probablement, comme nous l'avons dit plus haut, protégées à certains jours par des poêles de riches étoffes, et illuminées au moyen de porte-lumières. Nous avons la preuve de cette dernière disposition dans les magnifiques tombeaux de cuivre doré et émaillé qui se voyaient, avant 1793, dans l'église de Villeneuve, près de Nantes, et dont les dessins nous sont conservés dans la collection de Gaignières. L'un de ces monuments, élevé sur la sépulture de deux princesses qui sont Alix, comtesse de Bretagne, morte en 1221, et sa fille Yolande de Bretagne, qui mourut en 1212, date de cette dernière époque. Le vêtement de la comtesse Alix appartient même aux années comprises entre 1225 et 1235. Cette figure était-elle déjà faite alors, ou le statuaire voulut-il reproduire le costume de la princesse, morte en 1221? Nous ne pourrions décider la question; cependant on peut admettre que la statue d'Alix était faite après sa mort, ainsi que la plaque sur laquelle on l'avait fixée (car l'ornementation émaillée de cette plaque est évidemment plus ancienne que celle de Yolande), et qu'après la mort de celle-ci les deux tombes furent encadrées dans un même socle. Quoi qu'il en soit, sur les bordures armoyées qui entourent et séparent les deux plaques, sont disposées douze douilles en forme de fleurettes fermées, qui étaient destinées évidemment à recevoir des bobèches et des cierges, ainsi que l'indique notre figure 29.Les socles très-bas de la tombe jumelle sont également couverts d'émaux armoyés. Aux angles sont quatre lions issants de bronze doré. Le tout reposait sur une marche de pierre.

C'est aux angles de ce socle de pierre que l'on retrouve presque toujours la trace de scellements de métal ou de bases de colonnettes, soutenant l'armature de fer sur laquelle on jetait une étoffe aux anniversaires ou à certaines occasions.Rien n'égale la splendeur de ces monuments de métal doré et émaillé




Voila donc a quoi pouvait ressembler le tombeau des deux duchesses.

Au plaisir .

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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Sam 4 Juil - 20:37

Bonsoir voici trouvé sur gallica dans les dessin de gaigniére une représentation debout du gisant de Jean IV duc de Bretagne ..




au plaisir .


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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 9 Sep - 21:59

bonsoir , en consultant la base de donnée gallica j'ai trouvé une représentation debout du gisant D'Alix de Thouars épouse de Pierre de Mauclerc. Ce dessin fait partie de la collection de Roger Gaigniére



Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Ven 11 Sep - 20:55

Bonsoir ,cher Luke Gray voici un dessin de la collection Gaigniére qui devrait vous intéresser car il s'agit de la représentation du tombeau de la Première femme du duc Arthur III dont vous nous avez raconté l'histoire plus haut .Il s'agit de celui de Marguerite de Bourgogne (1393-1441)


voici le dessin légendé




Biographie


Marguerite de Bourgogne (8 décembre 1393—2 février 1441), fille de Jean sans Peur, duc de Bourgogne et de Marguerite de Bavière. Elle épouse:

en premières noces, au berceau, le premier dauphin Charles de France, duc de Guyenne, dauphin de Viennois, fils du roi Charles VI, né le 6 février 1392, mort le 13 janvier 1401 à l'âge de 9 ans.
en deuxièmes noces, à l'âge de 11 ans, le 31 août 1404 le deuxième dauphin Louis de Guyenne, né le 22 janvier 1397. Le mariage est consommé en juillet 1409. Elle devient veuve le veuve le 18 décembre 1415.
en troisièmes noces, le 10 octobre 1423 à Dijon, le connétable de France Arthur de Bretagne. Elle meurt le 2 février 1442, au terme d'une longue maladie,

Peu après son mariage avec Louis de Guyenne, Christine de Pizan lui dédie en 1405 son Livre des trois vertus à l'enseignement des dames, aussi connu sous le nom de Trésor de la cité des dames.

Localisation du tombeau

Sa tombe se trouvait contre le mur de la chapelle notre dame du mont carmel dans l'église des carmes du grand couvent de Paris .
Sa tombe fut fondue à la révolution .quand au couvent il fut démoli en 1811lors de la création du marché couvert de la place Maubert inauguré en 1819 et de la rue des Carmes..

dessin conservé à la bnf et montrant la démolition du couvent



vue du couvent d’après le plan de Turgot




Au plaisir .


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SAINT ELOI



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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Sam 12 Sep - 22:27

Cher Luke voici la représentation debout du gisant du duc pierre de mauclerc  



Titre(s) :  [Figure de chevalier tenant un écu aux armes de Dreux, au franc quartier d'hermines] [Image fixe] : [dessin]
Publication :  [S.d.]
Description matérielle :  Dessin lavé

Note(s) :  Tiré d'un tombeau de Saint-Yved de Braine
Description iconographique : Pierre de Dreux, dit Mauclerc, duc de Bretagne, mort en 1250
Référence(s) : Gaignières, 95. - "Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaignières et conservés aux départements des estampes et des manuscrits"

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Luke Gray



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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Dim 13 Sep - 10:13

Merci à vous, cher Saint Eloi, pour toutes ces précieuses informations complémentaires ! cheers
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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Sam 2 Juil - 18:36

Bonsoir cher Luke la bnf vient de mettre en ligne le dessin de gaigniere représentant le tombeau de Pierre II et de son épouse bien que vous layez déjà posté le voici dans l'ensemble avec l’épitaphe qui l'entourait

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SAINT ELOI



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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Mer 17 Aoû - 16:58

Cher Luke gray je viens de trouver sur la base de donnée gallica le dessin du tombeau de Arthur III duc de Bretagne dont vous aviez parlé plus haut le voici .


tombeau d’Arthur III




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SAINT ELOI



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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Sam 10 Sep - 21:24

Bonsoir , voici le dessin original de gaigniére représentant le tombeau de Jean V duc de Bretagne qui était situé au milieu du chœur de la cathédrale de Nantes .





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MessageSujet: Re: Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)   Aujourd'hui à 5:56

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Les tombeaux des Ducs de Bretagne (1250-1490)
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