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 Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)

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Luke Gray



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MessageSujet: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Mer 20 Aoû - 0:52

TOMBEAU DU DUC FRANCOIS II DE BRETAGNE
1502-1507, Jean Perréal et Michel Colombe


Provenance : Chapelle des Carmes (Nantes)
Lieu actuel : Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul (Nantes)


Biographie de François II, duc de Bretagne (1435-1458-1488)


Naissance en 1435 de François, fils de Richard d'Etampes, le troisième fils du duc Jean IV. François est donc le neveu des ducs Jean V (mort en 1442) et Arthur III (mort en 1458) et le cousin des ducs François Ier (mort en 1450) et Pierre II (mort en 1457). Si un seul de ces quatre ducs avait eu un successeur, François d'Etampes ne serait jamais devenu le duc François II de Bretagne (curieux hasard de l'histoire qui rappelle l'arrivée des Valois sur le trône de France).

En 1455, François épouse Marguerite de Bretagne, la fille de son cousin François Ier. Après le décès de Marguerite (1469), François II épouse Marguerite de Foix ; il n'a pas d'enfant de son premier mariage, mais Marguerite de Foix lui donne deux filles : Anne et Isabeau.

Prince élégant et ambitieux, il s'oppose aux rois de France, surtout à Louis XI ("l'universelle aragne") qui règne de 1461 à 1483. Patiemment, ne reculant devant aucun procédé, ce roi tisse la toile dans laquelle les ducs de Bourgogne et de Bretagne vont peu à peu s'enliser. François II est l'allié des ennemis du roi, et ses troupes affrontent celles de Louis XI puis celles de la régente Anne de Beaujeu et du jeune Charles VIII, les enfants de Louis XI.

François II fondera l'Université de Nantes (1460) et le Parlement de Bretagne (1485). En 1486, il fait reconnaître les droits de ses filles par les états de Bretagne. Deux ans plus tard, les armées ducales sont vaincues à Saint-Aubin-du-Cormier par celles du roi Charles VIII, le 28 juillet. Conduite par La Trémoille, plus nombreuse et mieux organisée, l'armée française perd beaucoup moins d'hommes que celle de François II pourtant soutenue par des contingents étrangers. En quelques heures l'armée bretonne perd la moitié de ses combattants (5000 à 6000 morts). La paix, signée le 20 août 1488 au château du Verger, est contraignante pour le duc qui s'éteint peu après, le 9 septembre, à Couëron, près de Nantes.


Biographie de Marguerite de Foix, épouse de François II

Fille de Gaston IV de Foix-Béarn, comte de Foix, et d'Eléonore Ière de Navarre, reine de Navarre, Marguerite de Foix naît vers 1458 et devient duchesse consort de Bretagne suite à son mariage avec le duc François II, à Clisson, le 27 juin 1471.

De cette union naîtront deux filles, Anne, qui deviendra duchesse de Bretagne puis reine de France, et Isabeau, qui mourra en 1490 à l'âge de 12 ans. La duchesse meurt à Nantes le 15 mai 1486 et sera inhumée dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes.

Marguerite de Foix léga à sa fille Anne le spinelle Côte-de-Bretagne, qui entra dans le Trésor Royal sous le roi François Ier. Retaillé sous le règne de Louis XV en forme de dragon pour intégrer l'insigne de la Toison d'or, il est aujourd'hui conservé parmi les autres joyeux de la Couronne de France au musée du Louvre, dans la galerie d'Apollon.


Histoire de la chapelle des Carmes, premier lieu de sépulture

Le couvent des Carmes de Nantes fut fondé en 1319 par le vicomte de Donges, Thibault de Rochefort, qui l'installa dans son hôtel particulier (l'Hôtel de Rochefort). Ils rencontrèrent bientôt l'hostilité de leurs voisins, les Cordeliers, qui firent valoir un de leur privilège accordé quelques années plus tôt par le pape Clément IV et qui stipulait qu'aucun autre ordre religieux ne pouvaient s'approcher d'eux à moins de trois cent mètres. Les Carmes déménagèrent donc en 1325.

Au 14e siècle, les Carmes construisent leur chapelle (1365-1372) et leur couvent (1369-1384). En 1420, le duc Jean V, suite à un vœu qui se réalisa, dota l'établissement de son poids en pièces d'or, ce qui permit aux religieux d'agrandir leurs bâtiments et d'acquérir de nombreuses terres.

Au 16e siècle, l'ordre attire beaucoup de religieux. En 1622, l'ensemble du couvent est reconstruit. Une dizaine d'années plus tard, les Etats de Bretagne se tiennent en leur enceinte (1636-1638).

A la Révolution, les religieux sont dispersés, le mobilier est vendu, et les tombeaux sont détruits ou évacués. Parmi ces tombes, nous pouvons citer celles du fameux Gilles de Retz et du comploteur Pontcallec. En 1802, la nef est transformée en spectacle, mais le bâtiment se dégrade si vite, qu'au début du 20e siècle peu de parties sont encore visibles. Depuis 1975, il ne subsiste plus rien du couvent des Carmes.


Histoire du tombeau de François II et de Marguerite de Foix


Lorsqu'il meurt à Couëron le 9 septembre 1488, François II émet le vœu de se faire inhumée dans la chapelle des Carmes où sa première épouse, Marguerite de Bretagne, avait été inhumée en 1469.

A la fin de l'année 1498, alors qu'elle attend l'arrivée de Louis XII, son futur époux, la duchesse Anne de Bretagne, fille du défunt duc, commande trois tombeaux :

- Le premier, destiné aux deux enfants morts en bas âge issus de son union avec Charles VIII et destiné à l'abbatiale Saint-Martin de Tours (article ici)
- Le second, pour Charles VIII et destiné à l'abbatiale de Saint-Denis (article ici)
- Le troisième, pour son père et sa mère, destiné au chœur de la chapelle du couvent des Carmes à Nantes

Pour ce dernier, elle envoi un certain Guillaume Bonino en Italie entre décembre 1499 et janvier 1500 pour faire l'acquisition des marbres blancs, noirs et rouges que sa réalisation demandait. Le plan du tombeau fut dessiné par Jean Perréal (v.1455-v.1528), qui était alors l'intendant artistique du roi, en plus qu'un architecte, qu'un peintre et qu'un décorateur.

Les travaux du tombeau nantais sont confiés en 1502 à Michel Colombe (v.1430-1515), sculpteur breton possédant une immense renommée. Les travaux sont presque terminés lorsque, en 1506, la duchesse Anne obtient une dispense papale de Jules II l'autorisant à faire transférer les restes de sa mère, alors inhumée depuis 1486 dans la cathédrale de Nantes, auprès de son père, dans la chapelle des Carmes. Cette opération est réalisée l'année suivante, à la même date que l'achèvement du tombeau.

Dans une lettre de 1511, le peintre Jean Perréal s'attribuait un rôle décisif dans la conception et la maîtrise d'œuvre du tombeau, mais c'est bien à Michel Colombe, à ses "deux compaignons tailleurs d'images" (dont Guillaume Regnault) et aux deux "tailleurs de massonnerie antique italiens" (dont Jérôme Pacherot), qu'il convient d'en attribuer le décor sculpté.

En 1514, la reine Anne de Bretagne est inhumée dans la basilique de Saint-Denis, comme tous les monarques capétiens. Seul son cœur, déposé dans un reliquaire en or, est placé dans le tombeau familial.

Si la Révolution causa un tort certain à la chapelle des Carmes, les prémices de ces attaques se firent sentirent dès la fin de l'Ancien Régime. Ainsi, en 1727, sur la demande du procureur syndic, du maire et des échevins de la ville de Nantes, on procéda à une ouverture brutale du tombeau.

En 1791, les religieux sont dispersés et le mobilier vendu. L'année suivante, les bâtiments, dont la chapelle, sont vendus comme biens nationaux. Les trois cercueils de François II, de son épouse Marguerite, et de sa fille Anne, sont déplacés dans la crypte de la cathédrale et le tombeau est caché pour le sauver d'une destruction certaine. Un document récent date cet évènement du 17 février, et nous précise que le tombeau fut caché "près de la cour des noyers par le fermier exploitant l'enclos des Ursulines". D'autres "sauveurs" ont été avancés, parmi eux l'ingénieur géographe Jean-Baptiste Ogée et l'architecte et urbaniste Mathurin Crucy.

Le tombeau sera finalement redécouvert en 1800 et, selon le vœu de Mathurin Crucy, on voulu utiliser les quatre figures de vertu du tombeau pour les placer à la base d'une colonne élevée à la mémoire des braves. Cependant, il semble que les figures de la Tempérance et de la Sagesse ont sans doute paru hors de place dans cet agencement. Une lettre du frère de Napoléon, le ministre de l'Intérieur Lucien Bonaparte, datée du 22 thermidor An VIII (9 août 1800), notifie au préfet de Nantes Le Tourneur l'abandon de ce malencontreux projet.

Le tombeau, pendant plusieurs années, sera exposé au grand air pour laisser le marbre retrouver sa blancheur et, en 1817, le monument est transféré dans un croisillon du transept sud de la cathédrale de Nantes, où il se trouve encore aujourd'hui, et sera classé au titre "immeuble" des Monuments Historiques en 1862.


Dernière édition par Luke Gray le Dim 24 Aoû - 16:04, édité 1 fois
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SAINT ELOI



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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Mer 20 Aoû - 21:17

cher ami passionnant et quand je vois ce tombeau j'en reste sans voix quelle chance qu'il ait pu être caché .

Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Jeu 21 Aoû - 19:17

Cher Luc voici trouvé sur gallica une estampe représentant le tombeau du duc François et de son épouse ou la on distingue bien le gisant de Marguerite de Foix



Notice de l'oeuvre

Auteur(s) : Pitau, Nicolas (1670-1724 ). Graveur
Titre(s) : Tombeau de François II et de Marguerite de Foix [Image fixe] : [estampe]
Publication : [S.l.] : [s.n.], [s.d.]
Description matérielle : 1 est.

Note(s) : Planche extraite de Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I.er p. 800
Référence(s) : Hennin, 170

Autre(s) auteur(s) : Chaperon, Fr. Jean. Dessinateur du modèle
Sujet(s) : Date de l'événement : 1488-09-09

Genre iconographique : Scènes historiques -- 15e siècle

Appartient au recueil : [Recueil. Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l'Histoire de France]. Tome 2, Pièces 83 à 177, période : 1356-1498]

Au plaisir .

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Luke Gray



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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Ven 22 Aoû - 8:55

Merci cher saint Eloi d'avoir partagé cette image qui est le second versant de l'image que j'avais précédemment postée, et qui est prise du côté de l'effigie de la duchesse Marguerite de Foix.

La suite de l'article arrive bientôt !
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Luke Gray



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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Dim 24 Aoû - 18:51

Description du tombeau de François II et de Marguerite de Foix

Introduction


Le monument funéraire du Duc et de la Duchesse de Bretagne, sauvé de la fureur révolutionnaire, est transféré dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes en 1817. Ce tombeau est aujourd'hui considéré comme un chef-d'œuvre de l'art de la Renaissance français, exécuté au tout début du 16e siècle par Michel Colombe et Jean Perréal, avec, on le pense, l'intervention de l'italien Girolamo Da Fiesole.

Le tombeau se compose d'un sarcophage massif et rectangulaire, mesurant 3m90 de longueur pour 2m33 de largeur et 1m27 de hauteur, de deux gisants représentant les parents de la reine Anne de Bretagne, et d'une dalle de marbre noir sur laquelle reposent ces derniers. Aux quatre coins se dressent quatre statues en pied, représentant chacune une des vertus cardinales (la Justice, la Force, la Tempérance et la Prudence). Tout autour du tombeau sont aligné une série de seize statues, les douze apôtres, mais également les représentations des rois Saint Louis et Charlemagne, et des saints François et Marguerite (saints patrons des deux défunts). Au-dessous de ces statues sont placés des priants (ou pleurants) nichés à l'intérieur de médaillons en coquille.

Les gisants du duc et de la duchesse


Les effigies des parents de la duchesse Anne sont bien peu respecté par les visiteurs, dont l'admiration ne semble se porter que sur les effigies des vertus encadrant le monument. Cependant, ces gisants sont techniquement et artistiquement admirables.

Les deux souverains bretons sont représentés couronnés et les mains jointes en prière. Figés dans la pierre avec un air de quiétude, de foi et de dignité que leur procurait leur rang, ils sont habillés en grande tenue d'apparat semées d'hermines. Grâce à la virtuosité de Michel Colombe et à la qualité du marbre blanc de Carrare, les moindres détails apparaissent avec une vive intensité.

La dalle de marbre noir sur laquelle ils reposent nous amène à citer la revue de l'Inventaire Général des monuments de France : "Les marbres noir et rouge furent achetés à la fabrique de la cathédrale de Florence, grâce à un tailleur de maçonnerie originaire de Fiesole, Jérôme Pacherot. A Tours, celui-ci réalisa la partie ornementale avec un autre italien, dans l'atelier de Michel Colombe." De fait, l'influence italienne de la Renaissance est ici très importante, tant dans le traitement technique que dans l'esprit artistique d'ensemble.


Au-dessus des têtes des deux gisants, trois angelots sont agenouillés, tenant entre leurs mains les épais coussins sur lesquels ils reposent. Ils sont vêtus de robes dont le traitement des drapés est à remarquer. Leur visage est respectueux, non pas dans une expression de douleur, avec une certaine humilité face aux personnages dont ils ont la charge.


Aux pieds des deux gisants sont exécutés deux animaux, un lion et un lévrier, empreints de dignité et de fierté. Le lion, aux pieds de François II de Bretagne, symbole de force, est un soutien classique de l'héraldique bretonne. Tourné vers l'extérieur, il présente entre ses pattes avant les armoiries de la Bretagne surmontées d'une couronne. Le lévrier, aux pieds de Marguerite de Foix, lui, est un symbole de fidélité. Tourné à l'opposé du lion, il tient entre ses pattes les armoiries composées en partie de celles de la Bretagne (partie gauche) et celles de Foix-Béarn-Navarre (partie droite, armes hérités de son père, Gaston IV de Foix Béarn, et de sa mère, Eléonore de Navarre), ainsi que le cordon de l'Ordre de la Cordelière, créé par Anne de Bretagne après la mort de ses parents.

Les flancs du tombeau


Les niches, entourant tout le pourtour du tombeau, sont exécutés avec un alliage de marbre rose et de marbre blanc, et encadrées de très fines sculptures de motifs végétaux. Chacune de ces niches abritent des statues. Au niveau des têtes et des pieds des deux gisants sont situées les effigies des rois Charlemagne et saint Louis, représentants du pouvoir temporel, et des saints François d'Assise et Marguerite, saints patrons du duc et de sa femme et représentants du pouvoir spirituel.


Sur les côtés sont représentés les douze apôtres, reconnaissables à leurs attributs, mais qu'il est parfois difficile de distinguer. Bien heureusement, Duret et Russont ont réussi à les identifier. Les voici dans l'ordre : Saint Pierre (clefs), saint Paul (épée), saint André (croix en forme de X), saint Jacques le Mineur (foulon et livre), saint Jean (calice), saint Philippe (croix), et de l'autre côté du tombeau saint Mathieu (massue), saint Barthélémy (coutelas), saint Thomas (équerre), saint Jacques le Majeur (pique), saint Simon (scie), et saint Jude (hache). Cependant, cette liste inclut saint Paul, qui n'était pas un apôtre et ce qui n'est pas exceptionnel en soi. Il y a donc eu une exclusion qui serait, si l'on procède par élimination, à Matthias, qui remplaça Judas.


Sous les statues des apôtres et des saints et rois précédemment cités, sont disposés une série de seize médaillons représentant des priants, ou pleurants, drapés et encapuchonnés de noir. Ils sont assis ou agenouillés dans différentes postures de prière, et leur corps s'inscrit dans le cercle d'une coquille marine qui tient lieu de fond.

Les statues d'angle

Les quatre statues qui entourent le tombeau et qui représentent les vertus cardinales sont particulièrement intéressante, témoignant du génie de leur créateur, Michel Colombes. Elles sont les indicatrices du chemin vertueux que le prince et tout homme sont appelés à suivre, et non pas une idée d'associer ces vertus aux deux défunts (qui ne les empêche pas d'avoir été vertueux, sans doute).

Il s'agit de quatre femmes figurées en pied, postées à chacun des coins du tombeau. Elles font un parallèle intéressant avec les vertus du cénotaphe de La Moricière, autre monument important de la cathédrale (voir ici). Passons à leur étude.


La Force est située aux pieds du gisant de François II. Contrairement aux autres vertus, elle est vêtue d'une armure et d'un imposant casque (qui se prolonge sur la nuque) en métal finement ouvragé, images de la force virile. A ses épaules sont fixés deux longs pans de drap, qui lui recouvrent les épaules, s'enroulent autour de ses bras et viennent se nouer gracieusement à l'avant de sa robe. L'amure, ne lui couvrant pas les bras, ils se laissent voir à demi dénudés et font sentir une musculature puissante.
Dans l'iconographie de cette vertu, elle est souvent représentée appuyée contre une colonne ou une tour. Ici, la jeune femme maintient d'une main une petite tour ronde en pierre, au toit pointu, semblable à une tour d'angle de château. De l'autre main, elle tient fermement par le cou un dragon qu'elle s'emploie à extirper de la tour dans laquelle celui-ci s'était installé. Le geste ne semble demander aucun effort à la jeune femme. Toutefois, l'expression de son visage nous touche particulièrement : ce n'est pas le regard du soldat victorieux, ni l'arrogance du guerrier qui apparaissent, en dépit de l'armure, mais presque une expression de peine, de douleur rentrée, comme si l'effort d'arracher le dragon de la tour, de distinguer ainsi le Bien du Mal en quelque sorte, ne se faisant pas sans un combat intérieur. Elle rappelle le rôle du chevalier chrétien dans la défense de la foi, triomphant du vice et de la tentation.


La Tempérance est située aux pieds de Marguerite de Foix. Elle est habillée de manière assez simple, une cape lui recouvre les épaules et se ferme sur la poitrine par une grande broche. Son attitude et les traits de son visage sont toutefois décidés moins réservés que pour la Prudence. Ses attributs sont d'une part un mors, qu'elle tient de la main droite et qui symbolise le frein à apporter à ses pulsions, la conduite raisonnée, et d'autre part une horloge, une curieuse horloge presque cubique, sorte de boîte qui peut s'ouvrir sur le côté (de petites charnières apparaissent), et cette horloge représente bien-sûr le temps qu'il faut savoir respecter, et qui atténue les passions. Elle symbolise également ma mesure du temps qu'il ne faut pas gaspiller en vanités, mesure en tout pour éviter l'excès. Elle rappelle que le prince doit rechercher le juste milieu, l'équilibre. Son habit, presque monacal, exprime le refus des tentations de la chair qui mènent justement à l'excès.


La Justice est située à la tête de François II. Sa symbolique est plus facile à deviner, ayant traversé les âges plus que les autres sans doute. Elle tient un glaive imposant en sa main droite, et dans sa main gauche un livre illustré d'une balance. Loin de l'humilité de l'humilité des représentations de la Prudence et de la Tempérance, la Justice est richement et noblement habillée. Elle porte une couronne fleurdelysée (arborant la fleur de lys, emblème royal), ses bras sont recouverts d'une armure, et elle porte un surcot ouvert semé d'hermines. Les drapés sont très travaillés, tant pour les plis du manteau qui revient largement vers l'avant et que la jeune femme tient avec un livre de la Loi, que pour la curieuse écharpe nouée sur l'arrière de la couronne, et dont un des pans vient recouvrir la pointe de l'épée : "Rendre la justice, mais ne pas détruire la personne". Le glaive châtie et la balance pèse la gravité du crime ou le poids des arguments des deux partie. La couronne rappelle que le prince exerce le rôle de juge et d'arbitre.

Il est difficile de ne pas remarquer l'accumulation de symboles politiques, et de représentations du duché de Bretagne, d'autant si l'on observe les gisants, on s'aperçoit qu'eux aussi sont couronnés et arborent leurs tenues d'apparat, semées d'hermines noires. En fait, la tenue de Marguerite de Foix est presque identique à celle que porte la noble et digne Justice. On peut à ce sujet remarquer deux choses : d'une part qu'il y avait là une volonté de rapprocher l'idée de justice et le pouvoir ducal, les sujets du duc attendant de lui la justice avant tout. Ce serait une sorte de message politique. D'autre part, on pense (selon les travaux d'Eusèbe Girault de Saint-Fargeau) que la femme représentée ici aurait très vraisemblablement emprunté ses traits à ceux d'Anne de Bretagne, commanditaire du tombeau ne l'oublions pas, et personnage politique très important du début du 15e siècle : "Sous le costume et sous les attributs de reine et de duchesse, avec la couronne fleurdelysée et fleuronnée sur la tête". La mise en scène de sa propre personne, sous des traits aussi vigoureux et représentant une vertu aussi importante politiquement parlant, ne pouvait que servir ses intérêts.


La Prudence est située à la tête de Marguerite de Foix. Elle tient dans sa main droite un compas, pour régler sa conduite et mesurer la portée de ses actes. La jeune femme se regarde dans un miroir à main qu'elle élève de sa main gauche, ce miroir symbolisant la mesure et non la vanité : on peut considérer qu'elle observe ses propres pensées pour mieux les contrôler et mieux se connaître, mais aussi qu'elle garde toujours un regard vers l'arrière pour ne pas se précipiter en avant.

Portons d'ailleurs, nous aussi, notre regard de visiteur vers l'arrière : cela nous permettra de constater que l'arrière de la tête de la Prudence est constitué d'un autre visage, celui d'un vieillard à la longue barbe et aux rides marquées. Ce visage est porteur de tout le poids du passé, mais aussi de son expérience et de sa sagesse, qui doivent guider les pas de la Prudence. Outre la réalisation délicate de cette curieuse tête à deux faces, on s'intéresse d'autant plus à ce vieillard qu'il est très probable que Michel Colombe, son auteur, s'y soit représenté lui-même. Aux pieds de la statue s'enroule un serpent : comme lui, la Prudence s'efforce d'avancer avec souplesse, méfiance et circonspection.


Notons enfin la façon dont la jeune femme est habillée : elle porte une robe recouverte d'une longue cape, dont elle tient un pan en même temps que son miroir. Elle est coiffée d'un chaperon, lui-même recouvert d'un voile très simplement noué sur sa poitrine. De fait, c'est une impression de simplicité qui s'exprime avant tout, on ne ressent aucun effet vestimentaire pour impressionner ni se mettre en valeur. La ceinture de simple corde accentue encore ce trait.

Conclusion

Il est touchant de penser que ces deux statues, la Prudence et la Justice, dressées côté à côté à la tête des gisants, arborent les visages du sculpteur d'une part, et de la commanditaire d'autre part. Cela personnalise l'ensemble, qui par ailleurs est empreint d'humanité, de sentiment et de noblesse, et qui constitue à ce titre le plus bel ornement de la cathédrale, et sans doute un des plus beaux chefs-d'œuvre de l'époque.

Pour finir, je vous partage ce poème de René Kerviler, ingénieur, archéologue et bibliographe breton du 19e siècle, écrit en hommage à ce tombeau :

Sur le marbre couchés, le Duc et sa compagne
Semblent dormir en paix et respirer encore
Et leur fier lévrier, au collier bouclé d'or,
Veille à leurs pieds, portant l'écusson de Bretagne.

Autour du lit ducal, saint Louis, Charlemagne,
Apôtres et Vertus, descendus du Thabor,
Protègent le dernier souverain de l'Armor,
Et lui gardent sa place à la sainte montagne.

O sculpteur ! ton ciseau cher à nos cœurs bretons
En dentelant la pierre anima nos festons :
De l'immortalité ton œuvre a l'assurance.

A tes noms empruntant une double beauté,
De la blanche colombe elle a pris l'élégance
Et du grand saint Michel l'austère majesté.
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Luke Gray



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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Dim 24 Aoû - 20:42

Bonsoir,

En bonus, je vous partage ce site, créé par Hervé Delboy, rapprochant les symboliques du tombeau à l'alchimie.

http://herve.delboy.perso.sfr.fr/gardes_corps.htm

Au plaisir
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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Dim 24 Aoû - 21:00

Cher Luke , que dire sinon bravo votre sujet est vraiment passionnant et quelle travail de recherche .Ce tombeau à eu vraiment beaucoup de chance et quelle beauté.Mais n'est ce pas dans ce tombeau que fut déposé le cœur de la reine Anne de Bretagne à sa mort ou bien je me trompe ?

Au plaisir .
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Luke Gray



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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Dim 24 Aoû - 22:31

Cher Saint Eloi,

En effet, le reliquaire en or du cœur de la reine Anne de Bretagne a bien été déposée dans le caveau familial du couvent des Carmes à sa mort en 1514.

Ce reliquaire doré, sauvé des foudres révolutionnaire lors de la destruction des Carmes, se trouve aujourd'hui au musée Dobrée de Nantes.

Au plaisir.
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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Jeu 12 Mar - 20:22

Bonsoir, voici trouvé sur Gallica dans le fond des dessin du collectionneur Roger de Gaigniére une estampe représentant le gisants du duc François II en position debout .

Représentation du duc François II




Description matérielle : Dessin lavé

Note(s) : Tiré d'un tombeau des Carmes de Nantes
Description iconographique : François II, duc de Bretagne, mort en 1488
Référence(s) : Gaignières, 767. - "Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaignières et conservés aux départements des estampes et des manuscrits.

Au plaisir

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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Sam 12 Sep - 21:57

Bonsoir chers amis voici pour compléter le post précédent le dessin du gisant de Marguerite de Foix appartenant à la collection Gaigniére et qui est représenté en position debout .



Notice


Titre(s) : [Figure de femme représentée debout] [Image fixe] : [dessin]
Publication : [S.d.]
Description matérielle : Dessin lavé

Note(s) : Tiré d'un tombeau des Carmes de Nantes
Description iconographique : Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, morte en 1487
Référence(s) : Gaignières, 769. - "Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaignières et conservés aux départements des estampes et des manuscrits

Au plaisir
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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Sam 6 Aoû - 21:24

Bonsoir gallica vient de mettre en ligne le dessin de la collection Gaigniére représentant le tombeau du duc de Bretagne François II le voici.



au plaisir.
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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Jeu 8 Sep - 21:40

La base de donnée gallica de la bnf à mis en ligne deux nouveaux dessin de la collection Gaigniére montrant le tombeau vu du dessus et vu du coté de la duchesse .Les voici

Le tombeau vu du dessus






le tombeau vue du coté droit



Au plaisir .
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MessageSujet: Re: Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)   Aujourd'hui à 5:57

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Tombeau de François II de Bretagne au Couvent des Carmes (aujourd'hui dans la cathédrale de Nantes)
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