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Le couvent des Jacobins de Paris et ses tombeaux
Arrivés à Paris en 1277, installés rue Saint-Jacques (d’où leur nom), les dominicains bénéficièrent de la protection de Saint-Louis qui fit achever leur église, détruite avec le couvent à la Révolution. Saint Thomas d’Aquin y prêcha. Jusqu’en 1382, les pères se succédèrent dans la charge de confesseur du Roi . Le monastère occupait l’espace contenu aujourd’hui entre le Sud de la Sorbonne et le haut de la rue Soufflot.
Portail du XV° s. du couvent des Jacobins donnant sur la rue Saint-Jacques.
Eau-forte dans Aubin-Louis Millin, Antiquités nationales..., 1790
Bibliothèque Historique de la ville de Paris / Cliché G. LeyrisDe par l’influence de ces dominicains, cette église fut donc le lieu de sépultures princières le plus prisé aux XIII° et XIV° siècles, aussi bien pour les corps que pour les cœurs et entrailles. Elle était réputée pour ses très nombreux monuments funéraires. Bien peu, hélas, sont parvenus jusqu’à nous après la tempête révolutionnaire.
Deux frères de saint Louis, morts hors de France, avaient légué aux Jacobins leur cœur :
- Pierre d’Alençon (+ 1283)
- Charles d’Anjou, roi de Sicile (+ 1285) ; c’est en 1326 que la reine Clémence de Hongrie fit élever le tombeau de son aïeul Charles. Aussi le gisant est-il vêtu comme ceux des autres chevaliers de ce temps : haubert de mailles au chaperon rabattu, couvrant les jambes, protégées par des plaques de métal, cotte d’armes et large baudrier. La couronne, l’épée en pal (aujourd’hui perdue) et le cœur tenu de la main gauche, indiquent le rang du personnage et le rôle du monument [ Ce gisant de cœur se trouve maintenant à Saint-Denis. ]
Gisant de coeur de Charles d'Anjou - © CMN Paris Autres cœurs et entrailles :
- le cœur du roi Philippe III le Hardi, déposé par son fils Philippe le Bel.
- le cœur de la seconde épouse de Philippe III, Marie de Brabant (+ 1321)
- le cœur du roi Charles IV (+ 1328)
- les entrailles du roi Philippe V (+ 1322)
La reine Clémence de Hongrie (+ 1328), seconde épouse de Louis X le Hutin, souhaita que son corps repose aux jacobins, près de son ancêtre Charles d’Anjou. [ le gisant est maintenant à Saint-Denis ]
Le choix des deux frères de Philippe le Bel pour les jacobins entraîna aussi celui des maisons de Valois et d’Evreux dont ils étaient les fondateurs.
Pour les Valois :
- le corps de Charles de France, comte de Valois (+ 1325) et père du roi Philippe VI, y fut enterré entre ses deux premières femmes, Marguerite de Sicile et Catherine de Courtenay. Il gisait sous une tombe surmontée d’une effigie aux traits sévères. [ Le gisant de Charles de Valois est maintenant à Saint-Denis ]
- le tombeau des entrailles du roi Philippe VI (+ 1350)
- le tombeau de Charles d’Alençon, frère de Philippe VI, tué à la bataille de Crécy en 1346
[ Son gisant est maintenant à Saint-Denis ]
- le tombeau de Marie d’Espagne (+ 1379), veuve de Charles d’Alençon ; le gisant serait de Jean de Liège, vêtu et coiffé à la mode de la fin du siècle. [ le gisant est maintenant à Saint-Denis ]
Gisant de Marie d'Espagne - © Ciccione - le tombeau d’Agnès, fille du roi Jean II, morte en bas âge.
Pour les Evreux :
- le corps de Louis de France, comte d’Evreux (+ 1319) et de sa ravissante épouse, Marguerite d’Artois (+ 1311) dont le visage, encadré de boucles massées sur les tempes, est enserré par guimpe et mentonnière, selon le mode du 1° quart du XIV° s . [ Les gisants des deux époux sont maintenant à Saint-Denis ]
Le beau visage du gisant de Marguerite d'Artois - © CMN ParisLeurs enfants :
- Charles, comte d’Etampes (+ 1336) [ Le gisant est aujourd’hui à Saint-Denis ]
- les cœurs de Philippe d’Evreux (+ 1343) et de sa femme Jeanne (+ 1343) fille du roi Louis X et héritière du royaume de Navarre. [ Deux masques, vestiges des monuments de ces derniers exécutés par leur fille Blanche, dite Belle Sagesse, seconde épouse du roi Philippe VI, sont aujourd’hui au Musée du Louvre ]
Des membres de la famille Artois étaient aussi présents aux jacobins :
- Philippe d’Artois, seigneur de Conches (+ 1298), petit-fils de Robert, frère de saint Louis (+ 1298)
- son épouse Blanche de Bretagne (+ 1327)
On y trouvait aussi le tombeau, recouvert d'une grande plaque de cuivre doré, du dernier dauphin du Viennois, Humbert (+ 1355) qui s'était retiré aux Jacobins de Paris; après lui, le Dauphiné passa directement à la couronne. Une plaque rue Soufflot, sur la façade d'un immeuble, rappelle aujourd'hui l'emplacement de la chapelle où il était inhumé.
"Tombe de cuivre jaune contre la clôture du Grand autel et les chaires des religieux dans l'église des Jacobins de la rue Saint-Jacques".
Sépulture d'Humbert de La Tour du Pin, dernier prince du Dauphiné qui prit l'habit dominicain en 1351 -
Paris, © BNFMais surtout, l’église renfermait les tombeaux des premiers ducs de Bourbon, en la chapelle Saint-Thomas d’Aquin. Il n’en reste malheureusement plus rien, à l’exception de la statue de Béatrice de Bourbon..
- Robert, comte de Clermont et duc de Bourbon (+ 1318), sixième fils de saint Louis
- Louis I°, duc de Bourbon (+ 1342)
- Pierre I° (+ 1356)
- Marguerite, comtesse de Namur (+ 1309), fille de Robert I°
- le cœur de la reine Jeanne (+ 1378), femme du roi Charles V et fille de Pierre I°
- Béatrice (+ 1383), veuve du roi de Bohême Jean l’aveugle, héroïque combattant tombé à Crécy, fille de Louis I°. Remariée ensuite à Eudes de Grancey.
[ Sa statue n’est pas un gisant, mais une effigie debout, mains jointes ; elle est maintenant à Saint-Denis ]

© CMN Paris
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