Saint-Denis, cimetière des Rois

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 Les corps de Louis XVI et de Marie Antoinette

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Alexandre Lenoir



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Date d'inscription : 25/03/2011
Age : 49
Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: Les corps de Louis XVI et de Marie Antoinette   Dim 1 Mai - 12:29

Les corps de Louis XVI et de Marie Antoinette

Louis XVI et Marie Antoinette furent guillotinés dans les circonstances que l'on sait les 21 janvier et 16 octobre 1793.
Les deux cadavres ont été enterrés en profondeur, recouverts de chaux vive, au cimetière de la Madeleine (emplacement de l'actuelle Chapelle expiatoire). Ils furent redécouvert 22 ans plus tard à la suite de recherches ordonnées par Louis XVIII, et portés par de solennelles funérailles en la basilique de Saint Denis où ils reposent aujourd'hui dans le caveau sous la crypte centrale.
Il n'est pas ici question de revenir sur ces événements qui nécessiteraient une étude très détaillée, mais de répondre à une controverse.

Il est en effet parfois dit que si le corps féminin reposant à Saint-Denis est bien celui de Marie Antoinette, il y aurait un doute pour celui de Louis XVI. On entend même certains commentaires des visites de la basilique être catégoriques : ce ne serait pas le corps de Louis XVI.
Revenons aux faits.


Etat de la crypte central de Saint-Denis (XIX° S. jusqu'en 1975) avant le nouvel aménagement de Formigé.
Les cercueils de Louis XVIII et des siens, de Mesdames filles de Louis XV, de Louise de Lorraine (épouse d'Henri III), de Louis VII, de Louis XVI et de Marie Antoinette y étaient rassemblés en deux rangées sur des tréteaux. On les a descendus vers 1977 dans le caveau en dessous.
A la place ont été déposées des dalles de marbre noire avec les noms des princes .

On ne voit ici que la rangée de droite. Au fond de l'abside de la crypte, l'armoire des coeurs, aujourd'hui détruite.
On aperçoit les deux cercueils contenant les restes supposés de Louis XVI et de Marie Antoinette juste au milieu

Archives Photo



La thèse des Girault de Coursac
Paul et Pierrette Girault de Coursac sont célèbres pour leurs études consacrées à Louis XVI. Celles-ci, construites à partir de longues recherches dans les archives de plusieurs pays, ont fait considérablement avancer la connaissance de la personne du Roi et de sa politique. Elles sont aussi marquées par une objectivité légèrement dissymétrique en faveur du roi et au dépens de la reine, avec une tendance à surinterpréter certains documents dans le sens de complots permanents.
La redécouverte des corps royaux suppliciés ne fait pas exception à ce travers dans leur analyse. C'est ainsi qu'a été lancé l'affirmation que l'on n'aurait pas retrouvé le corps de Louis XVI en 1815, révélation qui allait connaître une étonnante fortune.
Selon P.et P. Girault de Coursac, on ne retrouva presque rien du corps du roi, que de la chaux et des débris de planches mêlés à de la terre - ce qui est un fait. Pour satisfaire Louis XVIII qui croyait utile à sa cause les funérailles grandioses à Saint-Denis, on aurait improvisé un cadavre de Louis XVI avec un des nombreux squelettes de décapités, enterrés là pendant la Terreur. En effet, on n'a pas retrouvé de vêtement (la chaux ne les détruit pas) ni l'anneau du sacre. Or, expliquent les Coursac, il est impossible que l'on ait pris l'anneau après l'exécution; car le cadavre avait les mains gonflées par la corde et il aurait fallu lui couper le doigt pour enlever l'anneau, ce qui aurait été impossible sans attirer l'attention des soldats de l'escorte. Le bourreau s'est donc contenté de prendre ses souliers.
On aurait donc bien retrouvé la reine - point sur lequel tout le monde est d'accord - mais pas le roi.

Extrapolations
Partant de cette analyse, certains esprits iconoclastes ont voulu en rajouter tout en versant dans l'approximation. Comme il y avait des cadavres de guillotinés partout on a dû se tromper de corps. De toutes façons on n'aurait jamais pu reconnaître celui de Louis XVI. Des corps avec la tête entre les jambes, il y en avait beaucoup dans le secteur. Ce sont ces idées lancées qui se répercutent jusqu'au commentaire de certains guides de la basilique.

Pourtant, la plupart des historiens, même s'ils restent prudents, croient en l'authenticité de ces restes.

Retour aux sources
Ce qui frappe lorsque l'on se penche sur les archives en question, c'est que l'enquête de 1815 a été faite avec sérieux et rigueur, sans sollicitation poussive. Le désir de Louis XVIII n'était pas de monter à tout prix un faux Louis XVI ou une Marie Antoinette de paille, mais bien de retrouver les restes de son frère et de sa belle soeur, et aussi de Louis XVII et de Madame Elisabeth (j'insiste sur ce point).
Ce sont les mêmes noms d'enquêteurs qui seront plus tard chargés de retrouver les deux grandes fosses aux ossements royaux, au Nord de la basilique de St Denis, issues des profanations d'octobre 1793. La qualité de leur longue enquête, avec échecs, persévérance, puis succès, ne fait aucun doute.
Voir un complot orchestré par Louis XVIII a d'autant moins de sens que celui-ci aurait eu davantage intérêt à ce que l'on retrouve le corps de Louis XVII, plutôt que ceux de ses parents ! Retrouver le corps de l'nfant du Temple permettait de couper court à toute contestation de légitimité de l'ancien comte de Provence, tout en évitant l'apparition d'imposteurs prétendant être e fils de Louis XVI ! Or, jamais le gouvernement royal n'a été tenté d'orchestrer une enquête bidon ou de falsifier des documents. Les recherches des policiers furent exhaustives mais lorsqu'on s'aperçut que l'on ne pourrait jamais retrouver le corps, on n'en a pas construit un fictif ! Les recherches furent arrêtées. De même pour Madame Elisabeth. Le lieu où la malheureuse princesse a été jetée, face contre le fond d'une fosse, les mains liées derrière le dos, a bien été circonscrit par les policiers. Mais il s'agissait d'une fosse commune où se trouvait de nombreux corps et les crânes étaient mélangés ; les corps n'ont donc pas été exhumés et Elisabeth se trouve aujourd'hui dans le sous-sol parisien ou aux Catacombes.

A l'inverse, pour le roi et la reine, non seulement les documents d'archives étaient clairs, mais les témoins de l'inhumation ont pu être retrouvés en 1815. Il apparut vite que les circonstances de celle-ci permettaient d’être optimiste.

Dès son retour en 1814, Louis XVIII chargea Henri d’Ambray, chancelier de France, de constater toutes les circonstances qui avaient précédé, accompagné, et suivi les inhumations de Louis XVI et de Marie Antoinette. Parmi les témoins directs de l’inhumation, les plus importants, on retrouva :
- L’abbé Renard , chargé le 21 janvier 1793 par les commissaires du département et de la Commune d’enterrer le corps du roi
- Le juge de paix Lemaignière et son greffier
- Eve-Vaudremont
- le genre de Desclozeau (propriétaire du terrain), Danjou, qui avait vu les deux inhumations.
- Un ouvrier ayant participé à l’enterrement de la reine
Leurs témoignages, pris séparément, correspondaient totalement.

Le Conseil exécutif avait donné l’ordre suivant le 20 janvier 1792 :
« Le corps de Louis Capet sera transféré dans le cimetière de la Madeleine, où il sera préparé une fosse à douze pieds de profondeur. » Douze pieds, soit deux fois la profondeur légale, de façon à ce qu’aucun particulier nostalgique ne soit tenté de creuser en catimini sans être pris sur le vif.

Le corps du roi, apporté au cimetière, reposait dans une bière ouverte, vêtu d’un gilet piqué blanc, d’une culotte de soie grise et de bas de la même couleur. La tête était placé entre les jambes.
On jeta de la chaux vive au fond de la fosse, on fit descendre la bière toujours découverte dans la fosse, on la couvrit d’une seconde couche de chaux, très importante. Puis de la terre que l’on tassa à de multiples reprises.

Neuf mois plus tard, le 16 octobre 1793, le corps de Marie Antoinette venait rejoindre celui de son époux.

Desclozeau et Danjou, qui habitaient la propriété voisine, avaient pu assister aux deux inhumations et avaient méticuleusement noté les deux emplacements qu’ils pouvaient repérer depuis leurs fenêtres et qu’ils ont par la suite bien gardés en mémoire.

En 1796, le cimetière de la Madeleine avait été mis en vente. Pierre-Louis-Olivier Desclozeau, ancien avocat au Parlement de Paris, resté fervent royaliste, s’en rendit donc acquéreur. Afin d’écarter les curieux, il exhaussa les murs et entoura l’emplacement des deux fosses royales d’une haie de charmilles et d’arbustes. Il planta aussi à côté deux saules pleureurs.


L'emplacement de la tombe de Louis XVI aménagée par Desclozeau
Photo Josse-Lalance

Les fouilles commencèrent donc, après 8 mois d’enquêtes, le 18 janvier 1815, en présence de l’abbé Renard, de Danjou et de Desclozeau.

On creusa aux endroits précis indiqués par les témoins, sur huit pieds de long et huit de large. Arrivés à huit pieds de profondeur, les ouvriers rencontrèrent un lit de chaux de dix pouces d’épaisseur. Au-dessous apparaissait l’empreinte d’une bière de cinq pieds et demi de longueur. Plusieurs ébris intacts de planche s’y trouvaient. On trouve alors « un grand nombre d’ossements de femme » et le crâne entier. On relève également deux jarretières élastiques assez bien conservées (ce sont elles qui ont permis l’identification car la reine les avait elle-même confectionnées) qui seront remises à Louis XVIII en même temps que deux débris du cercueil.
Les os encore intact sont placés dans une boîte. La chaux trouvée dans le cercueil est relevée et placée dans une autre boîte. Les deux boîtes sont portées dans le salon de Desclozeau, transformé en chapelle ardente.

Puis, le lendemain, on creuse à l’emplacement indiqué pour la fosse de Louis XVI, entre celle de la reine et le mur de la rue d’Anjou. On trouve à dix pieds de profondeur quelques débris de planche dans la terre mêlée de chaux et des ossements dont certains tombent en poussière. Des morceaux de chaux encore entiers adhèrent à certains os. La tête est placée entre les fémurs.
Tous les débris qu’on peut sortir de cet amas de terre, de chaux, de bois et d’ossements sont enfermés dans deux boite, l’une aux ossements, l’autre contenant les restes qui n’ont pas pu être extraits de la chaux solidifiée, souvent –détail macabre – parce celle-ci avait « moulé » une partie du corps du défunt.
Les deux boites furent, comme pour Marie Antoinette, placées dans un cercueil.

Une découverte quasi-certaine
Pour avoir la certitude que l’on avait bien retrouvé le corps du roi, on a fait creuser tout autour, à vingt-cinq pieds de distance et jusqu’à plus de treize pieds de profondeur : rien !
On est donc bien en présence des corps de Louis XVI et de Marie Antoinette.
Les guillotinés de la Terreur, eux, n’ont pas été enterrés dans ce secteur du cimetière qui est resté isolé.

Quant à la chemise, l’argument des Girault de Coursac tombe. Car si Louis XVI a bien été amené habillé, rien ne prouve qu’il le soit resté lorsque l'on a fait descendre la bière. Il en a été de même de beaucoup de corps de guillotinés (Robespierre par exemple, que l’on a déshabillé avant de le jeter dans la fosse commune du cimetière des Errancis). Quand bien même aurait-il été inhumé avec sa culotte de soie et sa chemise, les Girault de Coursac surestiment la résistance des tissus à la chaux vive, à l’humidité, et à un séjour de 22 ans à 10 pieds sous une terre bien tassée !
D’ailleurs, leur argument devrait se retourner contre eux s’agissant de la reine qui a été enterrée dans les mêmes conditions et dont ils ne contestent nullement l’identification ! Or, on n’a retrouvé que les jarretières ! Aurait-elle été enterrée nue ... ?!

Enfin, rien ne dit que Louis XVI a été enterré avec l’anneau du sacre. C’est une affirmation gratuite. L’histoire des doigts gonflés relève de la spéculation pure et simple et n’a rien de médical. Et même si le roi portait l’anneau, rien ne dit non plus qu’il ne se trouve pas dans le magma de paquets de chaux vives que l’on a récupérés bruts, sans les briser, mélangés à quelques ossements. Mais répétons-le, aucun document, aucun témoignage ne dit que le roi portait l’anneau du sacre au moment de son exécution. On sait même qu’il avait rendu son anneau de mariage à sa femme. Pourquoi aurait-il gardé celui du sacre et pas celui du mariage qui est aussi un sacrement ? D’autant que Louis XVI ne portait pas 36 anneaux aux doigts . Seulement son anneau de mariage.

Au total, il apparait que la probabilité d’une découverte du corps de Louis XVI est trop élevée pour qu’on la remette de façon sérieuse en question.

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