Saint-Denis, cimetière des Rois

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 Le tombeau de Philippe Dagobert, frère de Saint Louis

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Alexandre Lenoir



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Date d'inscription : 25/03/2011
Age : 49
Localisation : Musée des Monuments français ... à Paris

MessageSujet: Le tombeau de Philippe Dagobert, frère de Saint Louis   Ven 6 Mai - 19:30

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Le tombeau de Philippe Dagobert, frère de Saint Louis


Ce tombeau était à l'abbaye de Royaumont. Toutefois, nous le plaçons dans la section Saint-Denis car il y fut amené dès 1791, avant les profanations révolutionnaires. De plus, le sort des restes de la famille de Saint louis est tout de même très lié à l'histoire de Saint-Denis.
Aussi, si les tombeaux de Royaumont seront analysés globalement dans une autre section (tombeaux princiers en France), la spécificité du tombeau de Philippe Dagobert oblige à l'analyser ici.


Un prince mort à 12 ans...
Philippe dit Dagobert, fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, frère cadet de Louis IX, était né en 1222 et mourut probablement en 1234, au moment du mariage du jeune roi avec Marguerite de Provence.
Si le prénom de Philippe était en usage depuis la naissance du roi Philippe I°, fils d’Anne de Kiev, le prénom de Dagobert est une nouveauté au XIII°s. Il s’agit pour les Capétiens de se rattacher à un passé mythique prestigieux, aux rois de la première dynastie, les Mérovingiens.
Philippe Dagobert n’était que le 5° ou le 6° des fils de Louis VIII dans l’ordre de succession au trône. Mort à l’âge de 12 ans, cet enfant n’a laissé aucun souvenir dans l’Histoire. Et dans son testament, le roi Louis VIII précise même que tous ses fils nés après le 4° n’hériteraient de rien ; ils devraient donc s’engager dans la vie religieuse. Son avenir aurait sans doute été des plus obscurs.

La commande d'un frère et d'une mère
Son tombeau doit avoir été commandé dès la mort du jeune prince, probablement vers 1235, et il s’agit donc du premier membre de la famille royale à avoir été enterré dans l’abbaye cistercienne de Royaumont.
Cette dernière avait été fondée à la suite d’un voeu exprimé par Louis VIII dans son testament, réalisé par sa veuve Blanche de Castille et son fils et successeur Louis IX (le futur saint Louis) à partir de 1228. Sans doute Blanche avait-elle incité son époux à imiter son père, Alphonse VIII de Castille, qui avait fondé la nécropole royale cistercienne de Santa Maria de Las Huelgas. La reine-mère et le jeune roi ont commandé le tombeau, tout comme pour le chantier de l’abbaye. Le monument funéraire de Philippe Dagobert fut l’une des premières commandes de sculpture pour l’église abbatiale.
Il s’agissait d’une infraction à la règle de l’ordre cistercien, aggravée par d’autres commandes de tombeaux pour la famille royale, cette fois pour des enfants de Louis IX, vers 1250 puis vers 1260. Saint Bernard avait bien précisé que les églises de son ordre ne devaient pas accueillir de tombeaux. Ce n’est donc pas un hasard si le chapitre général de Cîteaux mentionna précisément ces monuments en 1263, comme un cas exceptionnellement autorisé malgré toutes les interdictions régulièrement rappelées.

Une étape décisive dans l'histoire des tombeaux princiers



© ECP, Ecole Centrale Paris - septembre 2006
Jusqu'ici, les tombeaux n'étaient que de simples dalles au sol, ou des gisants en creux ou en bas-reliefs plats posés sur des colonnettes. Le tombeau de Philippe (dit Dagobert), représente une étape importante dans la constitution du tombeau sculpté classique du Moyen Âge central. On y trouve en effet rassemblés, probablement pour la première fois, tous ses éléments caractéristiques : un gisant, accompagné d'anges à la tête et d'un lion aux pieds, ainsi qu’un coffre évoquant un sarcophage antique pour porter le gisant, un peu comme les tombeaux étrusques du monde antique. Mais à la différence des « sarcophages » de l’Antiquité, le sarcophage du XIII° siècle ne contient pas de corps ; celui-ci se trouve dans une tombe ou un caveau, sous le coffre du monument. On trouve aussi un décor de pleurants sur le coffre, ou, plus exactement, de participants à la cérémonie funéraire, au ciel comme sur la terre, puisque des anges alternent avec des moines cisterciens — le tombeau ayant été érigé dans l'église abbatiale de Royaumont, fondation royale consacrée en 1235, donc précisément au moment de la réalisation du tombeau. Enfin, une polychromie somptueuse et des médaillons de verre rehaussaient l'ensemble du tombeau. Tout cela est assurément contradictoire avec l'idéal d'austérité de l'ordre cistercien, auquel appartenait Royaumont, mais l'origine royale de la commande explique ce paradoxe.

Collection Gaignières , © BNF

L'iconographie du tombeau
Si le tombeau de Louis de France, également conçu pour Royaumont, vers 1260, comporte un ensemble de personnages et de scènes qui constituent un véritable prototype de l’iconographie des pleurants, le monument de Philippe Dagobert présente un thème un peu différent, correspondant étroitement à l’inscription qui l’ornait. Les moines et les anges qui alternent sous les arcades illustrent à la fois les funérailles terrestres célébrées par l’abbé et ses frères et leur équivalent au ciel, où l’âme du prince va être reçue.
L'un des deux côtés, authentiques du tombeau, aujourd'hui au Louvre.
Celles qui ornent aujourd'hui le tombeau à Saint-Denis sont des copies réalisées par E. Violet-le-Duc.
Des colonnes portant des chapiteaux à décor de feuilles plates portent cinq arcatures trilobées portant un gâble et séparées deux à deux par une architecture simplifiée.
On remarquera, au dessus des colonnes et entre les arcadures, des sortes de petites forteresses. Ce sont des "castilles". Allusion aux armoiries de Blanche de Castille. C'est la reine régente qui est le 1° commanditaire du tombeau.
Le coffre est donc aussi un meuble héraldique. Sous les arcatures se tiennent, à dextre et au centre, des anges vêtus de robes lâches ou, pour les trois autres, des moines vêtus de robes à capuche. À en croire l’inventaire de 1887, les têtes et les attributs avaient été restitués en plâtre et ont été retirés par la suite, à une date indéterminée. À une date indéterminée également, l’arcature de senestre a été séparée du reste du fragment.

Paris, musée du Louvre - © RMN - Droits réservés


La qualité de l’oeuvre, certainement commandée à un sculpteur parisien par la cour, se lit dans l’équilibre entre deux tendances contradictoires : la recherche de la vie et de la vraisemblance, pourquoi pas du détail pittoresque, comme dans le lion couché aux pieds du prince qui dévore un cuissot, mais aussi la retenue, voire l’austérité sensibles dans la rigueur d’organisation ou la noble simplicité du gisant.

La polychromie
La polychromie originale, qui coïncidait exactement avec la représentation du même prince dans un vitrail de l’abbatiale, se distinguait par sa palette vive et contrastée, avec des couleurs répondant tantôt à la réalité observée (vêtements luxueux de l’enfant), tantôt à la fantaisie et au goût de la variété.
Le manteau bleu outremer était coloré avec du lapis-lazuli, les manches en vermillon, et les lion avec de la dorure.
Dans le monde cistercien normalement soumis au code du noir et du blanc, l’ambiance colorée du choeur, produite non seulement par la polychromie des tombeaux en pierre, mais aussi par le chatoiement des émaux et des vitraux, ne pouvait qu’être encore plus remarquable. Il n’y a plus aujourd’hui que quelques traces de couleur, mais on peut les repérer facilement.

Le sort du tombeau sous la Révolution et au XIX° siècle.
Conservé intact jusqu’à la Révolution, le tombeau de Philippe Dagobert a subi ensuite, avec les autres monuments funéraires de Royaumont et l’abbatiale elle-même, le sort qui fut réservé à tous les sépulcres royaux ou de la famille royale. En 1790, l’abbaye, devenue bien national, fut vendue à un particulier (un noble) qui commença de faire abattre la belle église. En 1791, les corps et les tombeaux furent donc transférés à Saint-Denis sur ordre de Louis XVI. Ce sauvetage n’aura servi à rien. Car en 1793,à Saint-Denis, les sépultures venues de Royaumont furent englobées dans la profanation générale : les ossements furent jetés à la fosse commune et les tombeaux furent démontés. Alexandre Lenoir récupéra et sauva ces fragments, mais il en proposa aussi un remontage maladroit et partiel dans son musée des Monuments français, réservant même des parties pour le tombeau factice qu’il éleva à Héloïse et Abélard.

Fragments du tombeau de Philippe Dagobert,
aujourd'hui ornant les parties hautes du tombeau d'Héloïse et d'Abélard (inventé par Alexandre Lenoir) au Père Lachaise.
Il s'agit du moine à gauche et de l'ange à droite.
À la fermeture du musée, à la Restauration, les fragments retournèrent à Saint-Denis (à l’exception de ceux qui avaient été intégrées dans le mausolée des deux amants, transféré au Père-Lachaise) et subirent deux reconstitutions successives.
La première, par Debret, fut plutôt approximative et un fragment fut même volé sur le chantier (il se trouve aujourd’hui à Francfort).
La seconde, par Viollet-le-Duc, fut plus exacte, mais ne réutilisa que le gisant (les longs côtés furent transférés au Louvre en plusieurs fois - voit photo ci-dessus), reconstitua totalement les côtés en reproduisant les fragments originaux, et écarta étonnamment (comme on le ferait aujourd’hui) l’idée de remise en couleurs, alors que le célèbre restaurateur avait parmi les premiers démontré l’importance de la polychromie dans l’architecture et la sculpture médiévales.

La reconstitution virtuelle de la polychromie du gisant.
En 2006, une étude conjointe du laboratoire de l’Ecole Centrale de Paris à Châtenay-Malabry (Dir. : Patrick Callet) et du Musée du Louvre ( conservateur : Pierre-Yves Le Pogam) a permis d’analyser des restes de couleurs encore visibles sur certaines parties du tombeau et des sources écrites et visuelles ont permis de distinguer les différentes couches qui furent appliquées au cours des siècles.

© ECP, Ecole Centrale Paris - septembre 2006
La polychromie originale présentait des couleurs répondant tantôt à la réalité observée (vêtements luxueux de l'enfant : cotte rouge et surcot bleu décoré de motifs dorés ; coussin vert et cheveux jaunes), tantôt à la fantaisie et au goût de la variété (ailes des anges rouges ou bleues).
Le Louvre soumet aujourd’hui les fragments en réserve à des expertises scientifiques, semblables à celles du gisant.

A comparer avec le tombeau de Louis de France, fils de Saint Louis, réalisé 30 ans plus tard, juste après 1260 :
http://saintdenis-tombeaux.forumculture.net/t93-le-tombeau-de-louis-de-france-fils-de-saint-louis#154

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SAINT ELOI



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MessageSujet: Re: Le tombeau de Philippe Dagobert, frère de Saint Louis   Jeu 18 Aoû - 13:07


Bonjour

Sauriez vous me dire dans quel musée de Francfort se trouve le fragment du tombeau et si il en existe une photos

Merci d'avance .

au plaisir .
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