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 Le tombeau de Louis XVI et de Marie Antoinette

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Linceul royal
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Messages : 242
Date d'inscription : 23/03/2011
Localisation : Abbaye de Saint-Denis

MessageSujet: Le tombeau de Louis XVI et de Marie Antoinette   Sam 7 Mai - 12:14

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Le tombeau de Louis XVI et de Marie Antoinette


En fait de tombeau, il s’agit plutôt d’un cénotaphe, les restes des souverains se trouvant sous le caveau de la crypte centrale et non pas dans la chapelle Saint-Louis.


Ce monument, très critiqué par les historiens de l’art et jadis moqué par les guides de la basilique, n’en rencontre pas moins beaucoup de succès auprès des touristes.
Dès qu’ils s’approchent, les appareils photos crépitent. Sans doute la mémoire de Marie Antoinette y est-elle pour beaucoup.
Mais son histoire a connu bien des tribulations… Louis XVI et Marie Antoinette n’ont pas eu de chance, même à titre posthume pour leur monument commémoratif !


Par ordonnance du 24 avril 1816, Louis XVIII décide la reconstitution d’un trésor pour la basilique, ainsi que l’affectation de la chapelle Saint-Louis au souvenir de son frère et de sa belle-sœur guillotinés en 1793. Deux priants doivent faire face à la verrière ; ils sont commandés aux sculpteurs Gaulle et Petitot, sous le contrôle du conservateur des monuments, Lafolie.

Mais très vite la réalisation tourne au désastre.
Gaulle prépare un petit modèle pour le Salon, en septembre 1816. Et dès 1817 les ennuis commencent : le mouleur des draperies a travaillé durant 34 jours pour un ratage total. Gaulle affirme que le grand plâtre sera prêt pour la Salon. Vérification faite, Lafolie juge la reprise bâclée : le priant du roi, à genoux perpendiculairement, se trouve dans une position où aucun être humain ne pourrait tenir longtemps ! D’ailleurs, l’objet menace à tout instant de tomber en avant et est dans un équilibre précaire... Le corps, depuis la hanche, n’a pas une ampleur suffisante et semble se dérober sous le manteau. La physionomie manque d’expression et les bras ont une forme étrange.

Petitot est plus rapide pour le priant de Marie Antoinette . Mais le verdict de Lafolie n’est pas meilleur. La figure de la reine est maigrichonne et son corps tombe trop en avant ; on a l’impression qu’elle a perdu quelque chose ou qu’elle cherche ses lunettes sur le dallage de la chapelle. Du coup, on ne sent pas assez le mouvement de la tête. En outre, le visage n’est pas ressemblant et les plis du vêtement sont trop uniformes.
Lafolie leur rappelle : « Ces statues sont destinées à orner un temple qui appelle par sa magnificence la curiosité des nationaux et des étrangers. »



Petitot redresse le tir et offre une reine supportable : elle est livrée en août 1819.
En revanche, pour Gaulle, l’opération tourne au calvaire.

Voici les étapes de ce Chemin de Croix suivi par les deux priants :

1) Gaulle explique son retard par l’impossibilité de trouver le bloc de marbre qui lui convient. Il justifie le manque de physionomie du modèle par un manque d’éclairage du Salon ( !)
En réalité, ce sculpteur néoclassique se rend compte qu’il n’est pas à l’aise dans l’exécution méticuleuse du costume royal (culotte à la Henri IV, bas, jaretière…) sur lequel il butte.

2) En 1818, son marbre (enfin trouvé !) n’en est encore qu’à l’ébauche. Comme il est alors chargé également de la fontaine de la Bastille – ce qui n’arrange pas les choses – il a trouvé malin de sous-traiter son travail à une équipe : l’esquisse a été moulée par Calvat ; le modèle en terre cuite a été armé par le menuisier Bernard et le serrurier Cournot ; il a fait appel à un modèle vivant pour réparer les erreurs de proportion ; a armé un modèle en plâtre, fait exécuter des ornements de draperie et autres par l’ornementiste Joseph Jacques.
Résultat : les frais s’envolent (7922 francs !!!) … et Gaulle présente la note à Lafolie (si l’on ose dire !) qui est furieux.
Le conservateur exige que l’œuvre soit amenée au Salon et que Gaulle assume ses responsabilités.

3) Le sculpteur, à bout de nerfs, abandonne alors son œuvre fin 1818 et ne fera plus rien jusqu’en 1825.

4) Le gouvernement royal décide alors de relancer ce travail fin 1824. Il donne enfin à Gaulle un acompte de 8000 francs sur 10000. Gaulle tente alors de faire monter le prix en en réclamant sans vergogne 15000, sous prétexte qu’il n’arrive pas à payer le logement de son atelier de l’Ile des Cygnes !
On lui refuse, il cède, tout en promettant d’achever la chose en un mois.

5) Evidemment, il ne tient pas sa promesse… Car le modèle en plâtre a été endommagé au moment de son transport vers l’Ile aux Cygnes !
De plus, il lui faut 5 mois pour rendre l’atelier habitable.

6) Puis Gaulle décide de tomber malade. Et malade il est ! (1826) .

7) Il décide finalement de réaliser lui-même les ornements … ce qui ne rassure personne, on l’imagine !

8)Il travaille aussi pour la Bourse et délaisse le priant de Louis XVI

9) Gaulle retombe malade (1827).

10) En 1828, l’Inspecteur général des Beaux Arts, Saint James, est chargé de faire une enquête sur ce ratage total.
Il découvre alors l’œuvre, inachevée et n’est pas tendre dans son rapport :
- la ressemblance de la tête est « nulle » ;
- la tête est trop petite ;
- les traits ne sont pas « nobles » ;
- la couronne est trop grosse d’un tiers ;
- le torse est trop fort ;
- les mains énormes, hors de proportion avec la tête ;
- le costume est de mauvais goût, voire franchement ridicule.
Et de conclure : « pour n’être pas totalement perdue, peut être donnée tout au plus à une église, soit de la Vendée, soit de tel département. »
Bref, voilà notre Gaulle habillé pour la collection printemps été 1828 !!!


Tâcheron à la barre... lourdeur et stéréotypes des ornements
11) En 1829, Gaulle perd un peu la vue et laisse l’œuvre entre les mains des ornementistes pour faire les finitions. Ceux-ci en profitent pour atténuer les défauts cités ci-dessus, mais péniblement.
Le ministre Martignac vient à l’atelier, voit l’œuvre et ne dit rien. On ne sait ce qu’il en a pensé… ( pale ou affraid ? )

12) Arrive la Révolution de 1830. Le vieillard Gaulle se sent miraculeusement ragaillardi. Il essaie alors de se faire passer aux yeux de Louis-Philippe pour une victime du précédent régime, en se plaignant de la « brutalité de l’ancien ministère ».
Et il termine son œuvre (ENFIN !!!) à l’automne 1830.

13) Pas de chance ! Maintenant qu’elle est finie, on décide de la ranger dans un magasin où l’on a replié aussi l’œuvre de Petitot. Elle ne sera donc montée qu’en 1841 dans la chapelle Saint-Louis, Debret ayant terminé les travaux dans ce secteur. Mais le gouvernement de la monarchie de Juillet veille mesquinement à faire retourner les piédestaux de marbre qui portaient les testaments de Louis XVI et de Marie Antoinette.

14) A un moment indéterminé de la 2° moitié du XIX° s., le monument a été démonté et les deux orants expédiés dans les chapelles du déambulatoire de la crypte.


Puis vers 1950, on les déplace dans la chapelle des Bourbons, fermée à la visite et qui sert alors de débarras. On y trouve notamment les morceaux du monument funéraire du duc de Berry.


Finalement, c’est en 1975-1977 qu’a la suite des travaux de l’architecte Jean Féray restaurant les deux cryptes et les cénotaphes, que les priants et leur piédestal de marbre sont remontés dans la chapelle Saint-Louis pour y trouver enfin leur place définitive.

Et aujourd’hui, maintenant que le tout est assemblé, le coup d’œil ne nous semble pas désagréable, malgré les maladresses de détails. Le couple royal dégage une réelle majesté et même une relative profondeur. Incontestablement, ce monument fait partie de la nécropole de Saint-Denis à part entière. Les Louis XVI et Marie Antoinette de Gaulle et Petitot ont été adoptés par le peuple des gisants... What a Face

On peut simplement espérer que les marbres seront un jour nettoyés (surtout la poitrine de la reine que des imbéciles salissent tout le temps en la touchant) et qu’une barrière aussi discrète qu’efficace protègera mieux le monument.


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